SOMMAIRE - Canton de Neuchâtel

En ce qui concerne l'histoire du canton de Neuchâtel, nous avons choisi dans ce dossier de la commencer aux alentours de l'an mil. Les documents écrits font défaut de 800 à 998 (date de la fondation du prieuré de Bevaix); on trouve pour la première fois mention de la ville de Neuchâtel dans un acte de Rodolphe III, roi de Bourgogne, en 1011. De la fondation de la ville de Neuchâtel au Traité de Paris signé par Frédéric-Guillaume IV en 1857... Un dossier en construction.

 

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 La Réformation

 
 

A La doctrine de Luther et ses attaques contre l'Eglise ont ébranlé la plupart des Etats de l'Europe et provoqué des discussions passionnées. En Suisse, il trouva un émule en la personne de Zwingli, curé de Zurich. Sans partager toutes les idées de Luther, ce dernier préconisa avant tout la prédication basée sur la Bible. Il eut bientôt de chauds partisans et des adversaires non moins résolus. Si dans certains cantons une majorité de fidèles se prononça pour la nouvelle doctrine, d'autres, en revanche, restèrent fidèles à Rome. Parmi les premiers, Berne adhéra, en 1528 déjà, au camp des réformés. Cette prise de position, nette et irréductible, ne devait pas être sans lendemain. Dans toutes les régions où cette ville jouissait de quelque influence, elle s'efforça d'y répandre les idées nouvelles, de protéger et de soutenir ceux qui s'en faisaient les apôtres. L'opposition se cristallisa dans le clergé, tant régulier que séculier, qui se sentait visé par les attaques des prédicants. La lutte, opiniâtre et intolérante, ne tarda pas à revêtir un caractère politique d'où toute idée religieuse était absente.

Neuchâtel, trop près de Berne, ne pouvait échapper au zèle convertisseur des autorités de cette ville. Ses habitants suivirent avec un intérêt passionné le conflit des idées et des sentiments qui agitait certains cantons. Mais il est permis de se le demander, des Neuchâtelois auraient-ils été assez hardis pour s'affirmer seuls dans l'opposition à l'Eglise encore toute-puissante ? Les Bernois trouvèrent en la personne d'un Français réfugié, Guillaume Farel, un zélateur et un propagandiste de choix. Ils le recommandèrent à plusieurs villes, notamment à Neuchâtel, où il arriva à la fin de décembre 1529. Les abus signalés dans l'Eglise, l'inconduite dans laquelle vivaient des membres du clergé, la méconnaissance de la Bible, étaient autant d'arguments dont Farel se prévalait pour gagner à sa cause les bourgeois. Avec un zèle infatigable, il prêcha dans les rues, dans les carrefours, n'importe où, et le nombre de ses adeptes, gagnés par son éloquence, augmentait sans cesse.

En automne 1530, Berne réclama le concours militaire des Neuchâtelois pour l'armée que cette ville se proposait de lever afin de voler, avec Fribourg, au secours de Genève assiégée par le duc de Savoie. La campagne ne dura que quelques semaines, et le 20 octobre les Neuchâtelois prenaient le chemin du retour. Arrivés à Neuchâtel le dimanche 23 Octobre, les soldats, festoyant dans les auberges, s'échauffèrent sur la question religieuse, puis, pris d'un zèle dévastateur, montèrent à la collégiale qu'ils saccagèrent le lendemain. Le 4 novembre, en présence de deux délégués de Berne, les bourgeois furent appelés à se prononcer pour ou contre la messe. A une faible majorité de dix-huit voix, les partisans de la messe furent battus. La décision de la ville n'emporta pas, ipso facto, l'adhésion des autres localités du comté et de la seigneurie de Valangin à la nouvelle doctrine. On s'y montrait plus réservé, on n'articulait pas de griefs majeurs contre le clergé, on avait peur du changement. Il fallut l'éloquence enflammée de Farel; il fallut la pression d'une autorité. Et quelle autorité pouvait-on invoquer ? Ce ne pouvait être celle de la comtesse ou de ses officiers restés catholiques, mais bien celle de Berne.

Cette ville, dont l'ingérence dans les affaires Neuchâteloises était manifeste depuis plus d'un siècle, se sentait toujours plus encline à imposer son point de vue en matière religieuse afin de s'assurer une place de choix dans les décisions que devait prendre la population Neuchâteloise. C'est sous son influence que cette dernière fut invitée à adhérer à la nouvelle confession. La volte-face se fit sans trop de difficulté, parce que les trois autres cantons combourgeois, restés fidèles à Rome, n'intervinrent pas dans la décision. A une exception toutefois. Soleure, que des traités particuliers liaient à la châtellenie du Landeron, dont faisait partie Cressier, se porta en défenseur de ces deux paroisses. Elles prirent modèle sur Soleure. Cette attitude « séparatiste » ne pouvait convenir aux bourgeois de Neuchâtel qui, à plus d'une reprise, tentèrent, par la force même, d'imposer la réforme religieuse au Landeron et à Cressier. Ce fut en vain. Devant l'attitude résolue de Soleure à maintenir le statu quo, Bernois et Neuchâtelois durent s'incliner.

La dispute religieuse ne tarda pas à s'envenimer de problèmes matériels. Certaines paroisses, certains couvents possédaient des biens fort importants; ils disposaient de revenus appréciables. L'édifice catholique supprimé, à qui appartiendraient-ils ? Nombre d'anciens partisans de la messe se posaient la question et même n'hésitaient pas à revendiquer la restitution de dons pieux faits par leurs ancêtres. Leurs revendications furent admises en principe, et l'on institua un tribunal spécial, appelé justice légataire, pour prononcer dans chaque cas. Les personnes qui pourraient prouver jusqu'au quatrième degré qu'elles descendaient de bienfaiteurs de l'Eglise recevraient la restitution des dons pieux faits autrefois par leurs ancêtres. Les autres biens du clergé furent dévolus au souverain, à la réserve de ceux qui dépendaient d'une Eglise étrangère.

L'abbaye de Saint-Jean près de Cerlier, fondation des premiers comtes de Neuchâtel  et qui bénéficia des largesses de cette maison, avait les comtes pour avoués. Leurs droits furent exercés ensuite par la branche des Neuchâtel-Nidau. Celle-ci eut pour successeur la ville de Berne qui, en 1474, occupa la seigneurie de Cerlier comme terre de Savoie. Elle prétendit que l'abbaye dépendait du domaine qu'elle venait de conquérir et que, par conséquent, elle détenait tous les droits d'avouerie. La Réforme religieuse lui fournit l'occasion de faire main basse sur les grandes propriétés du couvent. D'un autre côté, le chapitre des chanoines de Saint-Imier détenait les droits de collation sur les églises de Serrières et de Dombresson. Ces droits passèrent à Bienne, et au moment de la liquidation des biens du clergé, les autorités biennoises s'emparèrent de ce que possédait Dombresson.

En adhérant à la nouvelle confession, bon nombre de Neuchâtelois s'imaginèrent qu'ils allaient être libérés du paiement de la dîme et des autres redevances prélevées par l'Eglise catholique. Grande était leur erreur. Berne, par l'entremise de ses représentants, se chargea de leur faire comprendre que dîme et redevance subsistaient, mais dorénavant au profit de la nouvelle Eglise et de ses desservants. La dernière messe célébrée publiquement le fut au Locle, en 1536, par le curé Etienne Besancenet. Ce dernier se retira dès lors à Morteau, où il mourut trois ans plus tard. A ce moment-là, on peut dire que tout le pays avait adhéré à la Réforme religieuse, si l'on en excepte les paroisses de Cressier et du Landeron, ainsi qu'une partie du village de Lignières. Dans celui-ci, les habitants étaient soit sujets du comte de Neuchâtel, soit sujets de l'évêque de Bâle. Les premiers étaient catholiques et le restèrent un certain temps encore; les seconds, bien que relevant d'un évêque, adhérèrent à la Réforme. Mais on ne se trompera pas beaucoup en admettant que, malgré les apparences extérieures, bon nombre de personnes regrettaient l'ancien culte et, dans l'intimité, en observaient les cérémonies. Dans l'ensemble, le pays de Neuchâtel, comté et fiefs, faisait figure d'Etat protestant. Cela ne l'empêchait pas d'avoir à sa tête un prince resté fidèle à la confession catholique et, très fréquemment, un gouverneur de même religion.

Avec les années, il devenait évident que Neuchâtel, en raison de ses affinités religieuses, devait entrer en contact plus étroit avec les cantons et les villes qui avaient rompu avec Rome, Genève, en particulier, dont il se rapprocha sous l'influence des liens qui unissaient Farel et Calvin. Par ailleurs, les relations avec ses trois combourgeois restés catholiques devaient se ressentir de la position prise par Neuchâtel dans la crise religieuse. Restait Berne, avec qui le comté ne pouvait rompre, d'autant plus qu'il lui devait sa nouvelle position et dont il ressentait le poids d'une sollicitude intéressée. Les dernières années du règne de Jeanne de Hochberg furent un désastre pour le comté. Faible de caractère et généreuse par tempérament, elle se trouvait toujours à court d'argent. Ses dettes déjà considérables s'étaient aggravées des dépenses et des cadeaux qu'elle avait dû consentir pour obtenir la restitution de son patrimoine. Mais ce résultat obtenu, elle ne fit rien pour améliorer l'administration et amortir la dette. On recourut à des expédients qui n'apportèrent qu'un soulagement momentané, pour arriver finalement à une mesure extrême, qui, d'ailleurs, n'était pas une nouveauté. Les revenus du pays furent affermés en 1536, pour neuf ans, à la ville de Neuchâtel. Celle-ci recevait par là l'autorité complète dans l'administration de l'Etat, le pouvoir de nommer maires et châtelains. Elle en usa immédiatement en congédiant le personnel en charge, qu'elle remplaça par des membres de son conseil. Les obligations qu'assumait la ville de Neuchâtel par ce marché consistaient en ceci: paiement annuel à la princesse d'une somme de 1000 écus d'or, qu'elle ne tarda pas à ramener à 600 écus, Ou 3000 livres; versement aux cantons, en acompte de ce qui leur était dû: 3000 livres; versement au gouverneur du comté de la somme de 400 livres. En outre, la ville devait pourvoir aux dépenses de l'Etat et à la tenue des Audiences. A combien pouvaient s'élever les revenus concédés à Neuchâtel ? Il n'est pas possible de les estimer, mais on peut bien présumer que le marché lui était favorable. Jeanne de Hochberg, en revanche, recevait une rente fixe et modeste, mais perdait des ressources, variables sans doute, dont le montant dépassait la somme que lui versait Neuchâtel. Aussi, après comme avant, connut-elle des difficultés financières. En 1538 déjà, elle aliéna une partie de son domaine en faveur de la ville, ce qui eût renfloué son trésor pour un moment.

Mais, sur la représentation du gouverneur, elle se rétracta, et seuls les biens du chapitre restèrent acquis à Neuchâtel, avec cette réserve qu'ils étaient destinés à l'entretien des pauvres. Puis, une année plus tard, l'argent faisant de nouveau défaut, il fallut hypothéquer  à Soleure le Landeron et Thielle pour 4000 écus d'or, avec la promesse que la préférence serait donnée à Soleure en cas de vente. Enfin, la comtesse avait des bijoux qui étaient des finances engagés à Paris. Un effort financier considérable dut être fait pour les libérer. Bref, la comtesse de Neuchâtel se trouvait dans une situation inextricable, qu'il ne lui était pas possible de surmonter par ses propres moyens. Le patrimoine que lui avaient laissé ses ancêtres se trouvait isolé, loin de Paris, où elle aurait pu trouver des appuis. Il était proche en revanche des cantons qui, tout combourgeois qu'ils fussent, n'hésiteraient pas à prétendre à sa succession, si l'occasion s'en présentait. Et il faut ajouter à ceux-ci la ville et bourgeoisie de Neuchâtel, dont la situation financière n'était pas compromise. Les quelques années durant lesquelles les revenus du comté lui avaient été amodiés lui avaient donné de l'ambition. Elle connaissait le pays, ses ressources, ses possibilités; mieux que quiconque, elle était capable de l'administrer et d'en tirer un plus grand profit que la comtesse. Pourquoi ne se substituerait-elle pas à la famille régnante? Berne lui avait déjà suggéré une telle pensée, mais en lui faisant comprendre qu'elle resterait sous sa tutelle.

Les autorités de la bourgeoisie, qu'une telle perspective avait certainement effleurées, ont sans doute envisagé le problème sous toutes ses faces. Elles ont compris aussi que des ambitions semblables pouvaient naître également chez d'autres compétiteurs: Soleure, en particulier, qui disposait de ressources abondantes et dont l'appui de quelques communes lui était déjà acquis. Il y avait aussi Fribourg, qui gardait une dent à Neuchâtel depuis l'affaire Supersaxo. Il y avait enfin Berne, toujours présente dans le comté, qu'elle considérait comme une terre promise. Il aurait fallu de la part de Jeanne de Hochberg une grande circonspection et un savoir faire qu'elle ne possédait malheureusement pas pour rétablir une situation fort compromise et pour éviter les embûches que des intéressés pouvaient tendre sous ses pieds. Dans son désarroi, elle avait enlevé sa confiance au gouverneur et à ses conseillers. A qui s'adresser dorénavant ? Comment fit-elle la connaissance d'un prêtre savoyard nommé Claude Collier, prévôt du chapitre de Valangin et chanoine de Saint-Nicolas de Fribourg ? Les titres dont il était paré l'abusèrent. Elle se confia à lui en qui elle vit, sans doute, l'homme capable de rétablir sa situation financière fort compromise. En novembre 1542, elle lui signa des pleins pouvoirs, dont il usa, ou peut-être abusa, d'une façon indigne. Collier a cru, ou a laissé entendre, qu'il était autorisé à vendre au plus offrant tout ou partie du patrimoine de la princesse. Circonvenue par ses bonnes paroles, elle acquiesça à toutes ses propositions, dans lesquelles elle n'apercevait que le but ardemment désiré: redresser ses finances.

Collier s'approcha de René de Challant et lui offrit pour le prix de 9000 francs la terre de Boudevilliers, dont la possession par le comte de Neuchâtel lui était pénible. Il lui offrit aussi le droit de souveraineté sur la seigneurie de Valangin, ce qui l'aurait libéré de l'hommage de vassalité au comte. Enfin Collier s'enhardit jusqu'à offrir au canton de Fribourg l'achat de la terre Neuchâteloise pour le prix de 60000 écus d'or. La proposition était alléchante, et certainement que, Fribourg y eût donné une suite favorable, si la crainte d'un conflit avec Berne ou avec l'ensemble des cantons ne l'eût rendu circonspect. Les autorités fribourgeoises jugèrent prudent de ne pas agir seules, mais d'associer les Bernois à l'opération, afin de faire face plus aisément au danger s'il y avait lieu de défendre leur nouvelle acquisition. Tous deux convinrent de mettre au courant de cette proposition le gouverneur Georges de Rive. Celui-ci fit aussitôt partir une délégation pour Paris afin d'aviser la comtesse de ce qui se passait et de la rendre attentive au scandale que provoquerait l'exécution des marchés proposés par Collier. Elle eut le front de feindre l'ignorance la plus complète, de tout désavouer et de traiter Claude Collier de calomniateur. Moins d'une année plus tard, Jeanne, dernière des Hochberg, mourait. Son règne avait duré quarante ans. Durant cette longue période, elle avait connu bien des déboires et assisté à des événements qui froissaient ses sentiments intimes ou lésaient ses intérêts, notamment l'occupation du pays par les cantons et l'introduction de la religion réformée.

Le traité de combourgeoisie qui la liait à Berne, et dont elle s'efforça toujours d'observer scrupuleusement les obligations, l'avait contrainte à autoriser des levées de troupes pour marcher, avec celles de la ville, au secours de Genève menacée par le duc de Savoie. Ce fut le cas. pour la première fois, en 1530, puis ensuite en 1531 et en 1536. Peu avant cette dernière campagne, une troupe de volontaires recrutés à Neuchâtel et dans la seigneurie de Valangin, ainsi que sur les bords du lac de Bienne, partit spontanément sous les ordres de Jacob Wildermuth pour délivrer Genève assiégée par les Savoyards. A Gingins, elle se heurta à un important corps d'assiégeants, et malgré son infériorité numérique, lui arracha la victoire. Les volontaires durent renoncer à pousser plus loin que Coppet, et cela sur l'injonction de Berne.

     

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Source

- Neuchâtel et la Suisse, article de Léon Montandon, Chancellerie d'Etat 1969

 

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