HISTOIRE ÉCONOMIQUE

Dans cette rubrique nous avons choisi d'étudier brièvement quelques fonctionnements de l'économie afin de mieux comprendre les mécanismes économiques sous-jacents aux événements historiques, nous aurons aussi l'occasion de nous intéresser aux entreprises et entrepreneurs du XVIIIe siècle au début du XXe siècle...

 

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Schéma du mécanisme Juglar de 1800 à 1950

 
 

Quel est le moteur du système de cette succession de phase de hausse et de baisse. Il y a plusieurs théories complémentaires, chacune privilégiant un facteur.

La phase A Juglar 

Hausse des prix et de la production : c’est la phase d’expansion.

Mécanisme:

(supposons une situation où les facteurs de production ne sont pas utilisés à 100% = situation chômage).

Facteur de Production : Ce qui entre dans la production des biens matériels c’est : le capital, la main-d’œuvre, les matières premières. S’il y a un investissement originel (c’est-à-dire l’achat par un entrepreneur d’équipements destinés à constituer ou élargir la capacité de production). Cet investissement originel entraîne des commandes aux usines de biens d’équipement (aux fabriques de machines par exemple). Ces dernières devront utiliser d’avantages d’ouvriers et de matières premières. Il y aura plus de salaires (ouvriers) et plus de revenus (vendeurs matières premières) ; donc un accroissement du pouvoir d’achat et donc une hausse de la demande.

L’investissement originel (disons 100'000) ne se retrouve pas entier dans la demande en biens de consommation, l’épargne en immobilise une partie (reste 75'000). Comme il y a hausse de la demande, il y aura nouvelle embauche pour répondre à cette demande et la demande augmentera à nouveau (il restait 75'000 moins la nouvelle épargne = 50'000). Et ainsi à l’infini.

Il y aura donc plusieurs vagues de dépenses pour les biens de consommation dérivés de l’investissement originel. Mais ces vagues successives vont toujours en se réduisant (mais le total accumulé est supérieur à l’investissement originel). On considère que ces vagues se succèdent si rapidement qu’on en vient à les considérées comme simultanées : c’est l’effet de multiplication.

Deuxième phase :

Utilisation de l’outillage = 100% ; si la demande persiste, l’entrepreneur devra faire un nouvel investissement (= investissement induit ou dérivé). Il devra anticiper sur la demande (soit y répondre, soit la dépasser pour répondre à une demande future).

Effet des investissements induits :

Création d’une demande selon le principe de l’effet de multiplication. En vertu du principe d’accélération, les investissements induits sont supérieurs à l’investissement originel (vague de dépense dont le total sera supérieur aux vagues de l’investissement originel).

Qu’est-ce que le principe d’accélération ? = disproportion entre les ventes annuelles et l’investissement total. Exemple : si on a une augmentation de 5% des ventes annuelles, il y aura une augmentation de l’investissement total (I) de 50%. En effet, il faudra acheter 5% d’équipements nouveaux ; ces équipements nouveaux + l’amortissement représente une augmentation de 50% par rapport aux années où il ne faut compter que l’amortissement.

Pourquoi l’investissement induit est-il supérieur à l’investissement originel ? = Imaginons une entreprise avec un stock de 200, un taux d’amortissement de 10% et un investissement originel de 20. S’il y a accroissement de la demande de 5%, il faut un investissement induit d’au moins 5% de la capacité de production (donc 10 dans notre exemple), ce qui donne :

Amortissement (comme chaque année) : 20

Nouveaux équipements (i. induit) : 10

Donc un total de 30 qui est supérieur à l’investissement originel qui était de 20.

Constat : à chaque palier de plein outillage il y a un nouvel investissement induit, plus important que le précédent, qui crée une demande (total cumulé des vagues de dépense de biens de consommation) plus importante.

La consommation ne cesse d’augmenter, et cela jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de main-d’œuvre. Il apparaît cependant au fur et à mesure des rigidités (frictions, difficultés) :

1-       Salaire augmente ; puisque les entreprises tendent à se disputer les ouvriers. Le nombre de chômeurs diminue, la demande s’accroît, les prix grimpent, comme les salaires.

2-       Prix de l’argent ; le taux d’intérêt augmente puisque la masse d’argent du système bancaire est de plus en plus sollicité.

3-       Prix matières premières ; forte demande donc augmentation des prix.

Hausse des salaires, hausse des taux d’intérêts, hausse du prix des matières premières. La hausse des prix va donc de paire avec la hausse de la production, ce sont deux traits qui correspondent à une phase A Juglar.

Pourquoi la phase A Juglar s’interrompt-elle et fait-elle place à une crise et une phase B Juglar ?

(nous verrons plus ce qu’est une phase B Juglar) 

Deux types de facteurs :

1-       Endogènes : appartiennent au mécanisme même du cycle.

2-       Exogènes : extérieurs au mécanisme du cycle, aléatoires en grande partie.

Théorie utilisant 1) : Il y a deux facteurs endogènes

  a)      L’anticipation des entrepreneurs : l’effet de l’anticipation est souvent un développement excessif de la capacité de production ; entraîne une baisse du prix de vente, donc compression des prix de revient et des coûts de production (baisse de salaire ou licenciement). Donc, baisse du pouvoir d’achat et de la demande. Peu à peu, avec la baisse des prix, on arrive à des faillites et à une baisse de production.

b)      Arrêt de l’investissement au cours de la phase A Juglar : L’investissement induit entraîne une hausse successive du coût des facteurs de production, arrivés à un certain point, les entrepreneurs refusent de continuer à investir (ça leur revient trop cher). Donc baisse de la demande aux entreprises d’équipements qui entraîne une surproduction dans ce domaine, donc baisse du prix de vente, compressions qui entraînent des baisses de salaires, donc une surproduction des biens de consommation.

C’est le mouvement B Juglar.

Théorie utilisant 2) : Il y a de multiples facteurs, aléatoires

L’anticipation n’amène pas toujours un résultat aussi catastrophique, et il est assez rare que les entrepreneurs arrêtent les investissements induits.

Le mécanisme de la reprise

Il y a de nouveaux investissements, mais pourquoi ? 

1-       La reprise automatique

2-       La reprise induite

1- La reprise se fait automatiquement et serait due à deux facteurs :

  -          L’augmentation des liquidités au sein du système bancaire (pendant la récession B Juglar, l’argent s’accumule, puisqu’il n’est pas sollicité pour de nouveaux investissements). Diminution du taux d’intérêt. Ok, il est vrai que la diminution du taux d’intérêt facilite les nouveaux investissements, mais ils ne les provoquent pas nécessairement. On est en phase B Juglar, c’est une période d’excès de l’offre sur la demande, les entrepreneurs n’ont donc pas intérêt à faire de nouveaux investissements ! L’augmentation des liquidités est peut-être nécessaire à la reprise, mais elle n’y suffit pas.

-          Chute du prix des facteurs de production durant la phase B Juglar. Nouveaux investissements. Objection : c’est un facteur nécessaire, comme l’augmentation des liquidités, mais non suffisant pour provoquer la reprise.

 

En conclusion : La phase B Juglar n’induit pas par son mécanisme la reprise. Elle donne naissance à certains facteurs facilitant la reprise, c’est tout. Il convient donc de renoncer à la version de la reprise automatique.

2- Reprise non-liée au mécanisme de la phase B Juglar, mais provoqué par des facteurs extérieurs.

  -          L’action de l’Etat : Relance l’économie en faisant des investissements (Travaux publics, armement).

-          Les découvertes, les innovations techniques : Il faut comprimer les salaires en phase B Juglar, un bon moyen d’y parvenir c’est de découvrir de nouveaux procédés de fabrication. Les statistiques prouvent d’ailleurs que le nombre de brevets augmentent en phase B Juglar.

Conclusion : Le mécanisme faisant s’enchaîner des phases A et des phase B est en partie automatique et en partie non automatique. La phase A repose sur le jeu de l’accélérateur et du multiplicateur ; la phase B est liée soit à l’anticipation excessive, soit à l’arrêt des investissements jugés trop onéreux. La phase B découle de la phase A par une explication plus ou moins automatique. Mais la reprise, elle, repose sur des facteurs extérieurs (intervention de l’Etat) ou semi-extérieurs (innovations techniques).

     

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