Au
début de l'année 1046, l'état de la papauté inspirait de vives
inquiétudes.
Benoît IX,
qui n'était peut-être pas l'ignoble débauché dont
l'historiographie nous a légué la caricature, avait jusqu'en
1044 perpétré le régime qui faisait de la famille des Tusculum
la maîtresse de la Ville éternelle. Chassé par les Romains qui
le remplacèrent par un membre du clan rival des Crescents,
Sylvestre
III,
en 1044, il réussit à reprendre le pouvoir l'année suivante, un
pouvoir qu'il céda, dans des conditions suspectes - l'avait-il
abandonné ou vendu ? - à son parrain qui prit le nom de
Grégoire
VI.
Il y avait donc alors trois papes vivants ; il fallait réagir,
et Henri III décida d'aller en Italie. En tant que roi des
Romains, il était empereur potentiel, seul capable d'intervenir.
À Pavie, il donna son aval au
programme
pontifical de réforme, et à la lutte contre la simonie.
Henri Ill convoqua une assemblée, qui prit le nom de Synode de
Sutri. À Sutri, le 24 décembre 1046, Henri prononça la
déchéance des deux derniers papes élus, Silvestre III et
Grégoire VI, et la même sentence tomba sur Benoît IX à Rome. Le
troisième acte fut la désignation d'un successeur, comme l'avait
fait Otton III un demi-siècle auparavant : l'archevêque
Adalbert de Brême, qui rêvait
d'être un « patriarche du Nord », refusa le trône de saint
Pierre, et c'est l'évêque Swidger de Bamberg qui, bon gré mal
gré, accepta de devenir pape. Il choisit le nom de
Clément Il,
indiquant par ce choix qu'il était là
pour ramener l'Église à la pureté de ses origines : le 24
décembre, on le fit acclamer par les Romains, pour donner à ce
choix un semblant de légitimité, et le consacrer. Le lendemain,
jour de Noël,
Henri III reçut l'onction
impériale des mains de son fidèle, qui entendait rester encore
évêque de Bamberg.
Ainsi l'empereur avait porté le fer
de la réforme à Rome, car son
intention était bien de purifier le
coeur de l'Église universelle.
Contrairement à ce que des
historiens ont prétendu, il n'a pas
nommé le pape comme il désignait
n'importe quel évêque de son Empire
; il n'a pas intégré le Saint-Siège
à l'Église impériale pour en faire
la clé de voûte d'un système de
gouvernement. Il savait bien que les
deux pouvoirs devaient assurer
ensemble le bien de la chrétienté ;
cette coopération, pour être
fructueuse, ne pouvait pas associer
deux hommes que n'unissait pas une
même conviction. Henri devint
patrice parce que ce titre lui
conférait un rôle décisif dans
l'élection du souverain pontife. Il
continue par la suite à veiller sur
le siège apostolique et donne de son
propre chef la tiare à d'autres
prélats germaniques en prenant soin
de promouvoir des hommes de grande
dignité. Par de telles décisions, il
se place de manière éclatante à la
tête de la Chrétienté, dont, en
intime coopération avec l'Église, il
est le guide suprême, ayant le
pouvoir d'intervenir souverainement
en toutes matières lorsque aucun
autre pouvoir établi ne peut le
faire. C'est donc là encore la thèse
césaropapiste.
Ces événements représentent un
moment majeur dans l'histoire de
l'Empire et de l'Occident. L'action
déterminée d'Henri III semble avoir
été admise par tous, mais dut causer
un choc à tous ceux qui étaient
attachés à l'indépendance de la
papauté. C'était bien à une mainmise
des laïcs sur le siège de Rome qu'on
assistait, plus que cela n'avait
jamais été le cas auparavant. Bien
plus, Rome semblait descendre au
rang d'un évêché d'Empire. Ainsi
Clément II, qui avait conservé son
siège épiscopal en Allemagne,
choisit de s'y faire enterrer, et
ses successeurs immédiats prirent la
même option. Le pape d'Henri III
était mort dès octobre 1047, après
neuf mois de règne à peine, et
l'empereur se mit en quête d'un
remplaçant. Son choix tomba sur
Poppon de
Brixen, dont le siège
épiscopal contrôlait un passage
alpestre. L'élu demanda à réfléchir,
ce qui laissa le loisir aux Italiens
de redonner sa chance à Benoît IX.
Boniface, le marquis de Toscane, qui
n'appréciait pas les ordres
impériaux, se soumit pourtant en
facilitant l'occupation du siège
romain par Poppon, qui devint
Damase Il
; ce dernier mourut trois semaines
plus tard (17 juillet-9 août 1048).
Tout était à refaire. Des envoyés
romains partirent pour la cour et
demandèrent la promotion de
l'archevêque Halinard de Lyon, mais
la volonté impériale désigna le
modeste évêque de Toul,
Brunon d'Eguisheim,
parent éloigné de l’empereur (Worms,
décembre 1048).
Le nom qu'il prit, celui de
Léon IX,
montrait qu'il voulait la gloire de
la Ville éternelle, dont Léon le
Grand jadis avait exalté la
splendeur. Évêque de Toul, il ne
partit pas sans emmener avec lui ses
collaborateurs lorrains, parmi
lesquels
Humbert de
Moyenmoutier
que nous retrouverons. La réforme
fut le principal souci de Léon IX ;
pendant les six ans que dura son
pontificat, il sillonna l'Europe
pour promouvoir ce redressement. A
Mayence, l'empereur prit part à côté
de lui au synode qu'il avait
convoqué. Le pontificat de
Léon IX est parfois considéré comme
le premier acte de la réforme dite
communément « grégorienne » ; cela
peut paraître paradoxal quand on
songe au degré d'intimité de la
papauté d'alors avec le pouvoir
impérial. Le pape et l'empereur
siégèrent côte à côte à Mayence pour
promouvoir l'esprit réformateur
(1049), et leurs relations
demeurèrent excellentes. Le pape,
ancien chapelain de Conrad Il,
représentait en quelque sorte
l'Église impériale comme ses
prédécesseurs et successeurs
immédiats. Ce fut le temps d'une
alliance du Sacerdoce et de
l'Empire, avant le grand conflit qui
allait éclater. Le premier désaccord
porta sur les relations avec les
Normands. Henri III ne mettait pas
toutes ses forces dans la politique
italienne ; il refusa de s'engager
quand le pape affronta les Normands
et le laissa se faire écraser à
Civitate
en juillet
1053.
Imprudemment engagé dans la lutte
contre les Normands, le souverain
pontife, défait et prisonnier, ne
rentra de captivité que pour mourir.
Comme
tous ses prédécesseurs sur le trône
de Pierre depuis 1046,
Victor II
fut un sujet (évêque) de Henri III.
Il mit cinq mois pour accepter et
attendit encore sept mois avant de
recevoir la consécration. C’est
assez dire si le poste ne paraissait
pas attrayant. Deux plus tard il
mourrait. Henri III mourut
prématurément, il était alors âgé de
38 ans. Il terminait sa vie au
milieu des difficultés avec les
Slaves, mais avait fait couronner
son jeune fils âgé de 3 ans pour que
continue sa dynastie, sa veuve,
Agnès, fut chargée de la régence.
Les dernières actions de l’empereur
visaient à établir une sorte de paix
de Dieu ; le pouvoir qu’il avait
exercé sur la sur la papauté
n'avait pas été controversé et
pourtant il fut sans doute le
déclencheur des difficultés qui
allaient bientôt dresser l'un contre
l'autre le Sacerdoce et l'Empire.