Le duc de Longueville s'approcha
bientôt de Wettstein pour faire de Neuchâtel le
quatorzième canton
de la confédération. Henri II n'avait pas attendu la Fronde et la
protection de la confédération pour envisager le rattachement de
ses terres à la Confédération. Les premiers entretiens sur ce
sujet s'étaient déjà déroulés à Munster mais s'étaient limités à
un échange de vues. Les intérêts de la
couronne, pourtant défendu par le duc lors des négociations sur
l'Alsace, s'effaçait ici au profit de ceux d'Henri II. Mettre ses
terres à l'abri des convoitises se justifiaient pleinement, de
plus, avec l'intégration de Neuchâtel à la Confédération, Henri II
espérait renforcer son pouvoir sur le comté. En effet, une règle
non écrite du droit suisse précisait que le règlement des conflits
internes échappait au contrôle des autres cantons. Si Neuchâtel
devenait canton souverain, s'en était fini du protectorat bernois
auquel le duc s'était si âprement frotté. Depuis Munster, Henri II
avait séjourné en prison et connu la
disgrâce officielle en tant que
prince rebelles. On peut se poser
la question de savoir si le fait que
Neuchâtel fut réformé put poser
problème ? Ce ne fut pas le cas dans
la mesure où l'évêché de Bâle,
candidat à l'intégration dans la
Confédération, était de confession
catholique. Autrement dit, une
candidature unique ce serait heurtée
à l'opposition du camp confessionnel
adverse, mais une candidature
conjuguée avait bien plus de chances
d'aboutir.
Le 22
juin 1652, Henri II signait une
délivrance de pleins pouvoir au
gouverneur Jacques d'Estavayer-Mollondin,
lequel serait accompagné du
conseiller d'Etat et chancelier,
également interprète allemand du
duc, Jérémie Strenglin, lui
accordant "pouvoir,
commission et mandement spécial de
se transporter à Baden , ou partout
ailleurs où besoin sera, pour
proposer dans l'assemblée, ou devant
ceux qui sont ou seront commis et
députés pour les affaires des
cantons, le désir que nous avons
d'entrer dans leur alliance avec
tous nos sujets et vassaux de nos
dits comtés e Neuchâtel et Valangin,
pour être dorénavant et à perpétuité
associés et compris dans le corps
des dites Ligues et être membre
d'icelles". D'autres missives
furent rédigées à l'attention de
l'ambassadeur de France, aux XIII
cantons des Ligues suisses, aux
Bernois. Le duc jouissait en outre
du soutien de son cousin, le jeune
Louis XIV.
Neuchâtel quatorzième canton suisse,
une réalité ? Non, pas encore.
L'ensemble des missives que nous
évoquions sont restés dans les
malles du gouverneur Jacques d'Estavayer-Mollondin.
Les pleins pouvoirs n'ont pas été
utilisés. On ne relève pas non plus
de traces de négociations dans les
procès-verbaux de la Diète, pas plus
que dans les archives du canton de
Berne. Le gouverneur n'aurait-il pas
exécuté les volontés de son maître ?
Non, mais l'affaire était si
importante qu'elle devait être
précédée de
négociation secrètes. Les
voix du gouverneur d'Estavayer-Mollondin
et du conseiller d'Etat Strenglin
n'avaient pas assez de poids pour se
faire entendre à la Diète de Baden
où Neuchâtel, en tant que pays allié
et protégé, ne disposait ni d'un
siège permanent ni, la plupart du
temps, d'une voix consultative.
L'homme des négociations devrait
être Wettstein. La correspondance
entre ce dernier et Strenglin fut
abondante (et secrète, ils mirent
ainsi au point un code secret pour
communiquer). Cette correspondance
nous apprend notamment que des
démarches officielles ne devraient
être entreprises que si le succès en
était assuré. Pourtant, le 6
décembre 1652, Strenglin apprend que
Wettstein a parlé de manière
officieuse, lors d'une diète des
cantons protestants à Aarau, du
projet d'inclusion neuchâteloise.
Berne se montrant alors résolument
hostile au projet.
L'espoir
d'une issue favorable de
l'entreprise semble avoir été
abandonné en août 1653. Avec la
Guerre des paysans, la Diète avait
d'autres problèmes à traiter. Cette
même année correspondait à
l'écrasement de la Fronde côté
français. Quatre ans plus tard la
première Guerre de Villmergen
éclatait, elle sonnait le glas d'une
politique d'apaisement
confessionnel. Outre ce contexte
hostile, il faut relever que depuis
plus de 140
ans aucun nouveau canton
n'avait été admis au sein des
Ligues, la Confédération semblait
bien incapable d'accepter de
nouveaux membres, en tous les cas de
les accepter sur un pied d'égalité.