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Les historiens
ont insisté sur la naissance aux États-Unis et en Allemagne, à
partir de
1880,
d'un
type nouveau de
grandes entreprises
dans certains secteurs, dans lesquels, en 1913, elles seraient
déjà dominantes. Des entreprises similaires, bien que souvent
moins grandes, seraient apparues en Grande-Bretagne et en France
dans la même période, mais n'auraient eu qu'une importance plus
limitée dans l'industrie avant les années 1920-1930. Certaines de
leurs caractéristiques s'observaient déjà vers le milieu du XIXe
siècle dans les
compagnies de chemins
de fer, qui,
sur de nombreux plans, durent trouver des solutions nouvelles
parce que les questions qu'elles avaient à résoudre ne pouvaient
pas toujours l'être dans le cadre des structures antérieures. Il y
a accord entre les auteurs pour affirmer que ces grandes
entreprises modernes - les Anglo-Saxons les nomment plus
explicitement
modern large-scale
business corporations
ou
big business
- étaient différentes par nature des « grandes » entreprises du
XVIIIe et de la première moitié du XIXe siècle, qui néanmoins les
préfiguraient. Ils sont aussi unanimes à penser que ces grandes
entreprises modernes, nées avant 1914 ou durant les années
1920-1930, présentaient déjà les principales caractéristiques des
grandes entreprises de la seconde moitié du XXe siècle, et que
malgré des évolutions récentes de détail, leur nature profonde est
restée inchangée.
L'expression « grande
entreprise moderne » évoque l'idée de grande taille. On remarque
que les plus grandes entreprises industrielles des années 1850 ou
1860, comme, dans la sidérurgie les forges de
Cyfarthfa
au Pays de Galles ou les établissements du
Creusot,
qui paraissaient alors des géants, avaient au plus 5 000 ouvriers,
alors que l'United Steel Corporation allait employer 250
000 personnes en 1929. La disproportion de taille pourrait sembler
telle qu'elle conforterait l'idée d'une
différence de nature.
En outre, dans un cas le phénomène de la grande entreprise était
exceptionnel
dans un secteur où existaient encore de petites entreprises; dans
l'autre, il était devenu beaucoup plus
fréquent.
D'autres indicateurs de taille, comme la valeur des actifs ou la
capitalisation boursière, pourraient être préférés, mais ils ne
modifieraient que peu la perception. Ces mesures de la taille des
entreprises sont très utiles dans la comparaison entre les pays et
les secteurs afin de déterminer l'importance relative de la grande
entreprise. Elles permettent également de faire une périodisation
du développement de la grande entreprise en tant que
processus de
changement des structures productives.
Mais elles ne peuvent fournir un critère de définition de la
grande entreprise moderne, car il serait arbitraire de fixer un
seuil minimal. Les auteurs se réfèrent tous, implicitement ou
explicitement, à d'autres
critères qualitatifs qui sont d'ordre structurel,
et qui font que, selon eux, ces entreprises se mirent à
fonctionner différemment et modifièrent le fonctionnement de
l'économie dans laquelle elles étaient insérées.
A la recherche de critères de
définitions
Pouvoir sur le marché et
concentration
La première perception des grandes
entreprises fut celle de ses
adversaires, inquiets, dès le milieu
du XIXe siècle, devant ce qui leur
paraissait un gigantisme malsain
dont l'objectif était de monopoliser
le marché, d'imposer des prix élevés
et de constituer une puissance
contre laquelle ne pouvaient lutter
ni les petits entrepreneurs ni même
l'État. Cette
méfiance,
qui commença par s'exercer à l'égard
des compagnies de chemins de fer,
était également partagée par les
classes moyennes, le patronat
traditionnel et les socialistes,
puis par les économistes
d'inspiration marxiste. Cette
approche se développa au XXe siècle
dans trois directions: celle de
l'impérialisme,
celle des
libéraux de l'école de Cambridge
et celle des
sociologues
qui par l'étude des groupes
industriels et financiers, cherchent
à décrire les circuits du pouvoir
économique.
Lénine,
qui s'inspirait des travaux de
l'économiste autrichien Rudolf
Hilferding, avançait l'idée que le
capitalisme, à partir de la fin du
XIXe siècle, était entré dans son
dernier stade de développement, qui
comportait l'établissement de liens
d'exploitation entre les pays
industriels et le reste du monde,
mais qu'à cette évolution externe
correspondait une évolution interne
des structures de la production
caractérisée par une concentration
au profit de «
groupes monopolistes
», par une mainmise sur les produits
fondamentaux comme la houille, le
fer et l'acier, par une symbiose
entre banques et entreprises
industrielles, sous le nom de «
capital financier
». Ses continuateurs mirent l'accent
sur les liens entre les très grandes
entreprises et l'État, qu'ils
considéraient comme le représentant
de leurs intérêts, afin de définir
une ultime phase de développement,
le capitalisme monopoliste d'État.
Dans les années 1930, E.H.
Chamberlin
(1933) et J.
Robinson
(1933) cherchèrent à adapter la
théorie de la libre concurrence à
une réalité qui lui était de plus en
plus étrangère, en construisant une
théorie de la concurrence imparfaite
ou oligopolistique. Mais, à la
différence de P.
Sraffa
qui, dans un important article de
1926, exposait que la situation de
référence pour analyser la formation
des prix devait être le monopole et
non la concurrence parfaite, les
recherches de l'école de Cambridge
partaient toujours d'une référence à
cette dernière, impliquant que la
grande entreprise oligopolistique
visait à manipuler les mécanismes du
marché. Enfin, dans les années 1950,
des travaux descriptifs, comme ceux
menés par Jean
Meynaud
(195 8) ou sous son impulsion,
s'efforcèrent de décrire les liens
de pouvoir dans les entreprises par
l'analyse des principaux
actionnaires et entre les
entreprises par celle des
participations qui constituent le
phénomène de concentration
financière.
Tous ces travaux, méfiants envers la
grande entreprise moderne, la
définissent, quant à
sa nouveauté par rapport au
fonctionnement antérieur de
l'économie, en terme de pouvoir sur
le marché.
Ils soulèvent deux questions
historiques :
la constitution des grandes
entreprises par croissance interne
ou par concentration, eut-elle pour
objectif d'acquérir une position
dominante sur le marché et eut-elle
effectivement pour résultat de
rendre le marché de tel ou tel
produit oligopolistique ?
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Ce pouvoir des grandes entreprises a
pu historiquement être acquis par
des organisations diverses, allant
de la simple entente entre des
entreprises indépendantes à
l'absorption d'entreprises
concurrentes au terme d'une guerre
commerciale ou à la fusion
volontaire entre entreprises
désireuses d'accéder à une taille
qui permette de jouer un rôle plus
actif sur le marché. L'entente
ou le
cartel
(voir ci-contre) furent parfois des
formes intermédiaires qui
conduisirent à la fondation de
grandes entreprises modernes. La
taille d'accès à une structure
oligopolistique pouvait être
atteinte par la simple juxtaposition
d'établissements différents,
contrôlés par un même pouvoir de
décision, sans que la concentration
financière impliquât la
concentration physique. On a insisté
sur le fait que les grandes
entreprises modernes contrôlent le
plus souvent de nombreux
établissements, alors que les
grandes entreprises antérieures ne
comprenaient que un ou que quelques
établissements distincts. La mesure
du
degré de concentration
dans un secteur économique n'est
cependant qu'un
critère indirect
de définition de la grande
entreprise moderne. Cette approche
n'est significative que s'il existe de grands marchés intégrés
nationaux et internationaux. Mais l'influence qu'une
entreprise a sur son marché dépend également des objectifs
qu'elle cherche à réaliser. |
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Entente |
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Forme de
concentration lâche, qui peut être
une simple entente tacite entre
entreprises pour ne pas se faire
concurrence par les prix, ou pour se
répartir la clientèle. Elle peut
être structurée plus formellement
par un cartel. |
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Cartel |
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Entente entre
entreprises dans
laquelle chaque
entreprise garde
son individualité.
Le cartel cherche
à éviter la
concurrence au
niveau de la vente
des produits.
Cette dernière se
réalise soit au
travers d'un
bureau de vente
commun, soit par
un accord précis
de partage du
marché. Comme la
répartition des
marchés ne
s'effectue plus
par la
concurrence, les
ventes sont
réparties entre
les membres du
cartels en
fonction de quotas
de production
préétablis, qui
tendent à
pérenniser les
rapports de force
entre les
entreprises et
donc à consacrer
la domination des
plus grosses.
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Une production de
masse pour une consommation de masse
Poursuivant le
raisonnement d'Adam
Smith,
qui faisait dépendre l'échelle de la production de la taille
du marché, certains auteurs définissent la grande entreprise
moderne comme une
réponse à une
évolution du marché vers la consommation de masse.
L'extension du marché de nombreux produits aurait fortement
progressé à la fin du XIXe siècle, comme résultat à la fois
d'une
hausse des pouvoirs d'achat moyens
et d'une
baisse des coûts de transports.
L'extension du marché fut donc aussi la conséquence d'une
baisse des coûts de transports à l'intérieur des pays,
favorisant l'homogénéisation
du marché national,
et la constitution d'un marché international. La baisse des
frets maritimes dans les années centrales du XIXe siècle
étendit le nombre de produits qui pouvaient faire l'objet
d'une concurrence entre les marchés européens, américains et
asiatiques. L'internationalisation des marchés serait un des
facteurs favorables à la naissance des grandes entreprises
modernes. Un critère de définition pourrait donc être la
proportion du chiffre d'affaires fait avec l'étranger et le
nombre de pays étrangers concernés. L'aboutissement de ce
modèle de développement de la grande entreprise serait l'entreprise
multinationale
qui aurait fait choix de produire dans chaque pays, afin de
mieux s'implanter dans chaque marché national.
La hausse de l'optimum technique
Une autre approche
a consisté à analyser la grande entreprise moderne comme un
progrès économique qui résulte, au travers de l'exploitation
de processus d'économies d'échelle, d'une
adaptation de
la taille de l'unité de production aux évolutions des
techniques
ou de la
gestion des facteurs de production.
Elle continue ainsi une évolution qui avait déjà fait
disparaître les formes décentralisées du travail au profit de
l'entreprise industrielle qui s'identifiait au XIXe siècle à
l'usine. Avec le développement de techniques qui comportaient
une plus forte proportion de capitaux fixes immobilisés, qu'il
fallait répartir sur une production plus large, et avec une
division du travail accrue, la taille optimale de
l'entreprise, qui définit l'optimum technique, se serait
élevée. La recherche d'une division du travail accrue a aussi
suscité, dès la fin du XIXe siècle, une préoccupation
d'organisation scientifique du travail qui est une
caractéristique des grandes entreprises, comme chez les
constructeurs automobiles du XXe siècle.
Recherche-développement et accès au marché financier
Des raisonnements
similaires peuvent s'appliquer à d'autres champs. La recherche
des gains de productivité a incité à organiser la « production
» du progrès technique en investissant dans une
recherche menée directement au sein des entreprises,
comme ce fut le cas, dès les années 1880, dans les
laboratoires des entreprises allemandes de chimie et
d'électricité. Mais ces dépenses d'un type nouveau, appelées
plus tard dépenses de «
recherche-développement
», constituèrent vite un coût fixe très lourd qui n'était
supportable que sur une production à très grande échelle. Les
économistes ont proposé la notion d'optimum
de puissance
pour évoquer l'idée qu'un groupe doit avoir une taille
minimale afin de pouvoir profiter de toutes les occasions de
croissance et de profit en dehors de son secteur d'origine.
Ils cherchent ainsi à rendre compte de formes récentes de
développement des groupes industriels que sont les «
conglomérats ».
Des organisations
complexes
Une entreprise est
en effet une organisation dont la
complexité
a augmenté, durant le XIXe siècle, avec la taille.
Le développement des activités en matière de
commercialisation, de financement, de techniques de
production, de recrutement et de gestion du personnel, de
recherche-développement aurait encouragé un processus de
division de ces tâches administratives, qui aurait non
seulement été permis par la grande taille mais qui aurait
aussi constitué un encouragement à atteindre une grande
taille. Seule une très grande entreprise pouvait répartir sur
sa production les coûts fixes que représentaient des équipes
de spécialistes de la vente, d'ingénieurs, de financiers. Les
historiens des entreprises ont été particulièrement sensibles
à la
multiplication de ces tâches administratives
dans les grandes entreprises modernes, qui ont conduit ces
dernières à adopter des structures hiérarchisées reposant sur
une division du travail entre différents départements, selon
les fonctions, selon les produits ou selon les marchés. Elle a
eu pour conséquence la croissance dans les entreprises d'un
personnel de
cadres
supérieurs ou moyens
qui se sont interposés entre la direction et les ouvriers. Au
milieu du XIXe siècle, même dans les entreprises importantes,
l'encadrement était limité. Autour du chef d'entreprise,
quelques « cadres », souvent des associés ou des membres de la
famille, s'occupaient plus particulièrement soit des problèmes
techniques soit de la vente, en coordonnant la correspondance
et le travail des voyageurs de commerce, soit des relations
avec l'administration voire les responsables politiques ; en
cas de multiplicité des établissements, des directeurs
salariés étaient employés, mais souvent encore leurs liens
avec le chef d'entreprise étaient renforcés par l'association
ou l'alliance familiale; enfin, le contrôle des ouvriers était
assuré par des contremaîtres et des chefs d'ateliers, en
général issus du rang. Cette organisation simple, qui
s'appuyait sur l'association et les liens de parenté, resta
longtemps efficace. Les organisations beaucoup plus complexes
n'apparurent qu'avec les compagnies de chemins de fer.
Des entreprises «
managériales »
Précocement
l'attention fut attirée par la fréquence croissante de la
dissociation entre la
propriété
de l'entreprise et sa
direction.
Du fait de la dilution de la propriété du capital social entre
un très grand nombre d'actionnaires, le pouvoir dans les
conseils d'administration aurait incombé à des coalitions de
représentants des principaux d'entre eux; le développement
d'un groupe de dirigeants salariés en aurait, dès la fin du
XIXe siècle, été favorisé. La hausse du niveau des compétences
techniques, administratives et financières requises de ces
dirigeants aurait conduit à
écarter du pouvoir
les descendants des dynasties industrielles familiales
au profit d'une
méritocratie
: l'intérêt supérieur de l'entreprise aurait incité à faire
choisir comme dirigeant la personne la plus capable d'exercer
cette fonction.
Des entreprises
aux positions inexpugnables
Enfin a été
évoquée l'idée que la grande entreprise moderne a visé à
ériger autour d'elle des
barrières à
l'entrée de nouveaux concurrents dans son secteur,
ou a eu ce même résultat comme conséquence. Les grandes
entreprises modernes seraient tellement protégées contre ceux
qui voudraient entrer dans leur secteur que leurs risques de
disparaître deviendraient très faibles. La liste des
principales entreprises dans chaque secteur ne pourrait plus
connaître que de faibles modifications, ce qui est vérifié
dans les principaux pays industriels au cours du XXe siècle.
Une forme souvent
incomplète
Des nombreuses analyses des économistes et des historiens se
dégage une imposante liste de critères de définition de la «
grande entreprise moderne » :
une entreprise de
très grande taille, qui détient une part importante du marché
d'un produit, qui jouit d'un oligopole, regroupe de nombreux
établissements, met en oeuvre des méthodes de production
spécifiques de la grande taille (techniques, production en
série, travail à la chaîne), utilise des circuits de
financement inaccessibles aux petites et moyennes entreprises,
comme le recours systématique au financement externe par le
marché financier, qui vend sur un marché régionalement ou
internationalement très vaste des produits de grande
consommation, dispose de réseaux commerciaux ramifiés, est
organisée selon un organigramme structuré avec une hiérarchie
de cadres, est managériale et opère enfin dans un secteur qui
est fermé par des barrières à l'entrée.
De nombreux exemples peuvent être apportés d'entreprises qui,
dès les années 1920 et bien plus encore dans les années
1950-1960, satisfaisaient à toutes ces conditions. Il arrive
cependant qu'une caractéristique importante fasse défaut.
Des grandes entreprises familiales au XXe siècle
Cette forme
caractéristique du tissu industriel moyen du XIXe siècle a pu
être critiquée comme un facteur d'archaïsme, dont la
résistance aurait handicapé la croissance britannique dès la
fin du XIXe siècle et retardé la croissance française, alors
que l'évolution vers un capitalisme managérial contribuerait à
expliquer pourquoi les États-Unis et l'Allemagne prirent alors
les deux premières places dans la hiérarchie des niveaux de
développement économique. Elle reste pourtant
bien vivante à la
fin du XXe siècle,
dominante dans les petites et moyennes entreprises, présente
aussi dans les grandes. Elle a su se plier aux changements de
structure des entreprises et à la constitution de grandes
entreprises à l'organisation complexe et à celle de groupes
industriels ou financiers.
Aucune preuve ne
peut être apportée que parmi ces derniers, ceux dont le
contrôle est familial sont moins performants ou moins
innovateurs que les autres.
Cette persistance n'est pas une singularité française, même si
elle est sans doute plus accentuée qu'ailleurs.
L'intégration, un
critère ambigu
La forte
intégration
verticale
est également une caractéristique qui ne se retrouve pas
toujours dans les grandes entreprises modernes. Cette forme
d'intégration se révéla donc plutôt un signe d'archaïsme; elle
tendit à être abandonnée, dès que les situations de pénurie se
résorbèrent et que la fluidité du marché s'accrut, ce qui
tendrait à signifier que la coordination de ces trois
activités par une même organisation se révélait moins efficace
qu'une bonne coordination par le marché. L'intégration
verticale fut un type d'adaptation de l'entreprise à des
environnements historiquement différents. Elle ne parait donc
pas caractéristique de la « grande entreprise moderne ».
Des entreprises
anciennes managériales
A l'inverse,
certaines entreprises industrielles antérieures aux années
1880 présentaient certains traits annonciateurs des grandes
entreprises du XXe siècle, sans les posséder tous. La
direction pouvait y être collégiale. Les administrateurs
n'étaient pas obligatoirement recrutés parmi les plus gros
actionnaires. L'industrie américaine fit, dès ses origines,
une place importante à la gestion managériale. Ces entreprises
étaient toutes gérées plus ou moins de la même manière pour ce
qui concerne les entreprises textiles de Rhode island: Le
pouvoir effectif était assuré par le
trésorier,
choisi par le Conseil d'administration, qui était lui-même
actionnaire et résidait en ville; il ne consacrait néanmoins,
parmi d'autres occupations, qu'une partie de son temps à cette
fonction. La direction de l'usine, qui employait une
main-d'oeuvre féminine venue des campagnes, était assurée par
un
directeur
salarié, un
technicien
considéré par les propriétaires de l'entreprise comme un chef
de fabrique, un simple exécutant. Comme tel, ce dernier devait
rendre compte avec précision des dépenses et de l'utilisation
des matières premières. Il n'était pas responsable des achats
de coton, qui étaient souvent effectués par le trésorier. La
vente des tissus était confiée à des
agents commerciaux
qui avaient mis en place des réseaux de commercialisation à
l'échelle du pays. Alors que, par leur organisation, ces
entreprises textiles américaines peuvent apparaître comme des
précurseurs des grandes entreprises modernes, elles donnent
surtout l'impression d'un
émiettement
des fonctions de direction
du fait de l'absence de gestion centralisée. Elles étaient en
quelque sorte des entreprises sans entrepreneurs, possédées
par des actionnaires préoccupés seulement de leurs dividendes,
des entreprises industrielles gérées avec des mentalités
pré-industrielles. |