Du point de vue des emprunteurs :
Les emprunteurs sont ceux qui sollicitent des capitaux.
Distinguons :
- Le
crédit public : C’est l’ensemble des
opérations par lesquelles les agents économiques publics
(Etat et ses services) se font prêter de l’argent. Il y a
deux modalités :
1-
L’emprunt d’Etat :
Forme de crédit à long terme
(10-50 ans) au profit de l’Etat. L’Etat émet un emprunt
dont le montant est remboursable à long terme, ce montant
est fractionné en part, les titres de rentes. Ces parts
sont achetées par des banques mais surtout par des épargnants,
ceux-ci avancent à l’Etat une somme, équivalente à
celle du titre de rente, et reçoivent en échange le titre
de rente et perçoivent annuellement un intérêt fixe. La
totalité des emprunts émis par l’Etat à un moment donné
constitue la dette consolidée
de l’Etat. Notons que les titres de rentes sont aussi négociables
en bourse.
2-
Les bons du trésor
(en Suisse = les rescriptions) : forme de crédit à court
terme (3 mois) à l’Etat. L’Etat émet des bons
(certificats), au bout d’environ 3 mois l’Etat doit
rembourser, avec les intérêts. La totalité des bons
circulants à un moment donné constitue la dette
flottante de l’Etat.
Mais comment
l’Etat fait-il pour obtenir des emprunts ? Il y a
deux modalités :
1-
Directement par ses propres services (la poste…)
2-
Par l’intermédiaire du système bancaire (surtout
pour le long terme). Danger = Etat dépendant du système
bancaire et donc possibilités de pressions.
- Le
crédit privé : L’ensemble des opérations
par lesquelles des agents économiques privés se font prêter
de l’argent. Là aussi il y a deux grandes modalités :
1-
Crédit privé à long terme :
-
Les avances à long
terme : Assez rare de nos jours (opération
risquée pour les banques). Système utilisé pendant la révolution
industrielle par des pays comme la France ou l’Angleterre
(pour le crédit hypothécaire).
-
L’emprunt obligatoire :
l’entreprise émet des obligations qui sont achetés par
les banques mais surtout par les petits épargnants. Montant
remboursable de 10 à 50 ans. Bien sûr, les obligations
sont négociables en bourse.
2-
Crédit privé à court
terme :
-
L’escompte :
Prêt sollicité par un agent économique privé (physique
ou moral) auprès d’une banque sur la base d’une
reconnaissance de dette. L’acheteur s’engage à payer
telle somme à telle date au vendeur. Une telle
reconnaissance de dette constitue un effet de commerce, ou
traite commerciale. Un vendeur ayant un soudain besoin de
cash avant l’échéance de la dette peut demander à une
banque une avance = la banque retient une partie de la somme
et c’est désormais elle qui est le créancier. L’intérêt
que garde la banque c’est l’escompte.
De nos jours beaucoup moins utilisé (reste pour les grosses
transactions). Différente forme de l’effet de commerce :
Privé = la lettre de change
(invitation à payer adressé par le créancier, utilisé
surtout au Moyen Age) ; le billet à ordre (promesse du
débiteur de payer à telle date).
Public = bons du trésor
(souscription d’un bon par l’épargnant, peut se tourner
vers une banque s’il a besoin de liquidité avant l’échéance).
-
Les avances :
Crédit des banques contre un gage (titres = crédit
lombard, marchandises = avances
sur nantissement). Si a
échéance la somme n’est pas perçue, la banque peut
faire ce qu’elle veut du gage. Courant dans la seconde
moitié du XIXe.
-
Les découverts en
compte courant : retirer plus sur son compte
que ce qui est disponible = compte courant débiteur.
-
Les crédits
par acceptation : la banque ne donne pas
d’argent mais appose sa signature sur un effet de commerce
dont son client est débiteur. Elle remplace le débiteur.
Le créancier a la garantie d’être payé.
-
Les reports en bourse :
prêt d’un particulier auprès d’une banque pour spéculer
en bourse. Les titres achetés par le particulier sont mis
en dépôt à la banque jusqu’à ce qu’ils aient atteint
le montant voulu, ils sont vendus et la banque est remboursée.
Risqué pour la banque, donc taux d’intérêt de 15 à 20%
sur les actions en dépôts. Courant au XIXe et première
moitié XXe.
Quelle est
l’utilisation de ces divers crédits ?
-Crédit
public :
1-
Emprunts d’Etat :
Sollicités pour couvrir les déficits budgétaires. De nos
jours l’Etat émet des emprunts année après année car
il y a toujours des déficits budgétaires.
2-
Bons du trésor :
Sollicités en vue de palier les différences momentanées
et provisoires de trésorerie. Trésorerie = équilibre dans
le cadre de l’exécution d’un budget qui a été voté,
entre l’arrivée des recettes et l’engagement des dépenses.
Souvent les dépenses précèdent les entrées, c’est ce
que la dette flottante (bons du trésor) est censée régler.
En France, mais pas en Suisse, la dette flottante est aussi
parfois utilisée pour couvrir les déficits budgétaires,
en plus des emprunts d’Etat.
-Crédit
privé :
1-
L’emprunt obligataire :
Destiné à financer les investissements d’une entreprise
(élargissement de la capacité de production).
2-
A court terme :
Destiné à financer la gestion courante (= assurer l’équilibre
à court terme e la trésorerie d’une entreprise).
Quelques fois utilisé pour financer les investissements,
mais c’est dangereux car le nouvel équipement est censé
dégager des bénéfices à court terme (3 mois) pour
couvrir le remboursement. Si impossible alors il y a
faillite ou revente de l’équipement. Ou emprunt à une
autre banque pour rembourser le premier crédit.
Qui sont les prêteurs ?
a)
Les banques
b)
Les épargnants, mais au travers du système bancaire
dans lequel leur épargne est déposée.
a) Qu’est-ce
qu’une banque ? Une institution financière
qui concentre des moyens de paiement et les redistribue sous
forme de crédit à l’économie.
De quel type de
ressources dispose une banque ?
-
Toute banque est une entreprise qui se
constitue sous la forme d’une SA ou d’une société de
personne, elle a donc un capital
(capital-apports ou capital-actions).
-
Elle a une réserve,
accumulée au fil des années (une sorte de trésor de
guerre).
Ce sont les ressources
propres de la banque, elle l’utilise comme elle
le veut, le temps qu’elle le veut.
A côté il y a l’ensemble des
ressources empruntées de la banques : les dépôts des
épargnants. Elle ne peut en disposer comme elle veut, ni le
temps qu’elle veut. Il y a trois forme de dépôt :
-
à vue : que
l’on peut retirer quand on veut.
-
à échéance :
c’est évident…
-
compte courant créditeur :
sans découvert sur leur solde.
Les
opérations ordinaires : opérations qui
se caractérisent par leur court terme et par le risque
faible qu’elles font courir à la banque. Le taux d’intérêts
est assez faible.
1-
L’escompte : l’ensemble des traites qui ne
sont pas encore arrivées à échéance constitue le
portefeuille commercial de la banque.
2-
Comptes courants débiteurs : le solde est négatif.
3-
Les titres.
Les
opérations extraordinaires : opérations
qui voient les banques intervenir directement dans la
croissance économique et jouer un rôle dans la politique.
Opération de long terme, donc d’un risque élevé. Il y a
deux grandes catégories d’opérations externes :
4-
La constitution de firmes :
-
La prise de
participations : aide à la constitution de
l’entreprise par achat d’un certain nombre d’actions.
-
La prise ferme :
rôle d’intermédiaire entre l’entreprise qui émet les
actions et les épargnants (la banque achète les actions
pour les revendre aux épargnants).
5-
La participation à l’émission
d’emprunt d’Etat : intermédiaire entre
l’Etat et l’épargnant. Normalement le rôle d’intermédiaire
doit être de courte durée, mais il existe le risque que la
banque n’arrive pas à écouler les titres de rente ;
la situation tourne alors au long terme (immobilisation).
Les
diverses catégories de banques
1-
Les banques de dépôts
(joint-stocks banks) : les
ressources sont constituées essentiellement par des dépôts.
Les ressources sont utilisées à court terme. Emplois et
ressources étant à court terme, même si tous les épargnants
viennent retirer leur argent la banque ne sera pas submergée.
Exemple : Crédit Lyonnais.
2-
Les banques d’affaires :
les ressources sont constituées très largement par le
capital (moins les actions) et les réserves. Ces banques
peuvent s’aventurer dans des emplois à long terme car
elles ont des ressources à long terme dont elles ne sont
pas redevables. Il n’y a aucun déséquilibre car la
banque utilise à long terme de l’argent qu’elle n’a
pas besoin de restituer. Banques aidant à la création de
sociétés et qui participe à l’émission d’emprunts
d’Etats étrangers. Exemple : Paribas
3-
Les banques mixtes ou universelles :
banques disposant d’énormes ressources propres et d’énormes
dépôts. Coexistence des emplois à long terme et des
emplois à court terme. Normalement il devrait y avoir
modulation des emplois sur les ressources (= autant
d’emplois à long terme que de ressources à long terme,
idem pour le court terme). Mais cet équilibre n’est pas
toujours respecté. Souvent ces banques immobilisent dans du
long terme des ressources consenties à court terme (dépôts).
Pourquoi ? Car les rendements des longs termes sont
meilleurs.
Voyons le détails des emplois à long
terme :
4-
La constitution de firmes :
ensemble des opérations par lesquelles une entreprise se
procure soit ses capitaux de départ, soit ses capitaux de développement.
La banque participe de deux manières :
- prise de participation =
souscription actions émises par l’entreprise, la banque
devient donc actionnaire.
- prise ferme = la banque
achète toute ou partie des actions et les revend immédiatement
aux épargnants. Rôle de courtier. La banque obtient les
actions à un prix de faveur et les revend à un prix supérieur
= le bénéfice d’émission. Si l’entreprise est en
difficulté et a besoin de capitaux la banque aura des
actions moins chères et pourra les revendre avec une bonne
marge de bénéfice.
5-
Participation des banques
aux emprunts d’Etat. Le principe de prise ferme
est appliqué. Les sommes étant considérables, les banques
s’unissent en consortium (= syndicat bancaire ). Le
syndicat bancaire a à sa tête une banque tête de file,
chargée des négociations : Il y a deux « étages »
dans les syndicats :
- le syndicat de prise ferme ou de
garantie = composé de banques d’affaires qui
prennent un emprunt ferme. Achat de l’emprunt et revente
au syndicat de placement. Elles disposent surtout de
ressources empruntées (dépôts à vue) ou à court terme
(dépôts à échéance). Elles ne peuvent donc se permettre
de faire une avance à l’Etat car il y a le risque
d’immobilisation à long terme et donc un déséquilibre
et un risque de faillite.
- le syndicat de placement =
ce sont des banques de dépôts qui achètent les titres de
rente au syndicat de prise ferme et les revendent au public.
C’est le placement ou classement des titres. Elles peuvent
prendre le risque d’une immobilisation car elles
travaillent essentiellement avec leurs ressources propres.
Pourquoi cette
structure à deux étages ? Elle correspond à
la nature des deux types de banques qu’il existe. Les
banques de dépôts disposent de très nombreuses filiales
et de très nombreux guichets (donc une grande clientèle) ;
les banques d’affaire auraient beaucoup plus de mal à
revendre les actions, car elles n’ont pas de succursales,
de guichets, mais seulement un siège social dans la
capitale du pays.
Dans les pays où existent des banques
mixtes, il n’y a pas deux étages, elles font tout.
Bénéfices
et risques
Syndicat
de prise ferme :
- Bénéfice = différence entre le Prix d’Achat
(PA) à l’Etat et le Prix de Vente (PV) au second étage.
Risque = forte immobilisation de l’énorme avance à
l’Etat.
Syndicat
de placement :
- Bénéfice = différence entre PA et PV aux épargnants,
petit bénéfice car risque faible.
Epargnants :
- Bénéfice = 1- taux d’intérêt sur le titre de
rente. Mais l’inflation risque de tout gâcher.
2- différence entre le PA et le remboursement à échéance
qui se fait au nominal. Mais souvent le bénéfice est complètement
rongé par l’inflation.
- Risque = c’est l’épargnant qui absorbe en
dernier lieu l’emprunt, il est donc le créancier ultime.
Si disparition de l’Etat (URSS) = perte totale.
Il
y a deux grands systèmes bancaires antagonistes :
-
système bancaire spécialisé
(GB, FR).
Coexistence
de banques de dépôts et de banques d’affaires,
l’une
et l’autre étant spécialisée dans des ressources et des
emplois
spécifiques, il y a une complémentarité.
- système
bancaire mixte (All, Aut, Russie…). Universalité
de la banque mixte.
En Suisse,
on a en principe un système mixte car les banques ont été
crée dans le sillage des grandes banques allemandes, mais
en réalité c’est un système spécialisé. Les grandes
banques suisses sont des banques de dépôts, il n’y a
quasiment pas de banques d’affaires. Pourquoi cette
différence de système ? Cela est du à
l’entrée dans l’industrialisation. Si cette entrée est
tardive le système est mixte, si elle était précoce le
système est spécialisé.
Avantages et
inconvénients des deux systèmes
Système spécialisé :
- Avantages = Meilleure connaissance des opérations
qu’elles pratiquent. La spécialisation vient du fait de
l’équilibre des ressources (ressources court terme/emploi
court terme, idem pour le long terme). C’est un gage de
gestion prudente.
- Inconvénients = Etroitesse de l’aide fournie par
le système spécialisé à l’investissement industriel.
L’investissement industriel suppose des intervention à
long terme des banques, or il n’y a que les banques
d’affaires qui se lancent dans le long terme, et elles
sont peu nombreuses. De plus, elles ne peuvent pas mettre à
disposition des sommes importantes (seulement leurs
ressources propres). Ce système est donc sûr et rassurant
(jamais de faillite), mais il est un obstacle à la
croissance économique).
Système mixte :
- Inconvénients = Le long terme étant plus rémunérateur,
les banques utilisent les ressources à court terme dans le
long terme. Il y a donc risque de déséquilibre et de
cession de paiement en cas de retrait massif des déposants,
donc faillite. C’est un système fragile et instable
(Allemagne : 1873, 1931 système bancaire s’écroule).
- Avantages = Favorable à l’investissement
industriel. Permet d’affecter à l’investissement
industriel sous forme de prise ferme et de prise de
participation tous les capitaux disponibles dans le système.
Ces deux systèmes bancaires ont des
vertus et des vices exactement inverses.