Horace est né à
Venouse
(aujourd'hui Venosa, à mi-chemin de Naples et de Bari). Son père,
esclave affranchi exerçant désormais le métier de
coactor
(=caissier des ventes aux enchères), le poussa à aller étudier
à Rome (ce qui est exceptionnel à l’époque puisque l’on
ne se déplaçait pas pour étudier) puis à Athènes, voyage
qu'il laissa entreprendre à son fils sans l'accompagner.
Horace
suivit des cours de philosophie et de poésie grecques à l'Académie.
Son père fut un homme admirable, offrant la meilleure éducation
possible à son fils tout en ne devenant pas un père
"possessif", Horace ne manqua pas de lui rendre
hommage ; il dit notamment que s'il avait à choisir ses
parents il prendrait les mêmes. On ne sait presque rien de
sa mère qui est sûrement morte en le mettant au monde. De son
enfance "campagnarde", Horace conserva le goût
de la solitude et de la nature.
Peu après
l'assassinat de
Jules
César en 44 av. J.-C.,
Horace se trouvait toujours à Athènes et fut « embrigader » par
les partisans de la République.
Il s’enrôla dans l'armée républicaine, poussé
par l'un des meurtriers,
Brutus.
Il fut nommé tribun militaire et prit part à la bataille de
Philippes,
en 42 av. J.-C.,
qui se solda par la défaite de l'armée républicaine face à
Marc
Antoine et à
Octave
(le futur empereur
Auguste).
Horace se trouvait dans le camp des vaincus. Cet échec le
marqua douloureusement ; après l'amnistie, il revint à Rome, où
il obtint un poste de scribe auprès d’un questeur
(scriba quaestorius), et se consacra à la poésie. Entre-temps
son père était mort et ses terres avaient été confisquées
et données aux vétérans de l’armée d’Antoine et
d’Octave ; Horace n'entreprit rien pour les récupérer,
ce qui ne fut pas l’attitude de
Virgile.
Mais soulignons qu’au-delà d’une différence de caractère
entre les deux hommes c’est peut-être parce que Horace était
dans le camp des vaincus et qu’il devait faire profil bas…
Chacun comprit que l’essentiel était acquis
le jour où le jeune Octave remporta sur les forces d’Antoine
et de
Cléopâtre une
victoire décisive (bataille d’Actium,
2 septembre 31). Il est peu d’événements historiques
qui, dans la littérature, dans la sensibilité commune, aient défini
aussi nettement un seuil, marqué un avant et un après. Ce sera
le temps de la pax
Augusta ; la fin des guerres civiles.
Les poèmes
d’Horace plurent à Virgile, alors poète-lauréat. Vers 38 av. J.-C.,
ce dernier présenta Horace à Mécène,
homme d'État (et grand seigneur étrusque), protecteur des arts
et ami d'Octave. Cette rencontre fut importante pour Horace, car
non seulement Mécène lui permit d'entrer dans les cercles
politiques et littéraires romains, mais il lui offrit, en l'an
33 av. J.-C.,
un domaine dans les collines de la Sabine, afin qu'il puisse s'y
retirer, loin du tumulte de Rome.
L'œuvre
d'Horace est composée de satires,
d'épodes, d'odes
et d'épîtres.
Elle transmet un enseignement moral, mais en même temps la
rigueur du stoïcisme est tournée en dérision. Elle est aussi
d’une forte unité bien que les styles des ouvrages soient
bien différents les uns des autres (agressif dans un premier
temps, ils deviennent sereins par la suite). Horace parcourt
toute l’étendue du style poétique; c’est vers 35-34
qu’il publie un premier recueil de 10 satires, mais le tout
premier recueil qui nous a été conservé s’intitule Epodes.
Les
Epodes.
Il y est
question de politique, la hantise du retour de la Guerre
Civile s’y exprime. Horace exprime le rêve insensé de
quitter la Rome haineuse pour se réfugier au paradis des Îles
Fortunées (XVI), expression également de la mélancolie
de l’homme face à son destin (XIII). Mais on y compte
aussi de nombreuses invectives : contre un mauvais poète,
contre une vieille coquette…Horace fait aussi
l’éloge de la vie à la campagne. A la même époque il
compose son premier livre de satires…
Les Satires
Dans les Satires,
l'auteur traite de questions éthiques telles que l'ambition,
la stupidité des comportements excessifs ou la cupidité.
Mais il dénonce aussi les
vices
et les défauts de ses contemporains.
Il s’interroge aussi sur les règles et sur la portée de la
satire.
Le premier livre
des Satires (35 av. J.-C.)
comme le second (30 av. J.-C.)
sont des recueils de dialogues, mais tous les genres prennent
place dans l’œuvre (dialogues, récits, fables…). Ces
deux volumes, composés respectivement de dix et de huit
satires, sont marqués par un esprit de tolérance et une liberté
de ton. En référence au poète Lucilius (180-102), la
satire évoquait alors une forme littéraire affranchie de règles
trop strictes et où tous les tons pouvaient composer:
Horace, d’ailleurs, emploie souvent le terme de
sermones
(conversations, libres propos ; surtout des causeries
à vrai dire) et c’est peut-être le titre véritable du
recueil. L’amitié de Mécène a inspiré quelques-unes des pièces
les plus belles.
Exemples
de Satires : L’éloge
du juste milieu (II) ;
les péripéties d’un voyage
en «province» à Brindes (en compagnie de Mécène, de
Virgile
et de quelques autres), pour aller assister à la réconciliation
entre Antoine et Octave. Mais Horace ne transcrit pas les énormes
enjeux politiques et diplomatiques du voyage mais fait une
description de la vie quotidienne des voyageurs, le tout sur un
ton léger qui garantit l’effet de « démythification »
(V), les propos
cocasses de plaideurs incultes, parodie de certaines scènes épiques
(VII) ceux d’un homme converti au stoïcisme, éloge de
l’indulgence (III,
2). On constate que les sujets « légers »
se mêlent aux sujets « moraux »
(juste
milieu, indulgence…). Soulignons qu’Horace évite la satire
politique, il n’est pas d’un rang social suffisamment élevé
pour se permettre de « taquiner » les puissants.
Les Odes
Les œuvres poétiques
majeures d'Horace restent les Odes, qui sont inspirées
— voire
imitées pour nombre d'entre elles —
notamment du poète Sappho.
Pour écrire cette œuvre, Horace va refuser un intéressant
poste de secrétaire d’Auguste en Espagne. Les 88
poèmes des Odes, qui témoignent de la grande
connaissance qu'avait Horace de la poésie lyrique grecque, ne
sont pas exclusivement politiques, puisqu'ils célèbrent la
paix, la patrie, l'amour, l'amitié, le vin, les plaisirs et la
simplicité de la vie campagnarde et aussi des éléments de la
vie de l’auteur (ainsi l’épisode où il faillit être écrasé
par un arbre); elles contiennent en outre de nombreux éléments
tirés des mythologies grecque et romaine. Influencées par
Pindare
et renommées pour le rythme, l'ironie et la courtoisie qui s'en
dégagent, les Odes d'Horace furent imitées par des poètes
anglais du XVIIIe siècle
et du XIXe siècle,
tels que Pope et
Milton. En France,
Ronsard,
Du Bellay et
Montaigne
se sont également inspirés de ces Odes pour nourrir
leur propre œuvre notamment du fameux
Carpe diem
(profite du moment présent) qui sera tant repris par d’autres
encore.
L’une des Odes célèbres
se nomme Nunc est bibendum (maintenant il faut boire), ce
n’est pas une chanson à boire mais la célébration dans la
joie de la victoire d’Actium.
Les Epîtres
Vers 20 av. J.-C.,
Horace publia le premier livre des Épîtres, soit vingt
courtes lettres dans lesquelles il expose ses observations
sur la société (il dénonce la passion et la cupidité), la
littérature et la philosophie. Elles ne se distinguent pas
formellement des satires, la principale différence consiste
dans le fait que les Epîtres sont adressées à différents
destinataires. Ce sont des lettres qui sont tout de même
moins agressives que ne l’étaient
les Satires. Horace était un philosophe du «juste
milieu!», puisqu'il prônait les doctrines de l'épicurisme,
mais aussi la modération, jusque dans la recherche de la vertu.
C’est surtout la philosophie morale qui est mise en avant,
mais elle l’est de manière pratique. Horace
recherche
l’art de vivre heureux, le bonheur est en nous non hors de
nous.
Les Epîtres ont
les mêmes thèmes que les Satires, mais Horace a vieillit, il
est moins agressif.
À l'époque où il
rédigea ces Épîtres, sa réputation était telle
qu'après la mort de son ami
Virgile
en 19
Virgile
en 19 av. J.-C.,
il lui succéda dans la fonction de poète-lauréat.
Deux ans après cet
honneur, Horace revint à la poésie lyrique à la demande
d'Auguste, qui lui commanda un hymne pour les jeux de Rome.
Parmi les dernières œuvres d'Horace, dont nous ne connaissons
pas les dates exactes de composition, citons le second livre des
Épîtres, le quatrième livre des Odes et l'Épître
aux Pisons,
plus connue sous le titre d'Art
poétique.
Si les deux lettres du second livre des Épîtres sont
des commentaires sur l'évolution de la littérature, l'Art
poétique — véritable
traité d'esthétique — célèbre
les maîtres grecs, explique la difficulté et le sérieux
de l'art d'écrire et donne des conseils techniques aux
apprentis poètes.
Horace mourut à
Rome le 27 novembre
de l'an 8 av. J.-C.,
peu de temps après son ami Mécène, auprès de qui il fut
enterré.