SOMMAIRE - Divers

La rubrique Divers regroupe divers travaux et dossiers relatifs à des sujets variés ou spécifiques. Ainsi, par exemple, un important dossier consacré à l'Histoire de la Suisse, un index de personnalités historiques, des chronologies, des dossiers d'histoire économique, d'introduction aux études historiques ou de didactique de la discipline.

 

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Jules Muret (1759-1847)

 
 

Né en 1759 à Vevey, Jules Muret entre en politique sous le régime bernois. Membre des autorités provisoires lémaniques puis des instances helvétiques, il accède en 1803 au gouvernement cantonal qu'il ne quittera plus jusqu'à la Révolution libérale de 1830. Honoré de funérailles nationales par le gouvernement radical, en 1847, il aura passé au total trente quatre années sur le devant de la scène politique, où ses adversaires l'ont qualifié tour à tour de jacobin, de bonapartiste, puis de conservateur. Des qualificatifs qui révèlent davantage l'évolution du contexte général que celle des principes du futur landammann qui, pour sa part et nonobstant quelques aménagements, demeura tout au long de sa carrière extraordinairement fidèle à lui-même.

Sujet de Leurs Excellences

Jules-Nicolas-Emmanuel Muret est issu d'une famille huguenote originaire de la Tarentaise, bien représentée dans les conseils de la ville de Morges. Il est le fils du célèbre Doyen Muret, dont le Mémoire sur l'état de la population dans le Pays de Vaud (1766) a fait l'un des précurseurs de la statistique à l'époque des Lumières. Membre fondateur de la Société économique de Vevey, en relation épistolaire avec des savants de toute I'Europe, le Doyen Muret s'intéressa de près à l'éducation de son fils qu'il encouragea dès son jeune âge à la maîtrise du verbe. La tradition familiale destinait Jules Muret au pastorat ou à la jurisprudence. Il choisit les études de droit à Paris, après deux ans de théologie à l'Académie de Lausanne. De retour au pays avec un titre de docteur, il fait à l'instar d'Henri Monod et de Jean-Jacques Cart son stage d'avocat chez Samuel Porta, son oncle maternel. Puis il ouvre une étude d'avocats à Morges avec un parent. De son mariage avec Susanne Baron naissent six enfants: trois meurent en bas âge, l'un émigrera aux Etats-Unis, tandis que le cadet, Jean-Louis, ami de Rambert, sera l'un des plus grands botanistes suisses de l'époque.

En 1786, Jules Muret est nommé avocat à la
Chambre des appellations romandes, dernière instance judiciaire pour le Pays de Vaud, intégrée à l'administration bernoise. Cette consécration professionnelle s'accompagna peut-être de la découverte plus amère de certains aspects particulièrement déplaisants de la sujétion pour un membre de l'élite locale. L'absence dans le fonds d'archives de la famille d'écrits personnels et de correspondance de Muret empêche de situer précisément l'avocat dans le contexte prérévolutionnaire. Son adhésion à la loge maçonnique des « Amis Unis » de Morges où il occupe la fonction d'orateur révèle incontestablement l'éveil d'une conscience citoyenne. Mais si Muret fraya au sein de cette loge avec des hommes qu'il retrouvera à la Révolution, il ne suivra pas les plus hardis aux banquets de Rolle et des Jordils. Parce qu'il avait d'autres ambitions ? A la veille de la Révolution, à plus de 37 ans et après avoir exercé le barreau avec succès depuis plus de quinze ans, Jules Muret accède aux charges politiques. Le 21 juillet 1796, il est coopté au Conseil des XXIV de Morges, à la place de son cousin Marc Muret. Il y rejoint un autre cousin, Jacques-François Muret, lui aussi avocat. Mais tandis que ce dernier s'engage dans les premiers mouvements de pétitionnaires, début janvier 1798, en adhérant au « Cercle de l'Union » de Morges, Jules Muret prône la modération. Il tentera jusqu'à la rupture avec Berne de faire oeuvre de médiation entre les partisans de réformes et le souverain bernois. C'est dans cet esprit qu'il accepte de représenter Morges au Comité central des Communes à la veille de la Révolution.

Le jacobin

Au lendemain de la Révolution vaudoise, déclenchée par l'action du
Comité de Réunion et appuyée par l'arrivée de troupes françaises, Jules Muret met son talent oratoire au service du nouveau régime. Membre de l'Assemblée provisoire, qu'il préside, il prend une place prépondérante dans l'Assemblée électorale du Léman avant d'être élu député aux instances helvétiques. Le jacobin se profile. Tandis que Philippe Secretan ne perd pas tout espoir de réconciliation avec Berne, qu'Auguste Pidou engage à la modération et qu'Henri Monod s'oppose à l'abolition des droits féodaux, le futur landammann tient des discours sans équivoque. Il fustige l'aristocrate et prend la défense du cultivateur accablé par les redevances. Le 30 mars 1798, il prononce pour l'installation des nouvelles autorités lémaniques un discours, aussitôt publié, saluant la libération du Pays de Vaud. Il y dénonce dans la veine de la rhétorique révolutionnaire française l'oppression séculaire du peuple vaudois qui précéda sa majorité politique et sa régénération:

«
Courbés depuis deux siècles et demi sous le joug de quelques familles ambitieuses, nous nous en sommes affranchis. Retenus dans la classe ignominieuse des sujets, sans que rien ne bornât le pouvoir de nos Maîtres, nous avons maintenant une constitution qui repose sur les principes sacrés de la liberté et de l'égalité. En un mot nous avons passé du néant à l'Etre, de l'esclavage à la liberté. » Discours, 30 mars 1798, Temple de la Cité, Lausanne

Au Conseil législatif puis au Sénat helvétique, où il représente le canton du Léman dès le mois d'avril 1798, Muret déclare sa «
haine au fédéralisme et à l'aristocratie » et se prononce résolument pour l'abolition des droits féodaux. Il ne se laissera nullement dévier de sa volonté de liquider le système féodal à tout prix. Contre l'avis d'Henri Monod, il défend la suppression des corvées et autres charges féodales personnelles sans indemnité pour les propriétaires. Même lorsque le coup d'Etat du 7 août 1800 amène aux instances législatives helvétiques une majorité favorable aux propriétaires de droits féodaux, Muret continue à défendre son point de vue, par voie de presse. Ces années sont difficiles pour Jules Muret qui, à la faveur d'un coup d'Etat fédéraliste, le 27 octobre 1801, se voit même temporairement exclu des instances helvétiques avec d'autres unitaires. Difficiles aussi parce que l'ancien avocat est davantage un homme de pouvoir qu'un législateur... Les dirigeants du gouvernement helvétique s'en aperçoivent et, lorsque éclate l'insurrection des Bourla-Papey qui réclament la destruction des titres féodaux, Muret est prié d'user de son autorité pour convaincre les insurgés de rentrer dans leurs foyers. Il accepte la mission à condition que le gouvernement proclame d'une part l'abolition complète des droits féodaux et d'autre part une amnistie pour tous les insurgés: des conditions jugées inacceptables. Pourtant, en dépit de toutes ses sympathies pour les paysans, Muret demeure l'ami de l'ordre. Il condamne le mouvement insurrectionnel que d'aucuns lui reprochent d'avoir protégé, se défendant de n'avoir: «jamais eu aucune part aux agitations qui ont troublé le canton: elles étaient trop contraires à mes principes pour que j'aie besoin de m'en défendre. ». A ses yeux, les intérêts du peuple ne peuvent être défendus que par ses représentants, et ce dans les bornes strictes de la légalité. La propriété est sacrée aux yeux de Muret, qui défend le maintien des droits de bourgeoisie: certes, seulement si elle est le fruit d'un travail et non pas le produit de privilèges héréditaires. Muret est à la fois légaliste et antinobiliaire. Les deux termes de sa personnalité politique ont un dénominateur commun, en l'occurrence un idéal bourgeois, fondé essentiellement sur la valorisation des mérites, l'attachement à l'ordre et le respect du produit du travail.

Le bonapartiste

Après l'écroulement de la République helvétique, Muret fait partie de la délégation vaudoise participant à la Consulta convoquée par Bonaparte, en
décembre 1802, aux fins d'élaborer les constitutions cantonales d'une Suisse revenue au modèle fédéraliste. Un modèle auquel Muret, «patriote exalté et à talent» selon les commissaires de Bonaparte, ne paraît avoir eu aucune peine à se rallier, contrairement à Frédéric-César de La Harpe. Comment expliquer un tel revirement ? Sous l'Helvétique, Muret avait défendu l'unitarisme par pragmatisme, parce que le fédéralisme représentait alors le mot d'ordre des partisans de l'Ancien Régime, en particulier des petits cantons et des Bernois. Une République forte et unie constituait une garantie de survie pour le jeune canton du Léman. A la Médiation, dès lors que Bonaparte avait pris le parti des fédéralistes tout en se prononçant clairement pour le maintien des nouveaux cantons, la situation avait changé du tout au tout, et Muret revint naturellement à un fédéralisme qu'il défendra tout au long de sa carrière. En mars 1803, les électeurs vaudois plébiscitent littéralement le futur landammann, derrière son collègue Henri Monod. Elus respectivement par 17 et 47 cercles, ils sont tous deux nommés membres à vie du Grand Conseil. Monod démissionnant quelques mois plus tard, Jules Muret deviendra l'homme fort de l'exécutif vaudois. Pendant toute la période de la Médiation, il assumera, en alternance avec Auguste Pidou, la présidence aussi bien du Grand Conseil que du Petit Conseil vaudois.

Le chef du gouvernement doit d'emblée faire face à plusieurs types d'opposition. En premier lieu celle des propriétaires de droits féodaux, inquiétés par la
loi de liquidation du 31 mars 1804, qui les somme de remettre tous leurs titres de propriété en échange d'une simple garantie de remboursement. L'arrestation éclair de deux d'entre eux, Charles-Albert de Mestral et Pierre Rigot, auteurs d'une protestation adressée au gouvernement, donne à Jules Muret l'occasion de faire un exemple, largement répercuté dans la presse suisse, et d'intimer aux anciennes élites le respect de la loi: « Protester contre une loi, déclarer, en y cédant, que c'est à la force seule qu'on se soumet, est un acte des plus graves et des plus dangereux. C'est attaquer l'Etat dans son principe, car l'Etat repose essentiellement sur les lois (...). Si tel citoyen est admis à protester contre une telle loi, pourquoi tel autre ne serait-il pas admis à protester contre telle autre loi? Et ainsi, de protestation en protestation, il n'y aurait bientôt plus rien de fixe dans notre société. La loi, ballottée au gré de chacun, ne serait plus ce roc immobile, où tous les citoyens doivent trouver leur refuge et leur sécurité. » Journal Suisse, 29 juin 1804.

Partisan de l'égalité devant la loi, Muret l'est aussi d'un pouvoir fort. Son «bonapartisme» tient précisément, sans omettre sa réelle admiration pour Bonaparte, à ce croisement d'inspiration politique tirée de la Révolution et de l'Ancien Régime. Tout au long de la Médiation, une longue lutte d'influence opposera l'exécutif, qui sous sa direction tend de fait à régir le canton, au Grand Conseil, détenteur théorique du pouvoir souverain, qui repousse d'innombrables projets de lois et reproche au Petit Conseil d'outrepasser ses fonctions. «
Voix sûre et forte », comme le relève son collègue Pidou, Jules Muret défend en permanence l'autorité du gouvernement « au milieu de tout ce fracas de critiques et d'oppositions qui l'assaillent ». Il réduit aussi au silence les précurseurs des libéraux, tel Pierre-Louis Roguin de La Harpe, qui publie en 1808 une brochure dans laquelle il dénonce l'extension croissante des pouvoirs du Petit Conseil et le décorum qui entoure ses membres. Vis-à-vis de l'extérieur, le chef du gouvernement prône une diplomatie quasi indépendante pour le canton de Vaud. Ainsi, après l'annexion du Valais par Napoléon, Muret pousse le Petit Conseil - malgré l'opposition de Pidou - à envoyer officieusement une délégation auprès de l'empereur pour s'assurer de ses bonnes intentions à l'égard des Vaudois; une démarche à laquelle il refuse fermement d'associer le landammann de la Suisse. Dans l'entrevue qu'il accorda à Muret et à Monod, Napoléon rassura ces derniers et prononça la désormais célèbre phrase: « Si jamais Berne voulait reprendre le canton de Vaud, j'irais là, je prendrais toute la Suisse. » Moins prudent que Monod, qui réitère son attachement à l'Acte de Médiation, Muret admet implicitement l'indépendance du canton au prix d'une intervention militaire française: « Sire, répond-il, le canton de Vaud est pénétré d'admiration et de reconnaissance pour votre Majesté. »

Le conservateur

La défaite de Napoléon face aux puissances coalisées et l'abrogation de l'Acte de Médiation en
1814 suscitent chez Muret, comme chez ses collègues, de grandes craintes. Député du canton à la Longue Diète chargée d'élaborer les nouvelles constitutions cantonales, Jules Muret tentera avec persévérance de conserver un mode électoral le plus proche possible de celui de la Médiation, afin de limiter ce qu'il a cherché à empêcher dès la Révolution: le retour des grands propriétaires et des aristocrates au pouvoir. Sans donner suite aux appels de Monod, pour qui nombre de nobles ne souhaitent nullement revenir au régime bernois et pourraient apporter des lumières bienvenues au nouveau gouvernement. Muret, lui-même peu fortuné, s'oppose à tout système qui réserverait l'exercice du pouvoir à des gens vivant de leurs rentes. Les événements vont dans son sens, et le nouveau Conseil d'Etat de 1816 compte dans son sein... les neuf membres du Petit Conseil de 1813. A la Restauration, Muret s'empresse de couper court aux attaques de ceux qui lui rappellent son admiration pour Napoléon. Membre du Conseil d'Etat jusqu'en 1830, il devient le chef de la majorité compacte du Grand Conseil. Par trois fois, les membres de ce dernier le placeront à leur tête, en lui confiant pour quatre ans la charge de Landammann. A chaque fois il est élu au premier tour avec une confortable majorité. De 1813 à 1830, il détiendra quasiment le monopole de la représentation du canton à la Diète fédérale.

Le fédéralisme de Jules Muret, son dirigisme économique qui s'accompagne d'une priorité absolue donnée à l'agriculture et à la viticulture vaudoises, son refus d'apporter des modifications à la Constitution de 1814, son opposition déclarée au Réveil et à la liberté de presse feront de lui la cible du mouvement libéral, qui l'écarte du pouvoir en 1830. Et pourtant ! Malgré la campagne menée contre lui par le Nouvelliste Vaudois et par Frédéric-César de La Harpe - qui lui a toujours reproché de n'avoir «
pas beaucoup de sang suisse dans les veines » ne se trouvait-il pas encore vingt-sept députés au Grand Conseil qui en 1833, lors de l'élection de leur représentant à la Diète fédérale, votèrent pour... Jules Muret?

     

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Un article de:

- Tosato-Rigo, Danièle (2002), Jules Muret ou la continuité au pouvoir, in Vaud sous l'Acte de Médiation, 1803-1813. Bibliothèque historique vaudoise, Lausanne.

 

 
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La Suisse de la Médiation

 

Un récapitulatif sur ce que fut la Suisse de la Médiation, avec un regard particulier porté sur le canton de Vaud...  

       
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