SOMMAIRE - Canton de Neuchâtel

En ce qui concerne l'histoire du canton de Neuchâtel, nous avons choisi dans ce dossier de la commencer aux alentours de l'an mil. Les documents écrits font défaut de 800 à 998 (date de la fondation du prieuré de Bevaix); on trouve pour la première fois mention de la ville de Neuchâtel dans un acte de Rodolphe III, roi de Bourgogne, en 1011. De la fondation de la ville de Neuchâtel au Traité de Paris signé par Frédéric-Guillaume IV en 1857... Un dossier en construction.

 

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 Neuchâtel sous les successeurs de Jeanne de Hochberg

 
 

Jeanne laissait un fils, François, marquis de Rothelin, et un petit-fils du même prénom, âgé de huit ans, qui devint comte sous la tutelle de son aïeul le duc Claude de Guise. Devant la situation financière critique que présentait alors Neuchâtel, on comprend que le premier soin du duc et du marquis de Rothelin fut de travailler à annuler les marchés passés par Claude Collier. Ce ne fut pas aisé. Fribourg ne voulait pas renoncer à la perspective de posséder le comté, et dans son opposition il était soutenu par Soleure, tandis que Berne et les autres cantons se tenaient aux aguets, prêts à se mettre sur les rangs si le problème de la vente du patrimoine Neuchâtelois se posait. On finit par obtenir le désistement de Fribourg. Restait la ville de Neuchâtel.

Là également des difficultés surgirent. Les Quatre-Ministraux tenaient au bénéfice des concessions que Jeanne leur avait accordées. Il fallut transiger. A son tour, le seigneur de Valangin, René de Challant, trop heureux de s'être affranchi de la suzeraineté de son voisin du sud, ne voulait pas renoncer à sa nouvelle situation. Claude de Guise défendit avec énergie les droits de son petit-fils, mais en son for intérieur il est bien possible qu'il ne s'intéressait pas particulièrement au sort du comté de Neuchâtel. Il veillait, certes, à le conserver intact pour François d'Orléans, ce qui ne l’empêchait pas de traiter en sous-main, en 1549, avec Berne, Soleure et même avec les Quatre-Ministraux, à qui il l'offrait en vente pour 100 000 écus. Berne, comme Soleure sans doute, n'offrait que la moitié de cette somme. En outre, ces deux amateurs éventuels faisaient la petite bouche; ils ne se montraient pas chauds partisans de l'acquisition. La ville de Neuchâtel était plus catégorique; elle ne cachait pas son désir de prendre la tête de l’Etat, et Berne l'encourageait dans ces dispositions. Mais la ville de l'Aar y mettait de telles conditions qu'en définitive Neuchâtel n'eût été que sa sujette. Le duc de Guise mourut au cours de ces négociations que ses fils abandonnèrent. L'affaire n'eut donc pas de suite, d'autant plus que François d'Orléans décédait à son tour l'année suivante, à l’âge de seize ans.

Sa succession donna naissance à une série de troubles et de compétitions qui ne laissèrent pas d'inquiéter les Neuchâtelois. Quel serait leur futur maître, pourraient-ils rester protestants ? Ces questions pouvaient se poser. Trois candidats se trouvaient en présence: la mère de François d'Orléans, Marie, reine douairière d'Ecosse, et ses deux cousins germains: Léonor d'Orléans et Jacques de Savoie, duc de Nemours. Une sentence des Audiences générales, de 1552, décida qu'il ne devait y avoir qu'un seul chef de l'Etat. Elle ne fut pas observée, et les deux princes régnèrent simultanément, jusqu'au jour où, Léonor ayant été fait prisonnier à la bataille de Saint-Quentin, son cousin demanda le partage du comté afin de pouvoir vendre sa moitié. Il l'offrit à Soleure. L'émotion fut grande dans le pays lorsqu'on apprit les intentions du duc de Nemours. La perspective d'être rattachés à Soleure était loin de plaire aux Neuchâtelois qui pensaient déjà qu'on allait leur imposer le retour au catholicisme. Encore une fois, on regarda à Berne, et les autorités de cette ville, par sentence arbitrale de 1557, décidèrent que le comté resterait au seul Léonor, tandis que Jacques de Savoie recevrait en compensation des terres en Bourgogne.

Cinq ans plus tôt, Léonor avait cautionné le roi de France, Henri II, pour 50 000 écus que lui prêtait le canton de Soleure, au taux de 5 %. La caisse royale était à sec, et elle le resta longtemps. La cour avait tant d'autres dépenses à satisfaire qu'elle ne pouvait songer au remboursement d'une dette contractée envers un canton suisse. A l'échéance prévue, la situation financière de la France ne s'était pas améliorée; il fallut solliciter une prorogation de l'échéance. On fit des promesses pour le prochain terme, mais la France se trouvait toujours dans l'impossibilité d'acquitter son dû. Et cela continua ainsi, de prolongation en prolongation pendant plus d'un siècle. La dette ne fut définitivement acquittée qu'en 1656.

Soleure ne se montrait pas très empressée d'obtenir le remboursement de sa créance. Le canton avait reçu de Léonor la promesse qu'il aurait la préférence en cas de vente du comté. Il attendait donc son heure. Il n'ignorait pas que, du fait de la carence du Ministère français, il eût été en droit de se saisir du gage hypothécaire. Mais recourir à cette extrémité comportait des dangers. D'une part, il mécontentait Berne, son allié, et attisait la jalousie des autres cantons; d'autre part, il indisposait la France, dont l'ambassadeur résidait précisément à Soleure. Cette ville lui devait bien quelques ménagements. On peut bien présumer que Soleure nourrissait l'espoir que la cour de Paris, lassée de solliciter périodiquement le renvoi de l'échéance, imposerait à la maison d'Orléans-Longueville la vente de Neuchâtel. Et la promesse faite par Léonor déploierait son effet. A plus d'une reprise déjà, les Soleurois avaient offert au comte de lui acheter les châtellenies du Landeron et de Thielle, mais sans succès. Cette fois l’enjeu était de taille, et, cependant, ils ne désespéraient pas d'arriver à leurs fins. Malgré les bonnes dispositions du comte et ses nombreuses promesses, la créance de Soleure subsistait, et même le règlement des intérêts se faisait désirer. Un beau jour, cette ville proposa à l'ambassadeur de France que le roi invitât la duchesse de Longueville, alors Marie de Bourbon, à lui céder le comté de Neuchâtel et la seigneurie de Valangin; elle recevrait en échange quelques villes du royaume. Le souverain français était alors Henri IV. Il fit répondre que le consentement de la duchesse était indispensable et que, selon toute apparence, elle ne s'y résoudrait pas. Elle tenait beaucoup à ses terres Neuchâteloises. L'affaire en resta là, et les Soleurois durent patienter encore pendant plus de soixante ans avant d'obtenir ce qui leur était dû.

On a rappelé ci-devant que Léonor avait été fait prisonnier à la bataille de Saint-Quentin. Sa rançon, fixée primitivement à 130 000 écus, fut ramenée à 80 000 écus. Où les trouver ? On emprunta à Berne 30 000 écus, puis Léonor consentit, à titre onéreux, diverses concessions aux Quatre-Ministraux; il arriva même à leur remettre, pour neuf ans, la ferme générale du comté. Avec sa mère, Jacqueline de Rohan, Léonor se rendit à Neuchâtel à la fin de l’année 1561. Ils voulaient assister à la prestation des serments réciproques et se rendre ensuite à Berne pour le renouvellement de la combourgeoisie. Rappelons à cet effet que celle que Le Landeron avait passée avec Soleure avait été renouvelée en 1542, dans le dessein de resserrer toujours plus les liens qui liaient les deux partenaires. A cette occasion, Soleure avait dressé un Acte de protection par lequel ce canton prenait sous sa sauvegarde les Landeronnais. Cet acte ne fut pas ratifié par les autorités Neuchâteloises, mais les Soleurois ne le désavouèrent pas et se considérèrent comme les protecteurs et défenseurs du Landeron. Ils tenaient à faire comprendre à leurs voisins que toucher au Landeron équivalait à toucher à eux-mêmes.

On pouvait prévoir que Léonor et sa mère, tous deux protestants, tenteraient l'impossible pour gagner Le Landeron à leur foi. Dans les derniers jours de décembre, ils arrivèrent au Landeron avec une suite nombreuse, et le lendemain Jacqueline et ses partisans se rendirent à la chapelle du bourg afin d'y faire prêcher Christophe Fabri, le pasteur de Neuchâtel. Mais les Landeronnais, informés de leur arrivée dans le pays et chapitrés par Soleure, s'y trouvaient nombreux et en armes. Résolument, ils s'opposèrent à ce que Fabri montât en chaire. Malgré les objurgations de la princesse et du gouverneur, ils ne cédèrent pas. Devant l'insuccès de leur tentative, le comte et sa mère partirent pour Berne. A Soleure, on ne tarda pas à être mis au courant de ce qui s'était passé. Aussitôt, les autorités de cette ville dépêchèrent une délégation à Berne avec mission d'aller trouver les princes et de rétablir les faits. Peu de temps après, trois des meneurs étaient arrêtés à Neuchâtel. Soleure ne laissa pas passer l'incident et écrivit sur un ton menaçant à Léonor ainsi qu'au gouverneur.

A leurs yeux, le coup de force tenté par Jacqueline de Rohan et son fils Léonor devait être considéré comme une violation du traité de paix générale signé à Bremgarten le 24 novembre 1531. Ils en avisèrent leurs coreligionnaires des sept cantons qui, cela va de soi, prirent fait et cause pour les Landeronnais. Jacqueline dut envoyer des délégués dans tous les cantons, tant protestants que catholiques, avec mission de plaider sa cause, avant le débat qui devait avoir lieu en Diète sur l'affaire du Landeron. On pouvait prévoir que les deux camps confessionnels s'opposeraient violemment l'un à l'autre et qu'il en pourrait résulter de très graves conséquences. Le débat, heureusement, n'eut pas lieu. La prise de position des cantons catholiques avait déjà eu un précédent dix ans plus tôt. Le conflit confessionnel avait été provoqué par le pasteur de Saint-Blaise, Michel Mulot, qui s'était exprimé très librement sur le compte de la messe et du pape. Les catholiques ne pouvaient tolérer de tels propos sans réagir. Les sept cantons intervinrent auprès des autorités Neuchâteloises, et ils obtinrent satisfaction.

La terre de Colombier, fief Neuchâtelois, formait une seigneurie qui avait à sa tête une famille du même nom. Elle passa par alliance à celle de Chauvirey dont le dernier représentant mâle, Philibert, mort en 1513, ne laissait que des filles. L'une d'elles, Rose, épousa Jean-Jacques de Watteville, à qui elle apporta en dot la seigneurie de Colombier. Vingt ans plus tard, Watteville devint avoyer de Berne, charge qu'avait déjà occupée son père. Sa position dans le rang des vassaux du comte le mettait dans une situation très particulière. Fort de ses origines, fort de l'appui de Berne, dont il défendait malgré tout la politique, il en profitait pour étendre ses prérogatives et jouer au seigneur indépendant. N'avait-il pas obtenu, en 1531, le droit de haute justice sur ses sujets ? A sa mort, survenue en 1560, ses fils, que Colombier n'intéressait pas, cherchèrent à se défaire de la seigneurie. Le prix demandé, 60 000 écus d'or, représentait une charge insupportable pour un petit Etat aux ressources limitées. Mais dans la crainte que la seigneurie ne fût acquise par Berne, ce qui eût mis le comte dans la situation délicate d'avoir pour vassal la puissante république voisine, Léonor d'Orléans consentit à faire le sacrifice nécessaire.

Le fief le plus important du comté était constitué par la seigneurie de Valangin, comprenant le Val-de-Ruz et les montagnes qui le dominent au nord. Le dernier seigneur de la famille d'Arberg-Valangin, Claude, mourut en 1517. Il laissait une veuve, Guillemette de Vergy, et un petit-fils, René de Challant, qui lui succéda. A sa mort, en 1565, René laissait une succession obérée; il avait notamment emprunté 30 000 écus d'or à Berne, dette qui s'aggrava, au cours des années, de nouveaux emprunts et d'intérêts non payés. Sa seigneurie servait de gage hypothécaire à ses engagements. René laissa deux filles : Philiberte qui épousa Joseph, comte de Torniel, et Isabelle, femme de Jean-Frédéric de Madrutz, comte d'Avy. Toutes deux se disputèrent âprement l'héritage du père. Elles en appelèrent à Berne et aux autres cantons, chacune d'elles prétendant être dame de Valangin à titre exclusif. Il fallut tout d'abord trancher la question de souveraineté. Les quatre combourgeois décidèrent, en 1576, qu'elle appartenait à la comtesse de Neuchâtel. Là-dessus, les Trois-Etats de Neuchâtel adjugèrent la seigneurie au comte de Torniel, alors que peu auparavant ceux de Valangin en avaient décidé en faveur du comte d'Avy. Ce dernier ne souhaitait la seigneurie que dans l'intention de la vendre à celui qui voudrait bien l'acheter, afin de pouvoir s'acquitter de ses dettes. Il l'offrit même au roi d'Espagne, alors que ses droits à la possession de Valangin lui étaient contestés.

Cependant Berne restait la plus grosse créancière de la succession de René de Challant et pouvait à tout instant exiger la saisie du gage hypothécaire. Elle obtint en 1579 que la seigneurie lui fût remise, mais pour peu de temps. A la suite de négociations, Marie de Bourbon lui offrit de se charger de toutes les dettes des Challant assignées sur la terre de Valangin. La situation s'éclaircissait : Marie de Bourbon, déjà suzeraine du fief de Valangin, en devenait propriétaire pour avoir dédommagé les Bernois de leurs créances. Les deux soeurs ne tinrent pas compte des arrangements intervenus entre la comtesse et Berne. Elles vendirent chacune ce qu'elles prétendaient être leurs droits au comte de Montbéliard, avec possibilité de faire usage du droit de retrait de la seigneurie moyennant remboursement des sommes versées à Berne. Le comte de Montbéliard informa Marie de Bourbon qu'il tenait la somme nécessaire à sa disposition, et qu'il prétendait s'emparer de la seigneurie. Devant le refus de la comtesse d'entrer dans ses vues, il recourut à des menaces qui provoquèrent l'inquiétude des Neuchâtelois et des Valanginois. Puis tout s'apaisa, et l'on négocia. Le comte de Montbéliard renonça à ses droits en 1592, en échange desquels il reçut de la comtesse de Neuchâtel la somme de 70 000 écus d'or. L'acquisition de la seigneurie de Valangin, précédée de celle de Colombier, marque une étape importante dans la constitution du territoire Neuchâtelois. Il ne lui manquait de la seigneurie encore qu'une partie de la commune de Lignières et celle du Cerneux-Péquignot pour former l'ensemble du canton, tel que nous le connaissons aujourd'hui. Certes, on y distinguait encore quelques fiefs : Gorgier, Vaumarcus et Travers, qui subsisteront jusqu'au dix-neuvième siècle, mais ceux qui les détenaient à l'époque se rattachaient à une branche illégitime des comtes de Neuchâtel. Ils ne pouvaient ni ne devaient avoir d'autre politique que celle de leur suzerain.

     

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Source

- Neuchâtel et la Suisse, article de Léon Montandon, Chancellerie d'Etat 1969

 

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