|
Si
la première mention de Fleurier remonte au
14 septembre 1284, le village ne se modifie
réellement qu'à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle avec
l'implantation de la dentelle et de
l'horlogerie, introduite au village -
dit-on - en 1730 par
David-Jean-Jacques-Henri Vaucher.
Auparavant, alors que le territoire neuchâtelois a été
successivement Comté du Saint Empire romain germanique puis, dès
1504, Duché des Orléans Longueville, il est question de litiges
opposant Fleurier à son voisin, le village de Buttes, à propos de
chemins ou de pâtures. L'existence de moulins au milieu de la
localité est attestée en 1567 et la
commune édifie en 1621 un petit
bâtiment pour l'école, le culte et le four public.
Fleurier se développant, ses habitants demandèrent que le village
soit érigé en paroisse distincte -
elle dépendait jusqu'alors de celle de Môtiers -, se plaignant que
«le chemin [qui mène à Môtiers] ne laisse
pas d'y être souvent fort mauvais et incommode ( ... ) dans le
temps que les eaux sont débordées, ce qui arrive assés fréquemment
lorsqu'il tombe de grandes pluyes ou que les neiges fondent ( ...
)». La requête fut agréée en 1710,
alors que Neuchâtel, tout en conservant ses institutions propres,
est rattachée à la Prusse sous forme d'union personnelle avec le
monarque depuis trois ans. Le roi est représenté à Neuchâtel par
un gouverneur qui préside le tribunal des Trois-Etats - devenu une
instance d'appel, mais à l'origine représentant la noblesse, le
clergé et les bourgeoisies. En fait, c'est le
Conseil d'Etat qui gouverne le pays,
détenant à la fois les pouvoirs législatif, administratif et
judiciaire, mais aux compétences demeurant limitées par la
sanction royale et le respect des franchises écrites et
coutumières. Ce Conseil, formé d'une vingtaine de membres, nomme
les chefs de juridiction, les maires ou les châtelains, les
lieutenants de justice, les justiciers et les sautiers - sorte de
huissiers de justice - de même que les officiers militaires.
Le pays, formé en principe de deux comtés (Neuchâtel et Valangin)
est composé de 22 juridictions dont 3 seigneuries, 4 châtellenies
et 15 mairies. Les mairies et châtellenies sont dirigées par un
maire ou un châtelain, agréé par le prince, qui exerce la haute
police et préside une cour de Justice composée de justiciers (24
pour la Juridiction du Val-de-Travers dont Fleurier fait partie)
émanant de toutes les communes (le village en envoyait 4). Sur 22
juridictions, seulement 10 exercent le droit de haute justice. Il
n'existe point de code civil ou criminel écrit en vigueur; les
juges, non professionnels, se contentent d'appliquer les coutumes
souvent non écrites. Aucun fait saillant ne marque l'histoire de
Fleurier durant le XVIIIe siècle et la
Révolution française ne trouble
guère le village si ce n'est par l'accueil de quelques prêtres ou
d'émigrés nobles. En 1806,
Frédéric Guillaume III de Prusse
cède Neuchâtel à Napoléon en échange du Hanovre. L'empereur
établit alors le maréchal Berthier
comme « prince et duc de Neuchâtel
» où du reste jamais il ne vint. Sous son principat, si les
redevances personnelles et la vaine pâture sont abolies, une dîme
compensatoire est instaurée et le domaine juridique connaît une
seule innovation: le retrait du droit de grâce exercé par le
Conseil. Pour le reste, contrairement aux événements tumultueux
voire dramatiques de Suisse, l'Ancien Régime à Neuchâtel survit
aux périodes révolutionnaire et napoléonienne.
Au cours de l'hiver 1813-1814, près
de 4000 soldats alliés, en route pour la France, stationnent dans
le village. De nombreuses requêtes émanant de la communauté sont
adressées au Conseil d'Etat afin d'obtenir un secours en avoine.
L'abdication de Napoléon en 1814
est accueillie au lieu avec enthousiasme. Une quarantaine
d'hommes, habillés en grenadiers, mettent en scène Blücher,
l'empereur livré à ses ennemis, jugé par le Conseil de guerre et
fusillé. L'année suivante marque le retour au roi de Prusse de
Neuchâtel qui accède également au rang de
canton suisse, alors que la peur d'une invasion française
voit accourir au mois de juin des troupes grisonnes et bernoises
chaleureusement fêtées par les habitants, «Toutes
les dames ont dansé avec les officiers et les soldats, il y avait
au moins 6 à 700 personnes». De nombreux Fleurisans
soutiennent l'insurrection de 1831
visant à mettre fin à l'Ancien Régime et à faire de Neuchâtel un
canton suisse à part entière. Mais l'échec des républicains, la
répression de leur mouvement, l'occupation militaire du village
par 1200 royalistes obligent certains
habitants à s'expatrier. Edouard Bovet
s'installe alors à Besançon, poursuivant ainsi en France la
fabrication de la « montre chinoise
». Le 1er mars 1848, la
révolution radicale triomphe. Une Constitution garantie par la
Confédération helvétique confirme l'existence de la République et
Canton de Neuchâtel. Le 3 mars, la communauté de Fleurier adhère
au mouvement républicain. «La Commune (...)
a pris connaissance des événements (...) La joie la plus expansive
s'est aussitôt manifestée dans toute la localité et aux cris mille
fois répétés de: Vive la Suisse! Vive la République! ».
|