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L'agriculture
Le climat détermine le type
d'agriculture et celui de Fleurier, peu propice, ne permet guère
une culture céréalière intensive: altitude moyenne élevée (750 m),
précipitations abondantes, transitions subites de froid et de
chaud en été, hiver rigoureux, sol recouvert de neige plusieurs
mois par années. A ces contraintes, qui perturbent les travaux des
champs, s'ajoutent des inondations de l'Areuse plus ou moins
fréquentes, la plupart endiguées après sa canalisation en
1868. De plus, le territoire
cultivable de Fleurier est fort restreint, compte tenu de la
surface importante occupée par la forêt, le plus souvent accrochée
à la pente escarpée. Au XVIIIe siècle, les meilleures terres sont
labourées, destinées à la culture de
céréales: l'avoine, l'orge dont les grains serviront à la
confection d'un pain grossier, le froment parfois, le lin converti
en fibres textiles pour la fabrication de la dentelle. Le
droit de vaine pâture, c'est-à-dire
le libre pâturage du bétail sur les champs entre les récoltes et
l'ensemencement, aboli en
1807, la pratique de l'assolement
triennal qui a succédé à celle de la
jachère, le fait que la dîme ne se paie que pour les champs
et non pour les herbages représentent un obstacle à la culture des
grains. La transformation des propriétés communales en pâturage,
la culture des prairies artificielles qui permettent une
production abondante de foin encouragent l'élevage
aux dépens de la culture des céréales. Et cela au moment même où,
dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, avec l'augmentation de la
population, l'approvisionnement en grains est un problème majeur,
crucial, accentué encore par les disettes de 1770-1771 et
1794-1795. Dans l'optique d'éviter une pénurie de céréales, une «société
des grains» est fondée à Fleurier en 1795 «dans
l'intention d'éviter autant que possible la cherté de cette denrée».
Cette société subsiste jusqu'en 1831 et possède un grenier capable
d'engranger jusqu'à 20 000 émines de grains (environ 310 000
litres).
Une «chambre de charité», qui
comprend exclusivement des communiers - près d'un quart des
membres de la communauté en fait partie et toutes les familles «communières»
doivent avoir au moins un représentant - s'efforce également de
subvenir aux besoins des plus nécessiteux. Un rapport de 1802 nous
permet d'en comprendre le fonctionnement: chaque membre, nommé à
vie, s'acquitte d'une mesure et demie de grains chaque année. La
chambre taxe les particuliers aisés sous forme d'un impôt
progressif en nature: deux pots d'orgée (= 3 litres) pour les
moins nantis, dix émines (environ 150 l) pour le plus riche. En
outre un secours en argent peut être octroyé aux seuls communiers.
De plus en plus nombreux sont ceux qui, attirés par un gain assuré
dans l'horlogerie, quittent la terre
dont la valeur se déprécie. Cet abandon s'accompagne dans une
certaine mesure d'une immigration de fermiers ou fromagers
«étrangers», en général suisses.
Aussi à la fin du XVIIIe siècle et dans le premier quart du XIXe,
un débat d'idées animé, comme ailleurs, inspire aussi bien les
partisans du commerce et de l'industrie que les tenants d'une
autonomie agricole. De nombreuses publications d'inspiration
physiocrate défendirent les thèses de
cette autarcie rurale, au moment même
où l'orge et le seigle ne pouvaient subvenir qu'à la moitié ou aux
trois cinquièmes des besoins de la population. De nombreux
conseils sont prodigués, visant entre autres à l'amélioration de
la culture céréalière, qui aurait même permis, selon certains, une
exportation de ces denrées au début du XVIIIe siècle vers la
Franche-Comté, la Bourgogne et l'Alsace. Mais une note du Conseil
d'Etat datée du 30 janvier 1711 fait état d'un
besoin d'importer plus de 50 % du froment
nécessaire au pays. On encourage la culture de la carotte
en plein champ et on incite à l'introduction de la pomme de terre.
A Fleurier, comme dans l'ensemble du pays de Neuchâtel, l'adoption
de celle-ci semble relativement récente. En effet ce n'est guère
qu'au début du XIXe qu'elle semble tenir le premier rang avec le
pain d'orgée et celui de froment dans la nourriture populaire.
Il n'est pas sans intérêt, lorsqu'on s'efforce d'analyser
l'évolution des comportements familiaux,
de connaître le prix de certaines denrées,
notamment de celles qui figurent le plus souvent sur la table,
comme aussi de savoir dans quel ordre de grandeur se situaient les
salaires des enfants et des adultes, des hommes et des femmes, qui
en raison de la transformation de l'économie échappaient
partiellement ou entièrement au monde agricole. Ces
renseignements, pour le début du XIXe siècle, permettent
d'établir, dans une certaine mesure, le pouvoir d'achat, donc le
niveau de vie, d'une partie de la population de Fleurier. Voici
quelques chiffres pour l'année 1802 :
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Prix des denrées |
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Pomme de terre |
6
à 7 batz l'émine ( = 15,5
litres) |
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Lait |
7
kreutzer ( = 1,75 batz le pot) |
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Fromage |
12
à 14 kreutzer (=3,5 batz la
livre (= 0,520 kg) |
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Prix des journées et des
salaires |
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Enfant (travail sur dentelle) |
2-3 batz ; 0,371 kg de fromage |
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Manoeuvre pauvre |
7-8 batz ;
1,114
kg de fromage |
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Ouvrier horloger |
en moy. 14
batz; 2,080 kg
de fromage |
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Ouvrier horloger (maximum) |
42
batz; 6,240 kg de
fromage |
La
confection de la dentelle
Liée comme l'horlogerie à l'arrivée de
réfugiés français dans la vallée, elle se développe rapidement dès
le début du XVIIIe siècle. Déjà florissante en 1712, cette
industrie de la dentelle, où femmes, enfants, même des hommes se
mettent à l'ouvrage, occupe en 1752 1515 personnes dans la vallée,
2080 en 1790, 2173, essentiellement des femmes, en 1800. En 1794,
sur une population de 800 habitants, Fleurier compte 300
«faiseuses de dentelles». Désormais centre de fabrication et de
commerce - rôle que la localité partage avec Couvet -,
l'agglomération concentre le travail des villages environnants et
en exporte le produit vers Lyon, puis les ports de la
Méditerranée. Les années difficiles que le pays connaît entre 1806
et 1815 obligent de nombreux hommes à s'adonner à cette activité.
L'année 1817 enregistre l'apogée de
la fabrication de la dentelle, mais l'abaissement des prix,
l'invention du métier Jacquard et son
introduction dans les pays concurrents, la reprise de l'horlogerie
dans les années 1820 sonnent le glas de l'industrie dentelière qui
dès lors voit sa production diminuer au fil des ans. Pour
remplacer cette activité, les frères Bugnon
tentent la fabrication des gants qui emploie jusqu'à 150 femmes de
Fleurier, mais cette industrie cesse en 1839 après neuf ans de
production, ne pouvant soutenir la concurrence française.
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