SOMMAIRE - Canton de Neuchâtel

En ce qui concerne l'histoire du canton de Neuchâtel, nous avons choisi dans ce dossier de la commencer aux alentours de l'an mil. Les documents écrits font défaut de 800 à 998 (date de la fondation du prieuré de Bevaix); on trouve pour la première fois mention de la ville de Neuchâtel dans un acte de Rodolphe III, roi de Bourgogne, en 1011. De la fondation de la ville de Neuchâtel au Traité de Paris signé par Frédéric-Guillaume IV en 1857... Un dossier en construction.

 

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 Les guerres de Bourgogne

 
 

Dans les années 1460 les cantons vivaient en bonne intelligence avec le duc de Bourgogne. Aucun conflit d'intérêt ne les opposait. Il n'en fut plus de même dès que Mulhouse, devenue l'alliée de Berne et de Soleure, sollicita le concours militaire de ces deux villes, en 1468. Elles le lui accordèrent. Il est probable que quelques Neuchâtelois rallièrent le contingent bernois qui, avec ceux des autres cantons, prit le chemin de Waldshut. Un accord conclu dans cette petite ville le 27 août valut aux Confédérés une belle indemnité ainsi que la jouissance de Waldshut et des villes de la Forêt-Noire, jusqu'au paiement de la somme convenue.

L'archiduc Sigismond d'Autriche, à court d'argent et dans l'incapacité de donner suite à ses engagements, s'adressa à Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, qui lui imposa des conditions très dures. Sigismond cédait au duc, en échange de la promesse d'un secours militaire contre les Confédérés et du versement de 50 000 florins, ses droits sur le landgraviat de la Haute-Alsace, sur les villes forestières et sur le comté de Ferrette. Rodolphe de Hochberg, à la tête d'une commission, fut chargé de prendre possession des terres acquises et de les administrer. Il paraissait évident que jamais Sigismond ne serait en état de rembourser au duc la somme reçue, d'autant plus que ce dernier n'aurait pas consenti à restituer les gages reçus. L'accroissement de territoire que valait au Téméraire le traité de Saint-Omer satisfaisait trop ses visées ambitieuses et son espoir de se tailler un royaume entre la France et l'Allemagne. Mais s'il arrivait à ses fins, il deviendrait un proche voisin des cantons, maîtres de l'Argovie depuis un demi-siècle. Cette perspective n'allait pas sans leur causer de l’inquiétude. A Rodolphe de Hochberg succéda Pierre de Hagenbach, homme dur pour les populations soumises à son autorité et ennemi résolu des Suisses. Les populations excédées se soulevèrent; Hagenbach fut pris et exécuté. C'était le conflit inévitable avec la Bourgogne.

Le 25 octobre 1474, les Confédérés adressèrent une lettre de défi au duc de Bourgogne. Les autorités bernoises, avec le sens aigu des réalités qui les caractérisait, avaient envisagé le déroulement des événements qui allaient se précipiter et compris le danger que représenterait pour leur ville une attaque par le comté de Neuchâtel. Il fallait à tout prix que celui-ci restât indépendant, ou tout au moins sous sa protection. Le duc disposait déjà du Pays de Vaud, en main de la duchesse de Savoie et du comte de Romont. Aussi ne négligèrent-elles rien pour inviter et encourager les Neuchâtelois, ceux du comté et ceux de la seigneurie de Valangin, à fortifier les passages du jura et à renforcer les garnisons.

Bien que les Bernois fussent en relations suivies avec le comte et les bourgeois de Neuchâtel, ils n'ignoraient pas pour autant le seigneur de Valangin, auquel s'étendait aussi leur combourgeoisie. Après les représailles auxquelles ils s'étaient livrés sur des sujets de Mahaut de Valangin qui avait rompu son traité, ils avaient reçu dans leur alliance son fils Guillaume en 1401. A ce dernier succéda Jean, qui entra dans leur combourgeoisie en 1427. Jean, très dur pour ses sujets, fut fréquemment en conflit avec eux, si bien que ceux-ci, à l'instar des bourgeois de Neuchâtel, sollicitèrent l'arbitrage de Berne, en 1428. Jusqu'à ce moment, rien n'autorisait cette ville à intervenir dans des conflits de ce genre; elle ne connaissait que le seigneur et non les sujets de Valangin. Jean d'Arberg, seigneur de Valangin, ne récusa pas les arbitres bernois. L'imminence du conflit avec la Bourgogne fit naître une grande inquiétude dans la seigneurie et tout particulièrement dans les Montagnes, plus exposées. Les populations sollicitèrent l'appui de Berne.

Le 26 septembre 1475, les autorités de cette ville prirent sous leur protection et accueillirent dans leur bourgeoisie les hommes francs du Val-de-Ruz ainsi que les bourgeois du bourg de Valangin; elles laissaient à l'écart les taillables et les mainmortables. Berne promettait à ses nouveaux combourgeois de les maintenir, de les protéger et de les défendre envers et contre tous; elle se réservait d'être l'arbitre dans les différends qui les opposeraient à leur seigneur. Pour prix de leur protection, les Bernois exigeaient le paiement d'un cens annuel d'un bon marc d'argent ou de 7 florins du Rhin, et, en cas de rupture du traité, la somme de 200 florins. La faveur accordée aux hommes francs du Val-de-Ruz ne fut pas sans écho dans le reste de la seigneurie. Aux Montagnes, dans les vallées du Locle et de La Sagne, on s'agita sans doute et l'on sollicita d'être mis sur le même pied que les habitants du Val-de-Ruz.

Les Bernois, qui avaient surtout en vue la défense du territoire servant de rempart à leur propre Etat, ne pouvaient qu'acquiescer à une telle requête. Le 31 janvier 1476, ils accordèrent un acte de protection aux gens du Locle et de La Sagne. Enfin, malgré la déclaration du 26 septembre précédent, il faut croire que les bourgeois du bourg ne se sentaient pas rassurés. Il leur fallait une déclaration particulière de protection de la part de Berne. Elle leur fut accordée le 8 mai 1476. Par ce dernier acte, on peut dire que la ville de Berne, vigilante et persévérante, avait réuni sous sa dépendance, sinon sous son autorité, la quasi-totalité de l'actuel canton de Neuchâtel.

Rodolphe de Hochberg n'inspirait pas une confiance absolue à la plupart des cantons. On lui reprochait la présence de son fils Philippe à la cour de Bourgogne et le fait qu'il était lui-même vassal du duc. On craignait probablement que, une fois les hostilités déclarées, il ne mit son comté à la disposition des Bourguignons. Certes, il avait déclaré qu'il observerait une neutralité absolue, paroles auxquelles les Bernois faisaient confiance, mais non les autres cantons. Les autorités bernoises se rendaient compte que Neuchâtel était exposé à un double danger: celui d'un envahisseur venant de l'ouest, et celui que représentaient les cantons, animés de sentiments peu bienveillants et que pourrait inspirer la tentation d'une occupation préventive du comté.

En revanche, le peuple était feu et flamme pour la cause bernoise. Peu soucieux de la défense faite par Rodolphe de Hochberg, dont il ne comprenait pas l'attitude ni les scrupules, il se mit à molester des Bourguignons établis dans le comté. Il fallut que Berne intervint pour le mettre à la raison. Les bourgeois et la communauté de Neuchâtel durent jurer solennellement de n'entreprendre aucune guerre ni de prendre du service à l'étranger sans le consentement et la permission de Rodolphe de Hochberg. Berne n'entendait pas que des sujets de ce dernier se livrassent à des actes d'hostilité sans se préoccuper des conséquences. A la suite de nouvelles sollicitations du comte, les cantons décidaient de prendre Neuchâtel sous leur protection, le 20 mars 1475. Mais protection n'est pas synonyme de ménagements. Les Neuchâtelois l'apprirent à leurs dépens. Quelques jours plus tard, les Confédérés lançaient une offensive contre la Franche-Comté et s'emparaient de Pontarlier. Ils ne purent garder longtemps cette place et, au retour par le col de Jougne, ils placèrent des garnisons à Orbe, à Echallens et à Grandson. Dans leur expédition sur Pontarlier, les contingents suisses traversèrent le territoire Neuchâtelois. L'indiscipline de la troupe était notoire et les exactions auxquelles elle se livra telles qu'à plus d'une reprise Rodolphe de Hochberg dut intervenir auprès des autorités bernoises pour obtenir un allégement aux souffrances de ses sujets. Cela ne l'empêcha pas d'envoyer des soldats rejoindre les troupes bernoises en marche sur Blamont où ils participèrent avec elles à la prise de cette ville.

Le 14 octobre, Berne déclarait la guerre au comte de Romont et à la duchesse de Savoie, et trois jours après, ses troupes, renforcées de contingents de Fribourg et de Soleure, pénétraient en terre vaudoise. Le 30 novembre, Charles le Téméraire s'emparait de Nancy et par là devenait le maître de la Lorraine. Il pouvait dès lors profiter de l'arrêt des hostilités pendant la mauvaise saison pour regrouper ses troupes et préparer une campagne contre les cantons. Toutefois - était-ce pour gagner du temps? - il ne désespérait pas d'entrer en pourparlers avec eux et de signer un traité de paix. Le 26 novembre s'ouvrait à Neuchâtel, à l'instigation et sous la présidence de Rodolphe de Hochberg, une conférence groupant des représentants des cantons et de la Bourgogne. On y parla beaucoup, chacun des partenaires restant sur ses positions sans faire de concession; on ne pouvait, dans ces conditions, atteindre le but que l'on s'était proposé: la signature d'un traité de paix. On se sépara après avoir conclu une trêve qui expirerait le Ier janvier 1476 et décidé, ad referendum, une suspension d'armes jusqu'au Ier avril suivant.

Le duc de Bourgogne reprit la campagne au mois de janvier 1476 et dirigea le gros de ses troupes sur Besançon. De part et d'autre, on poussait fébrilement les préparatifs de guerre. Les garnisons de Grandson, de Payerne et de Morat furent renforcées. Dans le comté, Bernois et Soleurois s'étaient imposés en maîtres. Ils prenaient les mesures de défense jugées nécessaires, et qui, naturellement, se traduisaient par de lourdes charges pour la population. Celle-ci devait assumer le ravitaillement de la troupe, laquelle voyait son effectif s'augmenter régulièrement par de nouveaux renforts. Les réclamations pleuvaient, d'autant plus que la conduite des soldats n'était pas exemplaire, tant ceux de Berne que ceux de Soleure. 

L'armée du Téméraire prit ses quartiers à Besançon le 22 janvier; dès le début du Approche du Téméraire mois suivant, elle partait dans la direction des cols du jura. Une avant-garde tenta de passer dans le Val-de-Travers, mais elle fut arrêtée à la Tour Bayard, dont la garnison était commandée par Henri Matter. L'héroïque résistance de ses hommes obligea les Bourguignons à renoncer à leur objectif primitif et à prendre le chemin du col de Jougne. De là il leur était aisé de descendre dans le Pays de Vaud où les Bernois n'occupaient plus que trois places fortifiées: Payerne, Morat et Grandson. Le gros de l'armée, sous les ordres du duc, s'établit à Orbe, d'où elle gagna Grandson. La ville fut prise trois jours plus tard, sauf le château dont les Bourguignons de Grandson commencèrent le siège. Le ravitaillement de la garnison s'avéra bientôt impossible: des convois partis de Neuchâtel par bateaux durent rebrousser chemin sans avoir pu toucher Grandson. Les défenseurs, privés de vivres, prêtèrent une oreille complaisante aux propositions du sire de Ronchamp, les assurant qu'ils auraient la vie sauve s'ils se rendaient à discrétion. Le même jour, 28 février, la reddition eut lieu, sans condition. Les promesses du sire de Ronchamp, si elles ont été faites comme on l'admet généralement, ne furent pas ratifiées par le duc. Sur son ordre, les quatre cent douze hommes de la garnison furent pendus ou noyés. La prise de Grandson ouvrait au Téméraire la route de Neuchâtel où, jusque-là, il ne pensait pas rencontrer de résistance. Déjà le lendemain, Jean de Neuchâtel, seigneur de Vaumarcus, faisait sa soumission au duc et lui remettait son château, qu'une garnison bourguignonne occupa sans tarder.

Le Ier mars, les contingents des cantons étaient rassemblés à Neuchâtel, et le lendemain ils partaient à la rencontre de l'armée bourguignonne. Le choc eut lieu près de Concise. L'armée des Confédérés formait deux contingents: le premier longeait le lac, tandis que le second prenait le flanc de la montagne. Le premier avait peine à résister à l'attaque des Bourguignons, supérieurs en nombre; mais au moment où débouchaient de la forêt les hommes du second contingent, le duc, comprenant le danger auquel allaient être exposées ses troupes, ordonna un mouvement de repli. L'ordre fut mal interprété. On crut à un recul et celui-ci dégénéra en une débandade. La bataille était gagnée par les Confédérés, mais non la guerre. Faute d'une cavalerie suffisante, ils ne purent poursuivre leur avantage et anéantir l'ennemi. Ils préférèrent se jeter sur le butin abandonné par les Bourguignons, d'une richesse insoupçonné. Mais la puissance militaire de Charles le Téméraire restait intacte.

A Grandson, les vainqueurs eurent le spectacle affreux du sort réservé aux défenseurs du château. Leur colère s'accrut encore quand ils apprirent, sur la foi de renseignements qui se révélèrent inexacts par la suite, que le négociateur félon du duc était Philippe de Hochberg, le fils du comte de Neuchâtel. Dans certains cantons, on en voulut longtemps à Rodolphe de Hochberg du rôle qu'aurait joué, croyait-on, son fils. Les autorités bernoises firent une enquête afin d'être fixées sur l'origine de cette tragédie. Elles purent se convaincre de l’inexactitude des bruits répandus et qu'aucune responsabilité ne pouvait être mise au compte de Philippe de Hochberg dans les négociations du sire de Ronchamp. Très loyalement, elles s'efforcèrent de convaincre leurs alliés et de disculper le fils du comte des accusations portées contre lui. La méfiance n'en subsista pas moins très longtemps. La bataille de Grandson n'apportant aucune décision au conflit Bourguignons et Confédérés, il était à présumer que les hostilités reprendraient sous peu. Le Téméraire n'était pas homme à se laisser abattre au premier échec. Berne et ses alliés de Fribourg et de Soleure furent sans doute seuls à le comprendre. Ils placèrent une forte garnison à Grandson; ils renforcèrent celle de Neuchâtel et confièrent la défense du passage des Verrières à Henri Matter qui fut placé à la tête d'une troupe de mille huit cents hommes.

Les autorités bernoises envisageaient toujours l'éventualité d'une attaque par le territoire Neuchâtelois; elles l'occupèrent et s'y conduisirent comme dans un de leurs propres bailliages. Boudry et Le Landeron furent occupés, des postes de garde établis le long des routes. Et l'on vit se renouveler des mesures de défense identiques à celles qui avaient été prises avant la bataille. Le châtelain du Landeron était invité à envoyer des renforts à Neuchâtel, tandis que La Neuveville, Bienne et Nidau devaient se tenir prêts à voler au secours du comté. Rodolphe de Hochberg, effrayé de voir avec quelle rapidité augmentaient les dépenses mises à sa charge et à celle de ses sujets, trouvait que les Bernois exagéraient le danger et, dans la mesure du possible, il les réduisait. Cela n'eut pas l’heur de plaire aux Bernois, qui lui firent comprendre le sérieux de la situation. De leur côté, les Neuchâtelois, écrasés par les dépenses qu'on leur faisait supporter, en arrivaient à trouver que cette guerre ne les concernait que comme alliés de Berne. Ils pouvaient donc refuser d'y être mêlés plus longtemps.

L'armée du Téméraire, regroupée et réorganisée à Lausanne, vint mettre le siège devant Morat le 10 juin. La garnison suisse était commandée par Adrien de Bubenberg. Elle disposait de réserves de vivres et de munitions. En outre, son ravitaillement était assuré par le lac. Sur ce point le rôle de Neuchâtel fut important. Ses rameurs eurent pour tâche de transporter le contingent de la ville, pas très important, et, en outre, des munitions, du vin, ainsi que le plus possible de canons et d'armes à feu. Les troupes des cantons une fois regroupées, ses chefs décidèrent d'attaquer les positions bourguignonnes le 22 juin. La bataille fut un désastre pour l’armée du duc, et ce dernier, une nouvelle fois, dut se résigner à prendre la fuite pour ne pas tomber aux mains de ses ennemis. On sait que Charles le Téméraire tenta sa chance une troisième fois, non plus contre les cantons, mais contre le duc de Lorraine, qui avait repris sa capitale, Nancy. La bataille eut lieu sous les murs de cette ville le 5 janvier 1477. Le duc de Bourgogne y perdit la vie.

C'est avec soulagement que l'on apprit dans les cantons la nouvelle de l'issue favorable de la lutte engagée contre le duc Charles le Téméraire. On y voyait l'aurore d'une période de paix et de tranquillité. Malheureusement ces années d'alerte et de préparation à la guerre avaient laissé des traces fâcheuses dans les esprits de jeunes éléments dans quelques cantons. Ils avaient pris le goût des aventures, qu'ils justifiaient par la nécessité de procéder à des règlements de comptes. Ils se réunirent à Fribourg au printemps de 1477, sans dessein bien arrêté, mais avec l'intention inavouée de partir en campagne. Toute la Suisse romande fut en état d'alerte. Genève était particulièrement visée par ces Compagnons de la folle vie - ainsi qu'on les dénomma - de même que le comte de Neuchâtel. On en voulait encore à ce dernier de la trahison de Grandson. Les autorités des cantons intervinrent, en particulier celles de Berne, et grâce à leurs efforts, la menace qui pesait sur les Neuchâtelois fut écartée.

Ce ne devait pas être la dernière alerte. Quinze ans plus tard, des mercenaires levés par la France dans les petits cantons s'avisèrent, avant de franchir le jura, que la garnison de Grandson n'avait pas été vengée et que le comte de Neuchâtel, qui était alors Philippe de Hochberg, méritait un châtiment. Ces intentions belliqueuses n'eurent pas de suite. Mais les autorités bernoises avaient été inquiètes. Elles prièrent les baillis de Cerlier et de Nidau, ainsi que la ville de Soleure, de se tenir prêts à porter secours à Neuchâtel. Elles-mêmes envoyaient des troupes dans cette ville. L'année suivante, 1493, des bruits semblables circulèrent à nouveau, si bien que Berne, à la demande du comte, prit l'engagement de veiller à la sécurité du territoire neuchâtelois comme s'il était sien. Le quinzième siècle ne devait pas se terminer en laissant les Neuchâtelois dans une atmosphère de quiétude. Il ne le paraissait pas tout d'abord. Philippe de Hochberg fut admis en 1495 dans la combourgeoisie de Fribourg, lequel était devenu en 1481 un Etat de la Confédération. Fribourg, on l'a vu plus haut, s'était tenu fréquemment aux côtés de Berne dans la période troublée des guerres de Bourgogne et, avec cette ville, il avait veillé à la sécurité du comté. Des liens plus étroits avec cet Etat ne pouvaient qu'être profitables à la cause Neuchâteloise. Fribourg pouvait, dans certains cas, servir de contrepoids à l'influence, utile certes, mais souvent pesante de Berne. Il faut reconnaître pourtant que la situation politique restait instable, et que de ce fait un danger pour la sécurité de Neuchâtel pouvait se présenter d'un moment à l'autre. C'est bien ce qui se produisit. La guerre s'étant rallumée entre le roi de France, Louis XII, et l'empereur Maximilien Ier, Philippe de Hochberg se trouva dans une situation identique à celle qu'avait connue son père à la veille des guerres de Bourgogne. Parent du roi de France et l'un de ses principaux officiers, il se devait de le servir. Mais il était aussi le vassal de Maximilien. Délaissant ses obligations de prince allemand, le comte de Neuchâtel se donna corps et âme à la défense de la cause française. Une telle conduite ne lui valut pas l'approbation de l'empereur, qui fit prononcer en 1498, par la Chambre impériale, la mainmise sur Neuchâtel, pour cause de félonie du comte.

Les autorités bernoises, qui suivaient toujours d'un oeil vigilant les affaires intéressant Neuchâtel, comprirent immédiatement le danger que pouvait représenter pour leur ville l'installation de l'empereur en terre Neuchâteloise. A tout prix il fallait y parer. Les craintes des Bernois ne se réalisèrent pas. L'empereur ne jugea pas utile de recourir à l'emploi de forces armées, peut-être parce que les troupes à sa disposition ne lui paraissaient pas suffisantes. Mais comme il tenait, malgré tout, à priver Philippe de Hochberg de son comté, il imagina de l'offrir en vente aux Bernois. Ceux-ci déclinèrent l'offre. Quelques mois plus tard débutait la Guerre de Souabe. Le renoncement de Berne peut surprendre, car l'on est bien en droit de supposer que cette ville n'eût pas demandé mieux que d'acquérir le comté moyennant finance; il se révéla une décision heureuse et particulièrement sage pour les Neuchâtelois. Les hostilités ouvertes entre les Confédérés et l'Empire ne les auraient sans doute pas épargnés.

     

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 Source

- Neuchâtel et la Suisse, article de Léon Montandon, Chancellerie d'Etat 1969

 

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