SOMMAIRE - Divers

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Louis XIV (1638-1715) Roi de France de 1643 à 1715. L'Etat, c'est moi !

 
 

Lorsque Louis XIV commença son règne personnel le 9 mars 1661, à la mort du cardinal Mazarin, une série de circonstances heureuses avait fait de la France la première des puissances européennes. L'avant-veille, le cardinal agonisant encore, le jeune roi avait fait savoir ses volontés. « On vit, dit un témoin, le vivant prendre la place du mourant. » Il garderait les ministres. Mais «ils étaient destinés non pour gouverner, mais pour servir le roi». - « je vous prie et je vous ordonne de ne rien sceller que par mes ordres, de ne rien signer sans mon consentement. » Il avait 23 ans. C'était le moment qu'il avait attendu dans une sorte d'angoisse: « Ce que je souhaitais et ce que je craignais tout ensemble depuis si longtemps ». A ces mots, on sent quelle solennité avait, à ses yeux, son entrée en scène: «il prenait seul, dit encore un témoin, le timon de I'Etat».

Dans toute la force du terme, il allait être le roi, c'est-à-dire celui qui gouverne. Il devait mourir à 77 ans (1er septembre 1715). Pendant ces 55 ans, la volonté qu'il avait manifestée au premier jour et que la nation connut avec joie, parce qu'elle était lasse du gouvernement du premier ministre, cette volonté ne se démentit pas un seul instant; il fut constamment le roi.

« Le Ciel semblait lui-même me promettre son secours en disposant toute chose au même dessein qu'il m'inspirait. Tout était calme en tout lieu », écrira Louis XIV dans ses «Mémoires». Tout était calme, mais tout venait d'être violemment agité, et le roi lui-même a dépeint, avec une sorte d'orgueil satisfait, les troubles dont à peine on sortait, qu'il ne devait jamais oublier, et auxquels succédait ce grand calme. La France, qui se rappelait la Ligue, détestait maintenant la Fronde. Dans ce roi jeune et beau, la nation se reconnaissait, s'admirait, et le siècle qui, dans sa jeunesse, avait acclamé Corneille, adopté Descartes, revenait, après les crises, à la raison. Déjà, Richelieu avait « réalisé » son temps et posé les fondements de la monarchie absolue. Sous Mazarin, les deux Frondes, nées de la misère du temps, de l'audace politique du Parlement de Paris, de l'ambition d'un prince du sang, Condé, avaient, en fomentant les troubles, détruit en fin de compte dans les esprits, les derniers obstacles que rencontrait la monarchie absolue. La génération de Mazarin, comme celle de Richelieu, avait la haine des grands désordres dont la France avait failli mourir. Les esprits les plus indépendants acceptaient ou subissaient la loi de la raison. Elle était, la raison, pour les classiques qui donnent au siècle l'empreinte de leur génie, un principe régulateur de synthèse et de mesure, maintenu dans la subordination de la foi et de l'inspiration, « à la secrète influence du Ciel », écrira Boileau. Ce n'est que vers la fin du siècle, et au suivant, qu'elle changera de sens, deviendra une faculté analytique et critique, et s'opposera avec une violence nouvelle, à la foi, au mystère.

Le siècle de Louis XIV a eu le goût de l'autorité, de toutes les autorités: Dieu, le Roi, la Tradition, la Loi, les « Règles » auxquelles l'a formé l'éducation dont les jésuites sont les maîtres enseignent l'antiquité grecque et latine qui, elle aussi, enseigne la règle. Ainsi, l'hégémonie française a coïncidé avec une période où l'élite de ce pays, nourrie aux deux sources de discipline - la chrétienne et l'antique était pleinement reconnue, alors que la France puissante proposait à l'Europe ce que son esprit avait engendré de meilleur, une nette définition des conceptions morales et des relations entre les hommes, un art de vivre fondé d'abord sur le sens de la dignité humaine et de la valeur des personnes, soumises aux règles éternelles.

« L'Etat, c'est moi ! » Que le mot ait été, ou non, prononcé, il n'importe, car il revêt une importance qui dépasse l'anecdote. Tout repose sur la personne du monarque. Sera-t-il, suivant la conception qui prévaudra en Prusse au XVIIIe siècle, le premier serviteur de l'Etat, ou bien identifiera-t-il l'Etat à sa propre personne ? Louis XIV adopte la seconde position. Elle présente l'avantage de mettre au service de l'Etat toute l'énorme réserve de dévouement qu'une longue tradition attache à la personne du monarque. Mais elle offre le risque très grave de subordonner au jugement et aux passions d'un homme le bien commun de la nation. C'est de là que viendra finalement le mal, la destruction de l'équilibre si rare qui avait marqué l'entrée du roi.

Louis XIV avait, en toutes choses, un air de majesté et de noblesse qui le faisait paraître « le maître du monde ». Point de brillantes qualités d'esprit, mais une intelligence ordinaire, un solide bon sens. Il était réfléchi et tenait à ne rien décider qu'après s'être bien renseigné auprès de ceux qui savaient. De l'aveu même du duc de Saint-Simon, qui ne l'aimait guère, «il aimait la vérité, l'équité, l'ordre, la raison, il aimait même à s'en laisser vaincre». Il avait beaucoup de courage moral et une fermeté de coeur qui parut surtout dans les dernières années de sa vie, au temps désastreux de la guerre de succession d'Espagne. Tant de malheurs qui le frappèrent alors ne purent l'abattre; « il se montra inaltérable, supérieur à tout, sans la plus petite affectation »; et cette noble fermeté lui valut l'admiration de ses ennemis eux-mêmes. Pour le juger sans passion, on ne doit pas oublier que s'il était le petit-fils d'Henri IV, il était aussi le petit-fils de Philippe III d'Espagne et que l'influence de sa mère, Anne d'Autriche, a été sur lui prépondérante. C'est elle qui avait restauré la cour de France. Cette cour, qui deviendra celle de Louis XIV et le modèle de toutes les cours européennes, c'est l'Espagne qui, pour une grande part, en inspire l'ordre et l'étiquette, et de la monarchie administrative le premier modèle a été offert par Philippe II, son aïeul. Il n'est pas jusqu'à la religion de Louis XIV qui ne doive certains caractères à l'influence espagnole. Le fils d'Anne d'Autriche, qui fut sincèrement croyant, même au temps de ses désordres et sincèrement dévot à la fin de son règne, ignorait certaines réalités profondes de la religion; cette origine et cette ignorance expliquent peut-être en partie les brutalités de la Révocation.

     

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