A l'aube de ce siècle, Philippe de
Hochberg fut admis dans
la
combourgeoisie de Lucerne. On
peut se demander quelles raisons
l'ont engagé à solliciter une
alliance avec Lucerne une ville
aussi éloignée et qu'aucun intérêt
commun ne devait, semble-t-il,
rapprocher. Il n'est pas interdit de
présumer que le comte a estimé utile
de se créer
des partisans au coeur même de la
Confédération pour en obtenir
un secours militaire en cas de
danger, et peut-être aussi pour
contrebalancer
l'influence de Berne, parfois
lourde à supporter. Lucerne devait
être le dernier canton avec qui le
maître de Neuchâtel entra en
relations étroites. Le traité scellé
en 1501 ne déploya véritablement ses
effets que pendant quelques dizaines
d'années au cours desquelles les
Lucernois n'eurent pas l'occasion de
jouer un rôle prépondérant dans les
affaires Neuchâteloises. Les
événements ultérieurs, et notamment
la crise
religieuse des années 1530,
divisèrent les cantons en deux blocs
hostiles. A celui de l'ancienne
confession se rattachaient Soleure,
Fribourg et Lucerne, tandis que
Berne avait adhéré tôt à la Réforme
religieuse. Cette prise de position
ne pouvait que rapprocher ce dernier
canton de Neuchâtel.
Philippe de Hochberg mourut en 1503,
ne laissant qu'une fille,
Jeanne,
laquelle épousa l'année suivante un
prince français,
Louis d'Orléans-Longueville.
Ce prince, trop absorbé par les
fonctions et les charges qui lui
avaient été confiées par le roi de
France, ne fit que de brefs séjours
dans le pays. Il s'en occupait fort
peu sans doute et son autorité
devait être très réduite. Mais,
désireux de conserver un fief qui
lui valait quelques revenus, il
comprit que son intérêt lui dictait
de rester en bons termes avec ses
combourgeois. Il s'empressa de
renouveler les traités d'alliance
signés par ses prédécesseurs. Quant
à l'administration du pays, qu'il
connaissait fort mal, il jugea
préférable de
l'affermer aux autorités de la ville
de Neuchâtel. En échange
d'une modeste redevance annuelle,
les Quatre
Ministraux devinrent les
véritables maîtres du comté. Les
sujets leur devaient obéissance; les
principaux postes de
l'administration étaient à leur
nomination.
Cet abandon partiel d'autorité
par le prince ne pouvait que
convenir aux bourgeois de Neuchâtel.
Les relations qu'ils entretenaient
avec leurs combourgeois, avec Berne
en particulier, les avaient
certainement incités à vouloir jouer
plus tard un rôle de premier plan
dans l'Etat. En période de
tranquillité, il n'est pas
impossible que le glissement du
pouvoir, du prince aux bourgeois de
Neuchâtel, se serait accentué au
point de provoquer un conflit, soit
avec Louis d'Orléans, soit avec les
cantons. Mais la tension
internationale, loin de se relâcher,
s'aggravait plutôt. Dans le nord de
l'Italie, la France ne renonçait pas
à la possession du Milanais, où elle
se heurtait au pape, à Venise et à
l'Empire. Les cantons étaient
sollicités de prendre position pour
l'un ou l'autre des antagonistes, et
dans chacun d'eux la France avait
ses partisans et ses adversaires.
Une illustration de l'état d'esprit
qui régnait chez eux se manifesta
dans
l'affaire Supersaxo. Ce
Valaisan, agent de
Louis XII,
fut arrêté alors qu'il passait par
Fribourg et incarcéré. Il réussit à
s'évader et se réfugia à Neuchâtel,
pensant y être en sûreté puisque le
comte se trouvait être un prince
français. Qu'allaient faire les
autorités ? Louis d'Orléans ne
pouvait décemment livrer à Fribourg,
qui réclamait son extradition, un
partisan de son maître. Berne sauva
la situation en déclarant prendre
Supersaxo sous sa protection et en
demandant qu'on le lui confiât. Les
Neuchâtelois furent heureux de cette
solution et s'empressèrent de
déférer à l'invitation des Bernois.
Les Fribourgeois durent s'incliner,
mais, à n'en pas douter, ils
gardèrent longtemps rancune aux
Neuchâtelois de n'avoir pas livré
Supersaxo.
Cet incident est caractéristique de la position délicate
qu'allait connaître le pays de
Neuchâtel. Son
maître, Louis d'Orléans, prince
français et défenseur des intérêts
de son roi en guerre contre les
Suisses, était d'autre part
combourgeois de quatre villes
confédérées. Il ne pouvait
ignorer ses obligations envers
elles. La population du comté, de
son côté, ne cachait pas ses
sympathies pour la cause des
Confédérés. La position de Louis
d'Orléans, entre deux feux,
rappelait sur certains points celle
qu'avait connue Rodolphe de Hochberg
au temps des guerres de Bourgogne.
Les mêmes inquiétudes naissaient de
la possibilité d'une attaque
française par le comté, tandis que
les cantons étaient de plus en plus
acquis à l’idée d'une descente en
Bourgogne.
Neuchâtel prenait une importance
stratégique que l'on
reconnaissait de part et d'autre du
jura. Des bruits, vrais ou faux, de
rassemblements de troupes
circulaient; ils ne contribuaient
pas à apaiser les esprits. Les
autorités bernoises, toujours
vigilantes, suivaient avec anxiété
le déroulement des événements. Elles
se rendirent bientôt compte qu'une
mesure
préventive, lourde de
conséquences possibles, s'imposait:
l'occupation du territoire
Neuchâtelois.
Mais
pouvaient-elles agir seules et
prendre une telle responsabilité à
l'insu des autres combourgeois ?
Elles jugèrent préférable de se
faire seconder par l'un de ces
derniers. Elles invitèrent les
Soleurois à se joindre à une
démarche qu'elles envisageaient de
faire auprès des Quatre-Ministraux.
Les Soleurois, dont les intérêts,
sur ce point, rejoignaient ceux de
Berne, acquiescèrent d'emblée à la
suggestion de leur autre
combourgeois. Mais bientôt il ne fut
plus question d'envisager seulement
des mesures propres à assurer la
sécurité du territoire Neuchâtelois.
Un autre projet, infiniment plus
hardi avait pris naissance dans les
esprits des dirigeants des bords de
l'Aar. On
n'envisageait rien de moins que
d'inviter les Quatre-Ministraux à
s’emparer s'emparer du pouvoir.
C'était, on en conviendra, un coup
d'Etat que l'on se proposait de
conseiller aux autorités de la ville
de Neuchâtel: substituer leur
bourgeoisie à l'autorité de leur
prince. Une semblable entreprise eût
été rare dans les coutumes de
l'époque, encore que l'on ne
l'envisageât qu'à titre provisoire,
nécessitée par l'insécurité des
temps. Berne resterait, il va de
soi, dans la coulisse, mais on peut
bien présumer que ses dirigeants
entendaient bien que les
Quatre-Ministraux n'agiraient que
sous leur autorité. Or,
contrairement à leur attente,
les bourgeois
de Neuchâtel refusèrent d'entrer
dans ces vues. A quel mobile
ont-ils obéi ? On ne le saura sans
doute jamais. Y a-t-il eu pression
de certains cantons jaloux de la
prépondérance des Bernois ? Les
Neuchâtelois ont-ils eu peur de
tomber complètement sous la coupe de
leurs voisins?
La situation internationale se détendit si bien que les
craintes de voir Neuchâtel servir de
base à des opérations militaires
paraissaient ne plus se justifier.
Mais l'accalmie ne fut pas de longue
durée. Les négociations pour un
traité de paix entre les cantons et
le roi de France s'éternisaient; le
mécontentement gagnait les premiers,
qui, peu à peu, se trouvaient acquis
à l’idée d'une occupation de
Neuchâtel. Devant cette perspective,
les appréhensions des Bernois furent
vives. Avec les Soleurois, ils
envisageaient que le comté leur
était plus ou moins dévolu, et
qu'ils devaient en retirer des
avantages que personne n'était en
mesure de leur contester. Certes,
ils n'ignoraient pas que des traités
de combourgeoisie unissaient aussi
Neuchâtel à Fribourg et à Lucerne;
mais à leurs yeux, ces deux cantons
ne pouvaient prétendre être mis sur
un pied d'égalité avec eux. Quant
aux autres Etats confédérés, dont
les prétentions sur Neuchâtel
étaient toujours à craindre, ils
étaient pour l'immédiat trop engagés
en Italie et devaient de ce fait
laisser le champ assez libre aux
deux principaux combourgeois.
Au début de l'année 1512, Berne
estima le moment venu de passer aux
actes. En fait,
une simple
délégation des cantons combourgeois
envoyée à Neuchâtel suffit à faire
comprendre à la population qu'elle
avait de nouveaux maîtres. Il ne
semble pas que les autorités locales
aient soulevé quelque objection ou
offert quelque résistance avant de
s'incliner devant le fait accompli.
Tout au plus les Quatre-Ministraux
demandèrent-ils que leurs franchises
leur fussent reconnues. Cette
satisfaction leur fut aisément
accordée, et, le 4 juillet,
les bourgeois
prêtèrent serment de fidélité
aux représentants de ceux qu'ils
avaient considérés jusqu'alors comme
des alliés.
Neuchâtel
cessait ainsi d'être un comté pour
devenir un bailliage. Il
fallut songer à l'organiser. Les
quatre combourgeois désignèrent un
bailli,
en charge pour deux ans. Le premier
fut un Bernois,
Louis de
Diesbach, dont le mandat
consistait avant tout à sauvegarder
les intérêts de ceux qu'il
représentait. Il fut convenu que
chaque année les délégués des quatre
cantons se réuniraient à Neuchâtel
pour régler les causes importantes,
pour prendre connaissance des
comptes et se répartir l'excédent
des recettes.
Cependant, le sort de Neuchâtel n'était pas encore assuré. Il
ne pouvait l'être tant que la paix
ne serait pas signée entre les
cantons et le roi de France. Et le
comté, placé entre deux belligérants
éventuels, pouvait, d'un moment à
l'autre, être utilisé pour des
passages de
troupes. C'était l'argument
qu'invoquaient les occupants pour
justifier leur présence à Neuchâtel
et pour s'y maintenir. Outre
l'intérêt qu'ils pouvaient avoir à
la possession, même momentanée, du
comté, ils voyaient en ce dernier
une position avancée qui leur
permettait de reprendre leurs visées
d'une descente
en Bourgogne. Le moment était
d'autant plus propice que leurs
Confédérés fortement engagés dans
les luttes pour la possession du
Milanais, perdaient un peu de vue la
question de Neuchâtel. Ce petit pays
ne présentait pas pour eux un
avantage immédiat, mais le désir
d'avoir une part de cette possession
et de bénéficier des avantages que
s'étaient réservés quatre de leurs
alliés se manifestait clairement.
Cette part, les combourgeois, et
Berne en particulier, n'étaient
nullement disposés à la leur céder.
Et chose plaisante, ils leur
répondaient en invoquant les
arguments que l'avocat de
Jeanne de
Hochberg, laquelle avait
présenté une demande en restitution,
avait développés éloquemment devant
eux: Louis d'Orléans tenait
Neuchâtel du chef de sa femme,
Jeanne de Hochberg.
Etait-il
équitable de la faire pâtir des
luttes qui opposaient les cantons au
roi de France ? La comtesse
de Neuchâtel avait toujours tenu ses
engagements de combourgeoise, et ses
sujets à maintes reprises avaient
combattu vaillamment aux côtés des
Confédérés.
Neuchâtel n'était pas une terre
ennemie conquise sur un adversaire.
Si les quatre cantons l'occupaient,
c'était en raison des nécessités du
moment. Ces arguments furent
développés dans une lettre aux huit
autres cantons que chacun des
occupants devait signer. Elle était
une réponse aux prétentions de leurs
coalisés, en même temps qu'un
engagement de restituer Neuchâtel à
Jeanne de Hochberg le jour où la
situation le permettrait. A
la surprise générale,
Fribourg
refusa, malgré de
pressantes démarches, de signer cet
engagement. Cette défection renvoya
sine die l'envoi de la lettre.
Au mois de juillet 1513, les
cantons étaient acquis à l’idée
d'une
expédition en Bourogne,
et quelques semaines plus tard la
Diète décidait la levée de
seize mille
hommes. Vers la fin du mois
d'août, le contingent bernois se
trouvait devant Besançon, et dans
ses rangs on comptait un certain
nombre de Neuchâtelois. Le 6
septembre, l’armée des Confédérés
atteignait les murs de Dijon.
Quelques jours plus tard, la
situation de cette ville était
devenue critique, ce qui engagea les
défenseurs à
signer un traité de paix dont les
clauses étaient dures pour la France.
Le lendemain, 14 septembre, les
Confédérés prenaient le chemin du
retour, malgré les objurgations des
Impériaux.
Louis XII ne ratifia pas le traité.
Reprendre la campagne, il n'y fallait pas songer, et les
soldats, exaspérés d'avoir été
bernés, durent continuer leur route.
Mais à défaut de pouvoir s'en
prendre au roi de France, ils
songèrent à se
venger sur l'un de ses vassaux,
Louis
d'Orléans comte de Neuchâtel.
Les prétentions des huit cantons à
avoir leur mot à dire dans les
affaires Neuchâteloises et à
participer à la répartition des
revenus du pays se firent de plus en
plus impérieuses, si bien que, de
guerre lasse, le
4 avril 1514,
les quatre combourgeois cédèrent.
Ils acceptèrent de partager avec
leurs Confédérés l'administration du
pays, mais sous la réserve que les
traités particuliers de
combourgeoisie qu'ils avaient signés
leur fussent reconnus, avec les
avantages qui en découlaient. Il
fallut plusieurs mois pour mettre au
point toutes les questions
administratives, mais enfin le
moment arriva où les douze cantons
(Appenzell, seul, ne participait pas
à l'accord des cantons) purent se
considérer chacun comme
copropriétaire du bailliage commun
de ce qui avait été le comté de
Neuchâtel. Le successeur de Louis
XII au trône de France,
François Ier,
prit en main, à son tour la cause de
Jeanne de Hochberg. Il invita les
cantons, le 15
novembre 1515, à renoncer aux
droits qu'ils prétendaient avoir sur
Neuchâtel, mais il n'obtint pas le
succès désiré. A la suite de cet
insuccès, Jeanne de Hochberg décida
de reprendre personnellement les
démarches auprès des cantons.
Ceux-ci régnaient en maîtres sur le
comté; ils veillaient à son
administration, rendaient la
justice, fixaient les prix de
certaines denrées. Ils décidèrent de
faire reconstruire la
Tour Bayard
en octobre 1517; ils
travaillèrent à régler les
contestations de frontières avec la
Franche-Comté. Ils se considéraient
comme les successeurs des comtes et,
partant, comme les suzerains du
seigneur de Valangin, qui était en
ce moment René
de Challant. Les droits dont
ils se considéraient comme investis,
ils les défendirent dans le procès
que René de Challant soutenait
contre l'évêque de Bâle qui se
prévalait des concessions faites à
la fin du treizième siècle par les
Arberg-Valangin. En avril 1517,
Jeanne de Hochberg fit remettre à
chacun des cantons, par
l'intermédiaire de leurs députés
réunis alors en Diète à Lucerne, une
lettre par laquelle elle demandait
la restitution
de son comté. Elle n'obtint
que des réponses dilatoires. Enfin,
ses avocats furent reçus par les
députés à Berne, le 25 juin 1518. A
nouveau, ils plaidèrent la cause de
leur maîtresse et développèrent les
arguments si souvent exprimés.
Appelés à se prononcer sur le
problème de la restitution du comté,
la majorité des cantons ne se montra
pas hostile à la demande de la
comtesse, mais plusieurs d'entre eux
y mettaient une condition plutôt
inattendue:
que la comtesse signât un traité de
combourgeoisie avec tous les cantons.
Quelques députés allèrent même
jusqu'à préconiser le versement d'un
subside annuel en espèces. Schwyz et
Bâle se déclarèrent opposés à la
restitution de Neuchâtel, tandis que
les Zougois estimaient préférable
d'attendre de voir comment iraient
les événements. Les Bernois, une
fois de plus, insistèrent pour que
l'on reconnût leur situation
privilégiée.
Cette consultation n'apportait rien de nouveau et ne faisait
pas avancer d'un pas le sort futur
de Neuchâtel; mais elle présentait
cet avantage qu'une idée nouvelle
avait surgi, celle
d'étendre le
régime des combourgeoisies à
l'ensemble des douze cantons.
On s'en saisit immédiatement et,
avec beaucoup de zèle, on élabora un
projet de
traité général de combourgeoisie.
Les réponses données par les cantons
avaient démontré que certains
d'entre eux étaient loin d'être
acquis à l’idée d'abandonner
Neuchâtel, Schwyz en particulier.
Les autorités de ce canton furent
invitées expressément à revenir sur
leur décision et à se faire
représenter à la prochaine Diète.
L'espoir de les faire adopter une
autre attitude fut de courte durée.
Le 12 juillet, les Schwyzois firent
savoir à leurs collègues qu'ils
étaient déterminés à rester sur
leurs positions et que cette
décision était irrévocable. A leurs
yeux, un pays occupé appartient à
celui qui s'en est emparé.
A la demande de François Ier
une nouvelle Diète siégea à Zurich
le 17 août, mais aucune décision non
plus n'intervint. Ce n'est que le 14
septembre que les avocats de la
comtesse eurent connaissance des
positions prises par les cantons.
Seuls Berne,
Lucerne et Soleure demeuraient
acquis à l’idée de rendre Neuchâtel
à Jeanne de Hochberg. Les
autres délégations restaient sur la
réserve, d'où l'on peut conclure
qu'aucune amélioration ne s'était
manifestée. L'attitude irréductible
de certaines délégations cantonales
ne pouvait avoir d'autre
signification, semble-t-il, que de
contraindre
Jeanne de Hochberg à renoncer au
patrimoine Neuchâtelois que
lui avait laissé son père. Aussi
pendant six ans - à l'exception
d'une revendication présentée par
son fils
Claude en 1521 - elle parut
se résigner à accepter le fait
accompli. Et sans doute les cantons
se croyaient-ils les maîtres
incontestés de la terre
Neuchâteloise. S'ils s'étaient
nourris de cette illusion, ils ne
tardèrent pas à reconnaître qu'ils
s'étaient trompés. La question de
Neuchâtel n'était pas réglée et elle
allait évoluer dans un sens que
plusieurs, sans doute, ne
soupçonnaient pas.
Jeanne de
Hochberg ne renonçait pas à son
espoir de recouvrer son comté.
Elle le fit bien voir en 1528, en
avisant les cantons qu'elle allait
reprendre les négociations qui lui
permettraient d'arriver à ses fins.
Sa requête fut appuyée par François
Ier. En décembre 1528, Soleure et
Berne se prononcèrent nettement pour
la restitution, tandis que Fribourg,
toujours réticent, faisait savoir
qu'il adopterait une même attitude
si elle rencontrait l'assentiment
des autres cantons.
Ceux-ci étaient en proie à des difficultés internes dues à la
nouvelle doctrine religieuse
proclamée par
Luther.
Berne s'y était ralliée et quelques
villes de Suisse se disposaient à
faire de même, tandis que d'autres
cantons, notamment dans la Suisse
centrale, lui étaient résolument
hostiles.
Qu'avait à faire Neuchâtel dans
cette controverse ? Dans l'un
et l’autre camp, on avait les yeux
sur le comté, les uns avec l'espoir
de le conserver parmi les partisans
de l'ancienne confession, du fait
surtout que Jeanne de Hochberg était
catholique, les autres parce qu'ils
se flattaient de gagner Neuchâtel à
la cause des prédicants. Dans la
Diète qui siégea du 8 au 12 mars
1529, sept
cantons sur douze se prononcèrent
pour la restitution du pays de
Neuchâtel à sa souveraine.
Les autres restaient ou hostiles ou
ne manifestaient pas une opinion
bien arrêtée. L'idée d'un abandon
des droits que prétendaient avoir
les cantons avait fait du chemin;
elle ne devait pas s'arrêter là. Une
nouvelle Diète siégea du 7 au 13
mai. A une seule exception, celle
d'Uri,
tous les Etats confédérés décidaient
de remettre
Jeanne de Hochberg en possession de
son comté, ce qui eut
lieu officiellement le
12 mai.
Les officiers civils, les
dignitaires de l'Eglise, la noblesse
et, d'une manière générale, tous les
habitants furent relevés de leur
serment de fidélité. Les cantons,
d'autre part, renonçaient aux
bénéfices et avantages dont ils
avaient joui pendant l'occupation;
ils s'engageaient, en outre, à
respecter
l'intégrité territoriale du pays de
Neuchâtel.
Jeanne de Hochberg, de son côté, ne voulant pas moins faire
preuve de bons sentiments, promit de
laisser ses sujets dans leurs
libertés anciennes et nouvelles, et
de ne pas user de représailles à
l’égard de ceux qui avaient
fidèlement servi les cantons. Elle
réservait enfin les combourgeoisies
signées avec les Etats de Berne, de
Soleure, de Fribourg et de Lucerne.
Une page de l'histoire Neuchâteloise
était tournée. Il fallut, certes, un
certain temps, pour régler tous les
problèmes administratifs encore en
suspens, mettre en place une
nouvelle administration pour prendre
la relève du régime des cantons et
désigner un gouverneur en la
personne de
Georges de
Rive.