L'influence
de la civilisation helvéto-romaine
est évidente, de nombreux sites
archéologiques l'attestent, tout
particulièrement le long du
littoral, sur le plateau de
Lignières et au Val-de-Ruz. On
connaît de nombreuses villas
romaines (comprenant une partie
agricole et une partie habitée), une
route, la Vy d'Etra, les fragments
d'un monument à Wavre, deux stèles à
Cressier, mais aucune ville.
L'époque gallo-romaine
Les Romains et les Helvètes
A la Préhistoire, les groupes
humains s'étaient succédé sans se
voir ou, à tout le moins, sans
pratiquer de nombreux échanges entre
eux. En revanche, les Romains et les
Helvètes se sont rencontrés et les
deux civilisations se sont
mélangées, car les premiers ont
ordonné aux seconds de reprendre
place sur le Plateau suisse.
Quelques années plus tard, les
Romains ont établi deux colonies
militaires pour calmer la région,
l'une à Nyon (VD), l'autre à
Windisch, près de Brugg (AG). Vers
15 av. J.-C., le territoire helvète
était inclus dans les frontières de
l'Empire romain. En matière de
construction, la présence romaine
n'a pas modifié les principes
gaulois traditionnels ; les maisons
ont été pour longtemps encore bâties
en bois et en pisé et l'architecture
romaine ne s'est imposée qu'au
milieu du premier siècle apr. J.-C.
Il en est de même de la religion:
les dieux indigènes continuaient à
être vénérés ; les Romains y ont
ajouté les leurs, puis des divinités
lointaines. Ce n'est que vers le IVe siècle que le christianisme a
commencé à s'implanter en Suisse.
La vie rurale et urbaine
La vie rurale
Lorsque l'on parle des Romains dans
la région, on pense tout
naturellement à la ville d'Aventicum,
aujourd'hui Avenches (Vaud), car le
canton de Neuchâtel ne possédait ni
ville, ni village. En revanche, le
Littoral neuchâtelois, le Val-de-Ruz,
le plateau de Lignières ont connu la
colonisation ; les nombreux vestiges
de fermes en sont la preuve. La vie
rurale dominait: l'agriculture,
l'élevage et l'arboriculture
occupaient les gens. La ferme se
subdivisait en deux parties: l'une
d'elles était consacrée aux travaux
des champs (écurie, atelier,
garage), ainsi qu'au logement des
ouvriers ; l'autre, la pars urbana,
plus luxueuse, abritait le
propriétaire et sa famille. On a
repéré ces emplacements qui
contenaient des blocs de pierre, de
la tuile, de la céramique, mais il a
fallu des fouilles attentives pour
trouver la pars rustica,
c'est-à-dire le lieu des activités
agricoles.
La vie urbaine
En Suisse romande se sont implantées
quelques villes: outre Aventicum
déjà mentionnée, on peut citer
Colonia Julia Equestris (Nyon, Vaud)
et Forum Claudii Vallensium
(Martigny, Valais). Dans les villes,
on trouvait généralement une place
publique, le forum, au carrefour de
deux rues importantes. Sur cette
place s'élevaient le temple
principal, le marché couvert et ses
boutiques, les bâtiments
administratifs (bureaux, tribunaux).
Pour la détente et les loisirs, la
cité offrait des lieux de rencontre,
tels que le théâtre, l'amphithéâtre
et les thermes. Ceux-ci étaient
composés de bassins d'eau chaude,
tiède et froide, d'un bain de
vapeur, d'une piscine extérieure et
de places de jeux. La ville
possédait un réseau de distribution
d'eau potable et d'égouts. Les
édifices visibles aujourd'hui encore
mettent en évidence le travail
raffiné des tailleurs de pierre, des
maçons et des couvreurs. On trouvait
aussi des artisans: des potiers qui
possédaient le tour et le four, des
fondeurs qui coulaient le bronze et
l'argent, des verriers qui
fabriquaient sans doute le verre des
fenêtres et moulaient des
récipients.
Les communications et le commerce
Les communications
Les voies de communication dans
l'Empire romain étaient nombreuses,
bien entretenues pour des raisons
stratégiques et commerciales. Le
pays de Neuchâtel ne se trouvait pas
sur ces grands axes. Les routes les
plus proches passaient soit de
Lousonna (Lausanne) à Vesontio
(Besançon), par Urba (Orbe, Vaud) et
le Jura ; soit de Viviscus (Vevey,
Vaud) à Petinesca (Studen, Berne),
par Aventicum (Avenches, Vaud).
La Vy d'Etra, qui longeait le
Littoral neuchâtelois à mi-pente,
représentait une voie romaine
d'importance régionale ; elle
arrivait d'Yverdon par Vernéaz,
passait entre Montalchez et Fresens,
entrait dans le bois du Devens,
empruntait le plateau de Bevaix,
Perreux, elle franchissait l'Areuse
près de Boudry, empruntait
l'itinéraire Trois-Rods, Peseux, La
Coudre, Saint-Blaise, Voens, Enges,
etc. On rejoignait les fermes du
Val-de-Ruz par une bretelle qui
aurait suivi le pied nord de
Chaumont.
Les voies navigables que sont les
lacs et les rivières ont été
utilisées par les Romains. On en a
la preuve par les embarcations
retrouvées. En 1970, près de la
Pointe du Grain (Bevaix), on a sorti
du limon et des sables une barque de
grande taille. Elle mesurait 19,35
mètres par 2,80 m. de largeur
maximale. Elle était construite en
planches de chêne, assemblées par de
gros clous forgés. Les interstices
entre elles étaient bourrés de
mousse et de fibres végétales. Après
étude et moulage, la barque a été
remise dans l'eau afin d'en assurer
la conservation. Elle transportait
de la pierre, extraite des carrières
de la Lance près de Concise (Vaud)
ou d'Hauterive et utilisée à la
construction d'Aventicum.
Le commerce
Le commerce permettait des échanges
à longue distance. Ainsi les
Gallo-Romains importaient non
seulement de la céramique à enduit
rouge, appelée terre sigillée, et du
verre, mais encore du vin, de
l'huile, des olives et des huîtres.
En échange, la Suisse romaine
exportait du bois, du bétail, de la
viande et du fromage. La présence de
pièces de monnaie dans les sites
confirme l'importance des activités
économiques entre les peuples. On a
même découvert en 1824 un trésor
monétaire enfoui à Dombresson.
Celui-ci comprenait 420 pièces
romaines dont 305 sont des deniers
d'argent frappés sous la République,
100 (dont une pièce d'or) sous
l'Empire. Les plus anciennes datent
de 145-138 avant J.-C. ; les plus
récentes ont été frappées au milieu
du premier siècle apr. J.-C. A qui
appartenaient-elles ? A un fuyard ?
A un voleur ? La question n'a pas
trouvé de réponse.
Quelques autres vestiges du pays de
Neuchâtel
Colombier
Parmi les grandes propriétés de
l'Helvétie romaine, on peut
mentionner celle de Colombier.
Malheureusement, il est impossible
de la voir car les bâtiments romains
sont cachés sous le château et les
maisons avoisinantes. On a retrouvé
des murs sur une distance de 375
mètres. Les archéologues actuels
osent parler d'un palais pour
décrire cette magnifique villa à
péristyle, aujourd'hui disparue.
Placée sur une petite colline, elle
dominait le lac auquel on accédait
par des jardins en pente douce ; à
l'intérieur, on y trouvait le
confort grâce au chauffage à air
chaud et le raffinement par la
présence de décors peints sur les
murs et de mosaïques sur le sol.
Cressier
A Cressier, on conserve deux ex-voto
offerts à des dieux. L'un d'eux est
célèbre, il s'agit de Mars, dieu de
la guerre ; l'autre divinité, Naria,
semble être plus régionale,
peut-être même d'origine celtique.
On connaît les auteurs de ces vœux,
Titus Frontinius Genialis et Titus
Frontinius Hibernus. On voit ici que
les Romains portaient un prénom
(Titus), un nom de famille (Frontinius)
et un surnom.
Plateau de Wavre
Sur le plateau de Wavre s'élevait un
monument funéraire dans un enclos de
13 mètres de côté ; il s'agissait
d'un mausolée en calcaire blanc dont
on a retrouvé quelques fragments.
Deux colonnes soutenaient un fronton
orné de motifs, sous lequel se
tenait la statue d'un homme portant
la toge et tenant un rouleau dans la
main gauche. D'autres vestiges ont
été découverts, notamment des
éléments d'une seconde statue, des
tessons de céramique qui permettent
de dater l'édifice du II e siècle
après J.-C. Tout démontre la
richesse du lieu à la gloire d'un
personnage important,
malheureusement non identifié.