Quel est le
moteur du système de cette succession de phase de hausse et
de baisse. Il y a plusieurs théories complémentaires,
chacune privilégiant un facteur.
La
phase A Juglar
Hausse des
prix et de la production : c’est la phase
d’expansion.
Mécanisme:
(supposons
une situation où les facteurs de production ne sont pas
utilisés à 100% = situation chômage).
Facteur
de Production : Ce qui entre dans la
production des biens matériels c’est : le capital,
la main-d’œuvre, les matières
premières. S’il y a un investissement
originel (c’est-à-dire l’achat par un
entrepreneur d’équipements destinés à constituer ou élargir
la capacité de production). Cet investissement originel
entraîne des commandes aux usines de
biens d’équipement (aux fabriques de machines par
exemple). Ces dernières devront utiliser d’avantages
d’ouvriers et de matières premières. Il y aura plus de
salaires (ouvriers) et plus de revenus (vendeurs matières
premières) ; donc un accroissement
du pouvoir d’achat et donc une hausse de la demande.
L’investissement
originel (disons 100'000) ne se retrouve pas entier dans la
demande en biens de consommation, l’épargne en immobilise
une partie (reste 75'000). Comme il y a hausse de la
demande, il y aura nouvelle embauche pour répondre à cette
demande et la demande augmentera à nouveau (il restait
75'000 moins la nouvelle épargne = 50'000). Et ainsi à
l’infini.
Il y aura
donc plusieurs vagues de dépenses pour les biens de
consommation dérivés de l’investissement originel. Mais
ces vagues successives vont toujours
en se réduisant (mais le total accumulé est supérieur
à l’investissement originel). On considère que ces
vagues se succèdent si rapidement qu’on en vient à les
considérées comme simultanées : c’est l’effet
de multiplication.
Deuxième
phase :
Utilisation
de l’outillage = 100% ; si la demande persiste,
l’entrepreneur devra faire un nouvel investissement (= investissement
induit ou dérivé). Il devra anticiper
sur la demande (soit y répondre, soit la dépasser pour répondre
à une demande future).
Effet
des investissements induits :
Création
d’une demande selon le principe de l’effet de
multiplication. En vertu du principe d’accélération, les
investissements induits sont supérieurs à
l’investissement originel (vague de dépense dont le
total sera supérieur aux vagues de l’investissement
originel).
Qu’est-ce
que le principe d’accélération ? = disproportion
entre les ventes annuelles et l’investissement total.
Exemple : si on a une augmentation de 5% des ventes
annuelles, il y aura une augmentation de l’investissement
total (I) de 50%. En effet, il faudra acheter 5% d’équipements
nouveaux ; ces équipements nouveaux +
l’amortissement représente une augmentation de 50% par
rapport aux années où il ne faut compter que
l’amortissement.
Pourquoi
l’investissement induit est-il supérieur à
l’investissement originel ? = Imaginons
une entreprise avec un stock de 200, un taux
d’amortissement de 10% et un investissement originel de
20. S’il y a accroissement de la demande de 5%, il faut un
investissement induit d’au moins 5% de la capacité de
production (donc 10 dans notre exemple), ce qui donne :
Amortissement
(comme chaque année) : 20
Nouveaux
équipements (i. induit) : 10
Donc un
total de 30 qui est supérieur à l’investissement
originel qui était de 20.
Constat :
à chaque palier de plein outillage il y a un nouvel
investissement induit, plus important
que le précédent, qui crée une demande (total
cumulé des vagues de dépense de biens de consommation)
plus importante.
La
consommation ne cesse d’augmenter,
et cela jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de main-d’œuvre.
Il apparaît cependant au fur et à mesure des rigidités
(frictions, difficultés) :
1-
Salaire augmente ;
puisque les entreprises tendent à se disputer les ouvriers.
Le nombre de chômeurs diminue, la demande s’accroît, les
prix grimpent, comme les salaires.
2-
Prix de l’argent ;
le taux d’intérêt augmente
puisque la masse d’argent du système bancaire est de plus
en plus sollicité.
3-
Prix matières premières ;
forte demande donc augmentation des prix.
Hausse des
salaires, hausse des taux d’intérêts, hausse du prix des
matières premières. La hausse des
prix va donc de paire avec la hausse de la production,
ce sont deux traits qui correspondent à une phase A Juglar.
Pourquoi
la phase A Juglar s’interrompt-elle et fait-elle place à
une crise et une phase B Juglar ?
(nous
verrons plus ce qu’est une phase B Juglar)
Deux types
de facteurs :
1-
Endogènes :
appartiennent au mécanisme même du cycle.
2-
Exogènes :
extérieurs au mécanisme du cycle, aléatoires en grande
partie.
Théorie
utilisant 1) : Il y a deux facteurs endogènes
a)
L’anticipation des
entrepreneurs : l’effet de
l’anticipation est souvent un développement excessif de
la capacité de production ; entraîne une baisse du
prix de vente, donc compression des prix de revient et des
coûts de production (baisse de salaire ou licenciement).
Donc, baisse du pouvoir d’achat et de la demande. Peu à
peu, avec la baisse des prix, on arrive à des faillites et
à une baisse de production.
b)
Arrêt de l’investissement
au cours de la phase A Juglar :
L’investissement induit entraîne une hausse successive du
coût des facteurs de production, arrivés à un certain
point, les entrepreneurs refusent de continuer à investir (ça
leur revient trop cher). Donc baisse de la demande aux
entreprises d’équipements qui entraîne une surproduction
dans ce domaine, donc baisse du prix de vente, compressions
qui entraînent des baisses de salaires, donc une
surproduction des biens de consommation.
C’est le
mouvement B Juglar.
Théorie
utilisant 2) : Il y a de multiples facteurs, aléatoires
L’anticipation
n’amène pas toujours un résultat aussi catastrophique,
et il est assez rare que les entrepreneurs arrêtent les
investissements induits.
Le mécanisme de la reprise
Il y a de
nouveaux investissements, mais pourquoi ?
1-
La reprise automatique
2-
La reprise induite
1-
La reprise se fait automatiquement et serait due à deux
facteurs :
-
L’augmentation des
liquidités au sein du système bancaire (pendant
la récession B Juglar, l’argent s’accumule, puisqu’il
n’est pas sollicité pour de nouveaux investissements).
Diminution du taux d’intérêt. Ok, il est vrai que la
diminution du taux d’intérêt facilite les nouveaux
investissements, mais ils ne les provoquent pas nécessairement.
On est en phase B Juglar, c’est une période d’excès de
l’offre sur la demande, les entrepreneurs n’ont donc pas
intérêt à faire de nouveaux investissements ! L’augmentation
des liquidités est peut-être nécessaire à la reprise,
mais elle n’y suffit pas.
-
Chute du prix des facteurs
de production durant la phase B Juglar. Nouveaux
investissements. Objection : c’est
un facteur nécessaire, comme l’augmentation des liquidités,
mais non suffisant pour provoquer la reprise.
En
conclusion : La phase B Juglar
n’induit pas par son mécanisme la reprise. Elle donne
naissance à certains facteurs facilitant la reprise,
c’est tout. Il convient donc de renoncer à la version
de la reprise automatique.
2-
Reprise non-liée au mécanisme de la phase B Juglar, mais
provoqué par des facteurs extérieurs.
-
L’action de l’Etat :
Relance l’économie en faisant des investissements
(Travaux publics, armement).
-
Les découvertes, les
innovations techniques : Il faut comprimer
les salaires en phase B Juglar, un bon moyen d’y parvenir
c’est de découvrir de nouveaux procédés de fabrication.
Les statistiques prouvent d’ailleurs que le nombre de
brevets augmentent en phase B Juglar.
Conclusion :
Le mécanisme faisant s’enchaîner
des phases A et des phase B est en partie automatique et en
partie non automatique. La phase A repose sur le jeu de
l’accélérateur et du multiplicateur ; la phase B
est liée soit à l’anticipation excessive, soit à
l’arrêt des investissements jugés trop onéreux. La
phase B découle de la phase A par une explication plus ou
moins automatique. Mais la reprise, elle, repose sur des
facteurs extérieurs (intervention de l’Etat) ou semi-extérieurs
(innovations techniques).