Quelle
est la nature de ces mouvements ?
On
peut se demander s’il s’agit de mouvements cycliques
(c’est-à-dire de mouvements d’une certaine période
caractérisée par une succession de hausse et de baisse des
prix qui s’engendre en vertu d’un mécanisme interne ;
ou si cette alternance est plus ou moins lâche, avec des
phases de hausse et de baisse des prix, provoquées par des
facteurs que l’on dit aléatoires (c’est-à-dire des
facteurs externes livrés au caprice du hasard).
S’il
y a un cycle, quel est son mécanisme ?
Les
fluctuations brèves sont définies de deux manières différentes
selon que l’on soit dans une économie d’ancien régime
(non industrielle) ou dans le cadre d’une économie
industrielle.
a)
Les sociétés d’ancien régime (du XVIe au XVIIIe siècle)
Il
y a des phases de hausse et de baisse des prix, mais ces
mouvements sont irréguliers et liés à des facteurs aléatoires
(par exemple les facteurs climatiques). Le mécanisme de
hausse et de baisse des prix se fait en deux phases :
1-
Crise de subsistance :
les prix augmentent car les céréales (exemple) deviennent
rares. Il faut distinguer entre gros exploitants (1%) et les
autres exploitants. Les premiers peuvent tirer de très gros
bénéfices d’une telle crise, les petits exploitants ne
produisent pas assez pour se nourrir eux-mêmes et doivent
acheter des céréales d’une part pour se nourrir et
survivre sur le marché.
2-
La crise qui a débuté dans le monde agricole s’étend au
secteur manufacturier. Les paysans ruinés par la crise ne
peuvent plus acheter de produits manufacturés ; ceci
entraîne la baisse des prix des produits manufacturés et
donc la faillite de beaucoup d’artisan (qui sont obligés
de vendre à un prix inférieur au coût de production).
C’est
ce que l’on appelle l’effet ciseau :
d’un côté une hausse violente des prix agricoles et de
l’autre une baisse tout aussi violente des prix des
produits manufacturés.
Le
prix des produits agricoles est revu à la baisse de par la
mortalité engendrée par la crise (augmentation de la
mortalité et baisse de la natalité) ; cette réduction
de la population rééquilibre l’offre et la demande. Tel
est le schéma classique de la crise d’ancien régime.
b)
Les sociétés industrielles.
Les
fluctuations économiques industrielles (mouvement Juglar)
présentent une allure différente. Distinguons trois périodes
où le mouvement de hausse et baisse des prix sont différents.
1-
De l’affirmation de la révolution industrielle (18-19e)
à la Première Guerre mondiale.
Le
mouvement est étonnement régulier (périodicité et
amplitude). L’amplitude (c’est-à-dire l’écart entre
le sommet et le creux de la courbe) est à peu près
toujours régulière. Tout se passe comme si c’était un
mouvement cyclique au sens le plus étroit du terme. Il y a
une sorte de mécanisme interne : hausse engendrant
baisse, baisse engendrant hausse… Le tout fonctionnant
toujours au même rythme, sans que des facteurs externes
jouent un rôle.
2-
De la Première Guerre mondiale à la Deuxième Guerre
mondiale
La
périodicité reste constante, mais d’un cycle à
l’autre l’amplitude varie. L’écart entre sommet et
creux varie, mais les écarts entre les sommets sont
constants. Cette déformation vient des facteurs externes au
mécanisme. Ce sont par exemple les interventions de l’état,
qui réorganise l’économie au cours de ces années.
3-
De la Deuxième Guerre mondiale à quelques années avant
nos jours
Montée
quasi continuelle des prix. Il y a parfois baisse, mais elle
se produit sans aucune régularité. Les facteurs extérieurs
ont un rôle prépondérant dans cette « absence »
de cycle ; c’est, bien que cela ne soit qu’une
hypothèse, l’intervention des états, des banques
centrales pour éviter les fluctuations des prix.