Hugues
Capet est issu
de la famille des Robertiens qui domine la Francie (c'est-à-dire
la région entre Meuse et Loire) depuis un siècle, et qui a déjà
donné deux rois: Eudes, qui régna entre 888 et 898, et Robert,
qui régna de 922 à 923.
Hugues était le
petit-fils de Robert Ier,
fils aîné d’Hugues le Grand,
comte de Paris et dux Francorum
(duc des Francs) et d’Hadwige, sœur de l’empereur
Othon Ier.
Les Capétiens
furent également à l'origine, outre les lignes de Valois et de
Bourbon qui lui succédèrent sur le trône de France, de la
seconde maison de Bourgogne, des rois de Portugal, de la maison
capétienne des Dreux, ducs de Bretagne, et de la première maison
d'Anjou-Sicile. Avant
l'ascension d'Hugues Capet, les membres de cette puissante
famille ne régnaient que de manière intermittente, en alternance
avec les derniers Carolingiens. En effet,
le
rétablissement du souverain carolingien en la personne de
Louis d’Outremer (936) n’a pu se
faire que grâce à Hugues le Grand. Depuis cette date, le duc de
France passe alternativement du soutien à l’affrontement avec le
roi. En 985, l’écolâtre de Reims,
Gerbert, l’esprit le plus brillant de son temps écrit
: «Le roi de fait, c’est Hugues.»
Surnommé Capet,
à cause du manteau, ou cape, de saint Martin, conservé à
Saint-Martin-de-Tours, dont il détenait l’abbatiat laïc, Hugues
était mineur à la mort de son père, en 956. A
la veille de son élection à la royauté, il est le prince le
mieux pourvu du royaume: duc de France, duc de Bourgogne, il est
suzerain du duc de Normandie (il a donc des droits sur la
Bretagne) et suzerain (du moins en théorie) du duc d’Aquitaine,
tandis que le roi de Bourgogne est son frère.
Placé, comme
son cousin le roi Lothaire,
sous la tutelle de leur oncle Brunon,
archevêque de Cologne et frère d’Othon Ier, il perdit plusieurs
territoires durant la période qui précéda son investiture comme
duc des Francs, certains de ses vassaux, tels les comtes de
Blois et d’Anjou, en ayant profité pour s’émanciper de son
autorité.
Mais à
sa majorité Hugues prit possession de ses fiefs, ils faisaient
de lui, par la puissance qu’ils lui conféraient, l’égal du roi,
d’autant que ses alliances familiales en faisaient un proche des
plus grands seigneurs du royaume comme nous l'avons vu (frère
d’Othon, duc de Bourgogne, mais aussi beau-frère de Richard, duc
de Normandie, et gendre du duc d’Aquitaine, Guillaume Tête
d’Étoupe, depuis son mariage en 970 avec sa fille, la princesse
carolingienne Adélaïde).
Comme son père, Hugues Capet adopta
une attitude alternant soutien et
opposition au pouvoir royal. Ainsi,
s’il apporta son appui à Lothaire
lorsque ce dernier tenta de
s’emparer de la Lorraine en 978, il
se rangea par la suite au côté d’Adalbéron,
archevêque de Reims, partisan d’un
retour à l’unité de l’Occident sous
l’autorité des empereurs saxons, et
se dressa alors contre Lothaire qui
s’était emparé
de Verdun en 984.
En
effet, avec
Adalbéron
et Gerbert sont reprises les idées
d’empire unique, garant de la paix:
d’où l’admiration des deux hommes
pour l’empire néo-carolingien des
Ottons. De plus, la solidité de
l’archevêché de Reims, sa situation
partie dans l’Empire germanique,
partie dans le royaume de France,
devait amener son chef à jouer un
rôle décisif dans l’avènement
d’Hugues Capet. Le dernier roi
carolingien,
Louis V le
Fainéant, comme son père
Lothaire l’avait déjà fait, accuse
Adalbéron de trahison au profit de
l’empereur et convoque un plaid pour
le juger à Compiègne le
18 mai 987.
Or le roi meurt d’un accident de
chasse: la situation se retourne en
faveur d’Adalbéron.
Hugues, s’étant fait désigner à la
tête de la cour de justice, prononça
alors l’absolution du prélat.
Hugues sacré
Échange de bon procédé, Adalbéron
fait élire Hugues à Noyon, puis le
sacre à Soissons le 1er juin
(ou à Reims le 3 juin).
Lors de l’assemblée qui se tint
alors à Senlis pour désigner le
futur roi, Adalbéron prononça un
discours où il fit valoir que «
le trône ne
s’acquiert pas par droit
héréditaire, et [que] l’on ne doit
mettre à la tête du royaume que
celui qui se distingue non seulement
par la noblesse corporelle, mais
aussi par les qualités de l’esprit
». L’évêque de Reims put
procéder à son sacre dans la
cathédrale de Noyon. Le 30 décembre,
le nouveau roi, ayant été appelé en
renfort par
Borell, comte de Barcelone,
fit sacrer son fils
Robert
à Orléans, sous le prétexte de ne
pas laisser le trône vacant,
inaugurant une tradition qui allait
perdurer pendant deux siècles. Mais
l'élection
inopinée d'Hugues déclenche la
réaction du prétendant carolingien,
Charles de
Basse-Lorraine, oncle du
roi défunt, qui s’empare de Laon en
mai 988.
Dans l’espoir d’introduire la
division dans le camp de ses
adversaires, Hugues fit alors nommer
Arnoul, bâtard de Lothaire, au siège
épiscopal de Reims, laissé vacant
par la mort d’Adalbéron. Mais
Arnoul donne la ville à
Charles. Les deux Carolingiens sont
donc solidement établis au cœur de
la Francie. Ce sera grâce à la
trahison de l’évêque de Laon,
Ascelin,
qui livre la cité, ainsi que Charles
de Lorraine et ses enfants, à Hugues
en mars 991 que ce dernier n'aura
plus à redouter la concurrence des
Carolingiens.
Reste alors à régler le sort de
Reims et de son évêque: Hugues se
défie de la papauté qu’il juge trop
liée à l’empereur germanique; il
réunit un
concile national au monastère
Saint-Basle de Verzy, qui
dégrade Arnoul et lui substitue
Gerbert (juin 991), à la grande
colère du pape
Jean XV.
S’il
contrôlait le domaine royal issu de
ses possessions et les pays d’Aisne
et d’Oise qui venaient de l’héritage
carolingien, Hugues n’avait aucun
pouvoir au sud de la Loire et était
étroitement dépendant de l’Église et
des grands féodaux qui l’avaient
élu. Son
règne marque une certaine prise de
conscience par la royauté de sa
personnalité distincte par rapport à
l’Empire, mais le souverain reste
très faible.
Une étude des actes issus de la
chancellerie royale montre qu’aucun
n’est destiné aux régions du sud du
royaume, et de nombreux actes ne
sont plus souscrits par le roi et le
chancelier seuls, mais le sont aussi
par de grands personnages dont
l’autorité vient conforter celle du
souverain.
Subtil
diplomate, habile à se prévaloir du
titre d’« oint
du seigneur » qu’il tenait de
son sacre, Hugues Capet, qui devait
mourir près d’Orléans, au retour
d’un pèlerinage sur la tombe de
saint Mayeul, sut léguer à ses
descendants les linéaments d’une
puissance durable.
Désirant
éviter les problèmes de succession
qui avaient affaibli les
Carolingiens, Hugues Capet fit en
effet élire et couronner roi, le
25 décembre
987, son fils aîné Robert,
qui prit le nom de
Robert II le
Pieux, établissant de
fait le caractère héréditaire de la
monarchie. Les Capétiens
renforcèrent considérablement le
pouvoir royal en France en
instaurant progressivement les
principes d'hérédité, de
primogéniture et d'indivisibilité
des terres domaniales, qui furent
acquises dès l'avènement d'Henri
Ier, fils de Robert II le
Pieux, qui céda à son frère Robert
le duché de Bourgogne en échange
d'une reconnaissance formelle et
publique de son autorité. Dès lors,
le principe du droit d'aînesse ne
fut plus discuté, et seul fut admis
le principe de la cession de
territoires ou d'apanages, contre
serment de vassalité.
Robert Ier de
Bourgogne fut à l'origine de
la première maison de Bourgogne ;
l'un de ses petits-fils,
Henri
(v. 1069-1112), époux de Thérèse,
fille d'Alphonse
VI, roi de Castille, fut le
père d'Alphonse
Ier, fondateur du royaume
de Portugal.
La
pratique de l'élection se perpétua
jusqu'à l'avènement de
Philippe II
Auguste en 1180, date à
laquelle il fut jugé que cette
fiction était devenue inutile.