L'occupation
des rives du lac de Neuchâtel
s'interrompt pendant près de 600 ans
; c'est du moins ce que l'on
constate à ce jour. Les hommes qui
se sont établis vers
1700 av. J.-C.
appartiennent à l'âge du Bronze. Les
préhistoriens subdivisent la période
en âges du Bronze ancien, moyen et
final. Ces époques ont cependant des
traits communs.
Un alliage
La métallurgie du cuivre était déjà
présente dès la période néolithique.
Techniquement l'emploi d'un alliage
de cuivre
additionné d'étain
amenait plus de solidité et
permettait surtout l'abaissement du
point de fusion. Ces techniques,
comme celle de la cire perdue,
appelaient tout le savoir-faire d'un
professionnel. Celui-ci coulait le
métal chauffé à haute température
dans des moules. Les bronziers
pouvaient donc reproduire plusieurs
fois le même objet. Les échanges se
sont développés car les matières
premières de l'alliage ne se
trouvaient pas sur place. Par les
mêmes voies commerciales, les
habitants de l'âge du Bronze
importaient aussi le sel, l'ambre,
des perles de verre, le plomb, l'or,
etc.
Le milieu neuchâtelois
Ces populations dont on connaît mal
l'aspect physique vivaient dans un
climat favorable, un peu semblable
au climat actuel, avec des
températures légèrement supérieures
à celles que l'on connaît. Le niveau
du lac était bas, entre 426,50 et
428 mètres (actuellement: 429,30
m.). Les plantes thermophiles (qui
poussent bien à la chaleur) étaient
donc plus fréquentes qu'aujourd'hui.
Chez les animaux domestiques,
l'élevage des chèvres et des moutons
s'est intensifié. Le bœuf est
toujours présent et l'observation
des cornes montre qu'elles sont
parfois usées par l'emploi du joug.
On trouve toujours le cochon et le
chien, animaux de compagnie et
réserve de viande. Le cheval est
domestiqué lui aussi (on a retrouvé
des mors). L'apport carné dans
l'alimentation est assuré au moins à
20 % par le gibier. On connaît le
cerf, le chevreuil, le sanglier, le
lièvre, le renard, l'ours, le
hérisson ; parfois on trouve trace
du castor, de l'élan, du loup, du
chat sauvage, de l'écureuil ou de la
tortue. Les fourrures de la martre
et de la fouine devaient être
appréciées. Les oiseaux étaient
chassés, les poissons étaient
pêchés, notamment la perche et le
brochet.
A Champréveyres, grâce aux
pollens,
on peut dire que les roselières
commençaient à se développer ; la
forêt riveraine était composée de
saules et d'aulnes glutineux ; plus
loin, on trouve la chênaie
buissonnante avec le noisetier, la
ronce, le cornouiller sanguin,
l'aubépine, le prunellier,
l'églantier, le framboisier, le
pommier et le poirier sauvages. Dans
les endroits frais, le hêtre et le
sapin blanc se mêlaient aux variétés
de chênes. Sur les pentes du Jura
croissaient les hêtres, les sapins
et les épicéas. Dans les champs dont
la surface était gagnée sur la forêt
poussaient des céréales déjà connues
au Néolithique (orge, millet,
amidonnier, engrain), auxquelles
s'ajoutaient l'épeautre et le
froment.
La moisson était faite à la
faucille, les céréales étaient
séchées, battues sur l'aire ; on
moulait à l'aide de meules en grès
ou en molasse. La farine obtenue
servait à faire des galettes ou des
bouillies. Le pavot, le lin, le
sésame et la caméline apportaient
des éléments oléagineux. Les
légumineuses donnaient des protéines
; on cultivait ainsi le pois, la
lentille et la fève. Il est
important de ne pas oublier les
apports de la cueillette ; de
nombreuses espèces végétales étaient
comestibles: pensons aux fruits
(poires, baies), aux graines
(faînes, glands), aux racines
(campanules, raiponces), aux
feuilles d'orties, de rumex. La
végétation fournissait aussi les
plantes médicinales.
Les techniques
Les vêtements de l'âge du Bronze à
Neuchâtel ne sont pas connus ; la
laine,
qui remplaçait le lin, ne s'est pas
conservée. En revanche, on sait que
le métier à
tisser existait. Ailleurs les
sites ont fourni des vêtements
intacts. On peut parler de tuniques,
de manteaux courts, de bonnets ronds
pour l'homme ; de jupes, de
corsages, de ceintures pour la
femme. La
vannerie était un artisanat
très développé à cette époque. On a
trouvé 150 paniers à Auvernier,
tressés en osier (saule), en aulne
ou en noisetier. La construction des
maisons imposait le travail du bois,
donc une activité de charpentiers et
de menuisiers ; ceux-ci possédaient
tous les outils nécessaires: la
hache, l'herminette de pierre verte,
les coins en bois, la hache
emmanchée dans un andouiller de
cerf, le ciseau à bois, la gouge, la
petite scie.
La céramique
est toujours importante, elle est
plus raffinée encore qu'au
Néolithique. Les pièces pouvaient
avoir des formes et des décors très
ressemblants à plusieurs centaines
de kilomètres de distance les unes
des autres. La poterie, présente par
dizaines dans les maisons, n'était
pas réalisée au tour, mais elle
était montée au colombin (boudins
placés les uns sur les autres) ou
par moulage sur une forme de bois.
Le décor était multiple et simple:
incision, gravure, impression à la
feuille d'étain, application de fils
colorés ou peinture. Les formes ont
évolué au cours du temps, offrant
ainsi des possibilités de datation.
On retrouve des tumulus (soit des
amas de terre et de cailloux, sous
lesquels on enterrait les morts) au
début de l'âge du Bronze, ainsi que
des tombes à incinération que l'on
appelle des champs d'urnes, dans
lesquelles on ne mettait que les
cendres du défunt.
Les villages
A Neuchâtel, la fin de l'âge du
Bronze est bien représentée ; vers
l'an mil avant J.-C., les bords des
lacs étaient occupés à Concise
(Vaud), Bevaix, Cortaillod,
Auvernier, Hauterive. On connaît des
villages entiers dont certains
pouvaient avoir 80 m. de côté,
entourés de palissades. Chacun
d'entre eux abritait de 150 à 300
habitants. Il formait soit un
demi-cercle, soit une ligne droite
le long du rivage. Pour édifier une
telle agglomération, les hommes
abattaient jusqu'à 3'000 arbres,
souvent des chênes, dans les forêts
les plus proches. Entre les maisons
se dessinaient des ruelles. On
constate qu'un plan général devait
être pensé avant d'entreprendre la
construction proprement dite. Habité
durant un demi-siècle environ, le
village de Cortaillod comptait une
vingtaine de maisons. Celles-ci
étaient construites selon un plan
carré ou rectangulaire. Elles
accueillaient tous les membres de la
famille sous le même toit. Les
hommes se protégeaient de
l'humidité, en utilisant des
matières isolantes. La maison
comprenait en principe deux niveaux
; les parois étaient faites de
branchages en noisetier entrelacés.
Sur le site de Champréveyres, au
Parc de la Découverte, on a
reconstruit une cabane de cette
époque, haute de 7,50 mètres, sur
une surface de 60 m 2, surélevée
pour éviter les variations
saisonnières du niveau du lac. A cet
effet, il a fallu abattre 160
chênes, utiliser quatre tonnes de
chaume de roseaux pour couvrir le
toit et une tonne d'argile pour
crépir les parois et le plancher. On
repère dans l'eau les maisons
aujourd'hui disparues, grâce aux
pilotis
qui marquent les structures des
cabanes et les emplacements des
palissades ou des clôtures qui
entourent le village.
Les outils et les bijoux
Parmi les objets qui illustrent
cette période, on trouve la hache de
bronze coulée dans un moule et
emmanchée, qui servait à l'abattage
des arbres. Les agriculteurs
utilisaient la faucille, elle aussi
emmanchée, pour couper les céréales.
Le pêcheur possédait des hameçons
acérés mais on peut douter de
l'efficacité des épées de bronze qui
devaient simplement marquer la
fonction de chef ou de responsable.
Les gens se paraient de bracelets en
bronze, décorés de motifs
géométriques, d'amulettes en forme
de soleil et de croissant de lune,
d'épingles aux décors multiples (à
tête plate, à tête de pavot, à tête
ronde, etc.).