SOMMAIRE - Canton de Neuchâtel

En ce qui concerne l'histoire du canton de Neuchâtel, nous avons choisi dans ce dossier de la commencer aux alentours de l'an mil. Les documents écrits font défaut de 800 à 998 (date de la fondation du prieuré de Bevaix); on trouve pour la première fois mention de la ville de Neuchâtel dans un acte de Rodolphe III, roi de Bourgogne, en 1011. De la fondation de la ville de Neuchâtel au Traité de Paris signé par Frédéric-Guillaume IV en 1857... Un dossier en construction.

 

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 L'échec de la restauration du pouvoir seigneurial

 
 

Dès le moyen âge, la ville de Neuchâtel, comme toutes les cités du plateau suisse, possédait un marché, une enceinte et une charte. Le marché assurait le rayonnement économique; l'enceinte accordait une certaine protection militaire. La charte établissait moins les droits du seigneur que les franchises des bourgeois, car elle exprimait la volonté d'autonomie administrative, sociale et politique de ceux-ci. Dans ce contrat, passé entre gouvernant et gouvernés, les apparences dissimulent les forces véritables. En dépit des formules traditionnelles, héritées de la vieille hiérarchie féodale, le seigneur était perdant. L'initiative venait d'en bas. D'où, pour la ville, la tentation, puis la tentative de poursuivre un effort d'émancipation et de s'aventurer dans une voie dont les étapes paraissaient déterminées d'avance. A l'autonomie semblait devoir succéder l'indépendance de fait, à celle-ci la souveraineté de droit. Et aux confins d'une évolution assurément longue et ardue se dessinait la promesse d'une suzeraineté nouvelle, d'une cité dominant les campagnes avoisinantes; en d'autres termes, l'établissement d'un Etat urbain.

Les franchises, au cours des siècles arrachées au seigneur, étaient nombreuses, diversifiées et souvent mal précisées. Il y avait d'anciennes libertés qui s'exprimaient par l'inviolabilité de la personne, l'exemption de taxes arbitraires et la libre disposition des biens. Plus tard, l'établissement des milices communales et le droit de bannière. Plus tard encore, sur le territoire de la juridiction urbaine, le contrôle de l'exécution des rescrits seigneuriaux, la publication des ordonnances de police, la perception des amendes, la désignation des jurés du plaid, le pouvoir de bannissement.

Les deux plus grands privilèges accordés à la communauté urbaine étaient de nature politique. C'était une garantie seigneuriale des coutumes non écrites et, pour la prestation des serments réciproques, un ordre de préséance en vertu duquel la reconnaissance des franchises par le souverain précédait l'acte d'allégeance des sujets. Ainsi, avant que le pouvoir dynastique n'eût réussi à regrouper les fiefs dans un ensemble étatique mieux défini, s'était affirmé un corps politique distinct, jaloux de ses prérogatives, et doté d'une organisation propre à les défendre avec succès. L'émancipation de la cité demeurait l’oeuvre des habitants qui étaient animés d'une volonté tenace, qui s'étaient armés d'une longue patience et auxquels une prospérité matérielle relative offrait des atouts non négligeables. Mais elle avait été facilitée par la présence de féodaux à court d'argent et en mal d'aventures, puis précipitée par les changements de dynasties et l'éloignement des comtes.

La carte maîtresse de la ville résidait dans la permanence d'une combourgeoisie scellée avec Berne. D'autres cantons, Fribourg, Soleure et Lucerne s'étaient alliés aux dynastes, ce qui avait contribué à entraîner le pays entier dans le sillage des Ligues confédérées. La combourgeoisie avec Berne était originale par son aspect tripartite: le comte, la ville, les chanoines. En traitant directement avec la communauté urbaine, la cité de l'Aar, non seulement favorisait l'émancipation de celle-ci, mais s'installait au coeur du comté. Le rapprochement, qui profitait aux deux parties, avait été fortifié, au cours des siècles, par les événements de la grande histoire. Les guerres de Bourgogne et d'Italie, la Réforme surtout avaient accru l'influence bernoise, diminué l'autorité seigneuriale et augmenté le prestige des Quatre-Ministraux. Au seizième siècle, la ville de Neuchâtel, forte de ses privilèges, au bénéfice temporairement des revenus et de l'administration du comté, autorisée à frapper monnaie, et, par le truchement de ses bourgeois forains, présente partout dans le pays, paraissait sur le point de remplacer le seigneur. A une évolution politique vieille de plusieurs siècles semblait devoir succéder une révolution institutionnelle.

L'entreprise, tentée par les Quatre-Ministraux, impliquait des négociations et des démarches au cours desquelles il n'était pas toujours possible de dissimuler le rapport réel des forces. Certes, la volonté d'émancipation de la communauté urbaine apparaissait, sinon originale, du moins parfaitement autonome et ne s'identifiait pas aux intérêts bernois. Mais la puissance indispensable à l'accomplissement de cette volonté demeurait presque exclusivement liée au traité de combourgeoisie. Privée de l'appui de Leurs Excellences, la ville de Neuchâtel se voyait réduite à parer les coups. Forte du soutien bernois, elle était à même de les rendre sans grand risque. Mais ce soutien n'était pas obligatoirement garanti. En fait, pour se maintenir dans la place, Berne pratiquait une politique d'équilibre entre la ville et le comte. Leurs Excellences avaient souhaité l'effacement du pouvoir seigneurial, non sa disparition.

Dans cette marche vers l'indépendance, le pouvoir réel des Quatre-Ministraux était ainsi fonction de deux autres politiques: celle de la dynastie, d'une part, celle de la cité de l'Aar, de l'autre. Entre 1530 et 1560, à la suite d'un heureux concours de circonstances, la dynastie avait été faible et l'Etat bernois fort. D'où pour la ville de Neuchâtel une situation doublement favorable dont elle avait largement profité. La conscience de la réussite entraîna l'arrogance du comportement. Les bourgeois forains, dont la présence dans le comté favorisait grandement le rayonnement urbain, furent victimes d'une discrimination sociale qui amena certains d'entre eux à souhaiter la rupture avec la communauté citadine. Cette menace d'effritement devint réalité le jour où le pouvoir seigneurial se fortifia et où la puissance bernoise s'affaiblit.

Ce fut l'oeuvre de la Contre-Réforme. Elle engageait les princes à faire valoir une autorité nouvelle, moins définie par les vieilles traditions féodales que par l'établissement d'une domination efficace. Elle isolait Berne, livrée aux desseins d'un catholicisme conquérant, aux manœuvres des petits cantons de la Suisse primitive, aux appétits d'une Savoie en quête de revanche, aux intrigues d'une Espagne promue au rang de puissance apparemment invincible. Coup sur coup Marie de Bourbon, qui assumait la curatelle du comté de Neuchâtel, obtint la réunion de Colombier et de Valangin, restreignit les privilèges des Quatre-Ministraux et accéda à la requête des bourgeois forains qui désiraient se séparer des internes. Cet acte de renonciation de 1599, décidé en dépit de l'opposition de la ville et malgré la protestation bernoise, souligne non seulement l'apogée de la réaction seigneuriale victorieuse, mais aussi le point le plus bas du déclin de la cité de l'Aar. En 1564, Berne avait dû rétrocéder le Chablais et le pays de Gex, ce qui représentait un tiers environ des territoires conquis en 1536. En 1589, par le second traité de Nyon, Leurs Excellences, peu glorieusement, abandonnaient Genève aux entreprises de Charles-Emmanuel de Savoie. Dix ans plus tard, en 1599, en vertu d'un arrangement conclu avec Christophe Blarer de Wartensee, Berne semblait sur le point d'annexer Bienne en échange d'une rupture des alliances avec les communautés de la partie méridionale de l'évêché. Le reflux de la vague politique bernoise partout ou presque entraînait un recul de la confession évangélique: en Ajoie, dans le Laufonnais, et dans la vallée de Delémont; au sud et à l’ouest du lac Léman; en Valais aussi, où la minorité protestante dut s’effacer.

A la vérité, la crise qui menaçait l'édifice bernois était moins politique que diplomatique. Elle exprimait moins un déclin durable qu'une éclipse. Elle illustrait l'agressivité des puissances catholiques et soulignait l'effacement de la France, paralysée par ses guerres de religion. L'avènement de Henri IV, le renouvellement de l'alliance avec les XIII Cantons en 1602, l'échec de l'Escalade à Genève, la même année, autant d'événements qui, s'ils ne marquaient pas encore l'aube d'une ère nouvelle, signifiaient déjà le crépuscule d'une époque révolue. Aux Quatre-Ministraux qui, en 1603, suppliaient Leurs Excellences de renouveler l'acte de combourgeoisie, celles-ci répondaient encore qu'il fallait attendre des temps meilleurs.

     

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Source

- Neuchâtel et la Suisse, article de Léon Montandon, Chancellerie d'Etat 1969

 

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