On considère Innocent III comme l’un des plus grands, si ce
n’est le plus grand, pape du Moyen Age. Il naquit en 1160 à
Gavignano, près de Segni.
Il fit ses études à Rome, Paris (théologie) et Bologne (droit
canonique), il sera ordonné cardinal en
1190 ;
Mais c’est le 8
janvier 1198
qu’il
fut élu pape.
Pour
résumer grossièrement son action, disons qu’elle vise à
renforcer la centralisation de l’Eglise, à lancer la quatrième
croisade, à lutter contre les hérétiques (croisade
contre les Albigeois), à encourager la lutte en
Espagne pour chasser les Arabes.
Dès
le début de son « règne », Innocent III
s’affirmera face au pouvoir temporel ; les princes électeurs
germaniques étaient alors divisés et avaient élu deux
monarques. Innocent III pris position pour le guelfe
Otton
de Brunswick contre
le gibelin Philippe de
Souabe. Ce dernier fut assassiné et Otton
s’imaginait un avenir radieux, mais le pape l’excommunia (il
le trouvait trop entreprenant) et fit pression pour faire élire
Frédéric
II (neveu de Philippe et fils du roi de Sicile,
Henri
VI, Frédéric II sera plus tard l’un des plus
grands adversaires de la papauté…). Otton perdit tout
prestige après la défaite de
Bouvines
en 1214.
Innocent
III dans ses entreprises expansionnistes eut des rapports
houleux avec
Jean
sans Terre (de qui il exigea, lorsque celui-ci
sollicita son pardon, une soumission complète (1213) et avec
Philippe
II Auguste; il jeta l’interdit sur la France,
lorsque Philippe Auguste fit illégalement annuler son mariage
avec
Ingelberg de Danemark
pour épouser
Agnès
de Méran
(1200). Pour
mieux comprendre sa politique il faut savoir que pour Innocent
III l’Eglise se devait d’être un état fort afin de mener
à bien ses deux principaux objectifs :
la reprise de Jérusalem
par la croisade et la lutte contre les hérétiques.
Pour mener à bien le premier de ces objectifs Innocent III
lance en
1199 la quatrième croisade ;
ce fut un fiasco, elle aboutit à la chute de
Constantinople
en 1204. À partir de 1212, il entama la préparation de
la cinquième Croisade qui devait se dérouler après sa mort.
En
ce qui concerne son second objectif, c’est-à-dire ramener les
hérétiques dans le giron de l’Eglise, le pape fit appel aux
Cisterciens
qu’il désigna comme légats. Là aussi ce fut un échec,
l’un d’entre eux,
Pierre
de Castelnau, fut même assassiné.
C’est ce qui poussa Innocent à lancer la
croisade
contre les Albigeois en
1209.
Le
quatrième
concile
de Latran en
1215
couronna son œuvre (la centralisation fut
renforcée; l’autorité pontificale sur le clergé désormais
toute-puissante contrôlait la hiérarchie; des canons furent
promulgués en faveur de l’enseignement; l’hérésie fut
fermement condamnée et le concile détermina les moyens pour
lutter contre elle, le comté de Toulouse fut reconnu au chef de
la croisade des albigeois,
Simon
de Montfort). Innocent III s’éteignit en 1216
après une courte maladie.
Pour aller plus loin...
La puissance de Henri VI avait plus d'éclat que de
réalité; les événements qui
suivirent sa mort subite le firent
bien voir. Des combats sanglants
divisèrent les Allemands à
l'occasion de sa succession; les
Italiens, haineux, s'affranchirent
de tout ce qui leur rappelait la
domination de l'étranger, et un
pape, qui avait un grand génie
politique, imposa son autorité à
l'Europe, avec plus de tyrannie
qu'aucun empereur ne l'avait fait.
En Allemagne, la plupart des princes restèrent fidèles
aux Hohenstaufen; ils élirent roi,
en 1198,
le plus jeune fils de Barberousse,
le duc
Philippe de Souabe, mais,
quelques mois plus tard, à
l'instigation de l'archevêque de
Cologne, une minorité lui opposa
Othon IV,
fils d'Henri
le Lion. La lutte entre
les
Hohenstaufen
et les Welf reprit
de plus belle. Tous les ennemis des
Hohenstaufen embrassèrent la cause
des Welf: le nord-est de
l'Allemagne, les villes lombardes,
l'Angleterre, le pape. Des intérêts
économiques et des relations de
famille jouèrent un rôle décisif
dans l'affaire. Ainsi, Cologne était
la principale place d'échange des
marchandises anglaises. Othon était
un demi-Plantagenet, ayant pour mère
une fille d'Henri II; il avait été
élevé à la cour de son oncle
Richard Coeur
de Lion, qui lui était
très attaché et lui avait donné en
fief le comté français de Poitou.
D'ailleurs, il semble qu'Othon ait
eu en commun avec lui plusieurs
traits de caractère; il était, comme
lui, audacieux, impérieux et
superficiel. Tout au contraire,
quoique d'esprit clair, Philippe de
Souabe était mesuré et conciliant.
L'Allemagne se divisa donc en deux
camps, sous la conduite de deux
adolescents: Othon avait juste
quinze ans au moment où il fut élu,
Philippe en avait environ dix-huit.
Philippe groupait autour de lui
toute l'Allemagne du sud ainsi que
la Bohême, dont il nomma roi le duc
Ottokar.
Othon s'appuyait non seulement sur
le patrimoine des Welf, mais encore
sur la Basse-Lorraine et sur les
contrées du BasRhin et de la Saxe;
il comptait aussi un grand nombre
d'ecclésiastiques parmi ses
partisans. La guerre civile désola
l'Allemagne pendant une dizaine
d'années.
En Italie, au contraire, un intense besoin d'union
rassembla les forces éparses en un
tout solide, comme cela ne s'était
jamais vu depuis la vieille époque
romaine. Le pape Innocent
III
(1198-1216) fut l'homme d'Etat le
plus génial de son temps et
l'un
des plus grands papes qui aient
régné. Il avait trente-sept ans à
l'époque de son élection. Walther de
la Volgelweide s'était alors écrié:
« Malheur
!
le pape est trop jeune; Seigneur,
viens en aide à la chrétienté
! »
Mais il se trompait. Innocent était
issu de la famille des comtes de
Segni; très savant en théologie et
en droit ecclésiastique, il était un
travailleur passionné et un
politicien de grand talent. Il n'y
avait rien de nouveau dans le fait
qu'il prétendait à la suzeraineté
pontificale sur les princes laïques.
Nicolas Ier et Grégoire Vll en
avaient fait autant, mais Innocent
III sut donner à ces prétentions une
expression définitive: le pape
reconnaît aux princes le droit
d'élire les rois, mais c'est à lui
qu'il appartient de sanctionner
l'élection et d'élever l'élu au rang
d'empereur par l'onction et le
couronnement. L'empire dépend
entièrement du pape, qui reconnaît
ne pas avoir à intervenir dans le
domaine temporel,
mais affirme son autorité sur les
princes en tout ce qui touche au
spirituel.
«
Nous n'avons
pas l'intention de régner sur un
fief.. mais de prononcer une
condamnation contre tout péché, ce
qui est, sans conteste, notre devoir
», écrit Innocent au sujet de
Philippe de Souabe. «
La puissance
spirituelle et le pouvoir temporel
s'opposent comme le soleil et la
lune. Comme Dieu, le créateur du
monde, a placé deux luminaires dans
la voûte céleste, le grand pour
régir les jours, le petit pour régir
les nuits, de même, il a placé au
firmament de l'Eglise, que l'on
désigne sous le nom de ciel, le
grand qui doit régner sur les âmes,
comme le soleil sur le jour, le
petit qui doit gouverner les corps,
comme la lune régit la nuit; telles
sont les fonctions du pape et du
roi. Et de même que la lune reçoit
sa lumière du soleil, le pouvoir
royal n'est que le reflet de la
toute-puissance dont le pape est
revêtu. Plus il s'en rapproche,
moins il brille, plus il s'en tient
éloigné, plus son éclat augmente.
»
Innocent ne se laissait pas aveugler par sa théorie,
mais il cherchait à assujettir
effectivement les princes d'Europe.
Son premier soin fut d'affranchir
l'Eglise des chaînes dont
l'Allemagne l'avait liée et de
rentrer en possession des Etats
pontificaux. Le succès
extraordinaire qui couronna ses
efforts ne fut pas dû à ses seuls
talents; la chance lui sourit dans
une large mesure. Il arrivait au
moment où la puissance de l'empire
était profondément ébranlée en
Italie, où la haine de l'Allemand,
amassée par les menées des deux
derniers Hohenstaufen, était à son
comble. C'est pourquoi la ville de
Rome se donna à lui; le dernier
préfet, instauré quelque temps
auparavant en qualité de bailli
impérial, pensa que le mieux était
de rendre hommage au souverain
pontife. Un représentant du peuple,
qu'on appelait Sénateur, se retira.
Innocent gagna la faveur de la
population en lui laissant ses
libertés démocratiques. Ainsi, en
peu de temps, il fut le maître
incontesté de la ville
qu'administraient
un juge et des magistrats librement
élus.
Dans le reste de l'Italie, les circonstances furent
tout aussi favorables à Innocent
Ill. Là aussi, la haine des
Allemands tourna à son avantage. La
veuve d'Henri VI, qui ne s'était pas
germanisée au côté de son époux,
renvoya presque tous les Allemands
de sa cour et gouverna le royaume de
Sicile selon la
tradition
normande. Elle reconnut la
suzeraineté du pape, renonça à la
plupart des droits de la couronne
dans le domaine ecclésiastique et,
quand elle mourut, en
1198,
désigna Innocent III comme tuteur de
son fils mineur.
En Allemagne, personne n'était en mesure de faire
valoir les droits de l'empire sur
l'Italie. Le seul qui y songeât,
Markwald d'Annweiler, un ancien
courtisan d'Henri VI, mourut en
1202. Les princes ne s'occupaient
que de leurs querelles intérieures.