HISTOIRE ÉCONOMIQUE

Dans cette rubrique nous avons choisi d'étudier brièvement quelques fonctionnements de l'économie afin de mieux comprendre les mécanismes économiques sous-jacents aux événements historiques, nous aurons aussi l'occasion de nous intéresser aux entreprises et entrepreneurs du XVIIIe siècle au début du XXe siècle...

 

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Le système du crédit

 
 

Du point de vue des emprunteurs : Les emprunteurs sont ceux qui sollicitent des capitaux. Distinguons :    

- Le crédit public : C’est l’ensemble des opérations par lesquelles les agents économiques publics (Etat et ses services) se font prêter de l’argent. Il y a deux modalités :

1-       L’emprunt d’Etat : Forme de crédit à long terme (10-50 ans) au profit de l’Etat. L’Etat émet un emprunt dont le montant est remboursable à long terme, ce montant est fractionné en part, les titres de rentes. Ces parts sont achetées par des banques mais surtout par des épargnants, ceux-ci avancent à l’Etat une somme, équivalente à celle du titre de rente, et reçoivent en échange le titre de rente et perçoivent annuellement un intérêt fixe. La totalité des emprunts émis par l’Etat à un moment donné constitue la dette consolidée de l’Etat. Notons que les titres de rentes sont aussi négociables en bourse.

2-       Les bons du trésor (en Suisse = les rescriptions) : forme de crédit à court terme (3 mois) à l’Etat. L’Etat émet des bons (certificats), au bout d’environ 3 mois l’Etat doit rembourser, avec les intérêts. La totalité des bons circulants à un moment donné constitue la dette flottante de l’Etat.

Mais comment l’Etat fait-il pour obtenir des emprunts ? Il y a deux modalités :

1-       Directement par ses propres services (la poste…)

2-       Par l’intermédiaire du système bancaire (surtout pour le long terme). Danger = Etat dépendant du système bancaire et donc possibilités de pressions.

- Le crédit privé : L’ensemble des opérations par lesquelles des agents économiques privés se font prêter de l’argent. Là aussi il y a deux grandes modalités :

1-       Crédit privé à long terme :

-          Les avances à long terme : Assez rare de nos jours (opération risquée pour les banques). Système utilisé pendant la révolution industrielle par des pays comme la France ou l’Angleterre (pour le crédit hypothécaire).

-          L’emprunt obligatoire : l’entreprise émet des obligations qui sont achetés par les banques mais surtout par les petits épargnants. Montant remboursable de 10 à 50 ans. Bien sûr, les obligations sont négociables en bourse.

2-       Crédit privé à court terme :

-          L’escompte : Prêt sollicité par un agent économique privé (physique ou moral) auprès d’une banque sur la base d’une reconnaissance de dette. L’acheteur s’engage à payer telle somme à telle date au vendeur. Une telle reconnaissance de dette constitue un effet de commerce, ou traite commerciale. Un vendeur ayant un soudain besoin de cash avant l’échéance de la dette peut demander à une banque une avance = la banque retient une partie de la somme et c’est désormais elle qui est le créancier. L’intérêt que garde la banque c’est l’escompte. De nos jours beaucoup moins utilisé (reste pour les grosses transactions). Différente forme de l’effet de commerce :            Privé = la lettre de change (invitation à payer adressé par le créancier, utilisé surtout au Moyen Age) ; le billet à ordre (promesse du débiteur de payer à telle date).               Public = bons du trésor (souscription d’un bon par l’épargnant, peut se tourner vers une banque s’il a besoin de liquidité avant l’échéance).

-          Les avances : Crédit des banques contre un gage (titres = crédit lombard, marchandises = avances sur nantissement). Si a échéance la somme n’est pas perçue, la banque peut faire ce qu’elle veut du gage. Courant dans la seconde moitié du XIXe.

-          Les découverts en compte courant : retirer plus sur son compte que ce qui est disponible = compte courant débiteur.

-          Les crédits par acceptation : la banque ne donne pas d’argent mais appose sa signature sur un effet de commerce dont son client est débiteur. Elle remplace le débiteur. Le créancier a la garantie d’être payé.

-          Les reports en bourse : prêt d’un particulier auprès d’une banque pour spéculer en bourse. Les titres achetés par le particulier sont mis en dépôt à la banque jusqu’à ce qu’ils aient atteint le montant voulu, ils sont vendus et la banque est remboursée. Risqué pour la banque, donc taux d’intérêt de 15 à 20% sur les actions en dépôts. Courant au XIXe et première moitié XXe.

Quelle est l’utilisation de ces divers crédits ?

-Crédit public : 

1-       Emprunts d’Etat : Sollicités pour couvrir les déficits budgétaires. De nos jours l’Etat émet des emprunts année après année car il y a toujours des déficits budgétaires.

2-       Bons du trésor : Sollicités en vue de palier les différences momentanées et provisoires de trésorerie. Trésorerie = équilibre dans le cadre de l’exécution d’un budget qui a été voté, entre l’arrivée des recettes et l’engagement des dépenses. Souvent les dépenses précèdent les entrées, c’est ce que la dette flottante (bons du trésor) est censée régler. En France, mais pas en Suisse, la dette flottante est aussi parfois utilisée pour couvrir les déficits budgétaires, en plus des emprunts d’Etat.

-Crédit privé :

1-       L’emprunt obligataire : Destiné à financer les investissements d’une entreprise (élargissement de la capacité de production).

2-       A court terme : Destiné à financer la gestion courante (= assurer l’équilibre à court terme e la trésorerie d’une entreprise). Quelques fois utilisé pour financer les investissements, mais c’est dangereux car le nouvel équipement est censé dégager des bénéfices à court terme (3 mois) pour couvrir le remboursement. Si impossible alors il y a faillite ou revente de l’équipement. Ou emprunt à une autre banque pour rembourser le premier crédit.

Qui sont les prêteurs ?

a)      Les banques

b)      Les épargnants, mais au travers du système bancaire dans lequel leur épargne est déposée.

a) Qu’est-ce qu’une banque ? Une institution financière qui concentre des moyens de paiement et les redistribue sous forme de crédit à l’économie.

De quel type de ressources dispose une banque ?

-          Toute banque est une entreprise qui se constitue sous la forme d’une SA ou d’une société de personne, elle a donc un capital (capital-apports ou capital-actions).

-          Elle a une réserve, accumulée au fil des années (une sorte de trésor de guerre).

Ce sont les ressources propres de la banque, elle l’utilise comme elle le veut, le temps qu’elle le veut.

A côté il y a l’ensemble des ressources empruntées de la banques : les dépôts des épargnants. Elle ne peut en disposer comme elle veut, ni le temps qu’elle veut. Il y a trois forme de dépôt :

-          à vue : que l’on peut retirer quand on veut.

-          à échéance : c’est évident…

-          compte courant créditeur : sans découvert sur leur solde.

Les opérations ordinaires : opérations qui se caractérisent par leur court terme et par le risque faible qu’elles font courir à la banque. Le taux d’intérêts est assez faible.

1-       L’escompte : l’ensemble des traites qui ne sont pas encore arrivées à échéance constitue le portefeuille commercial de la banque.

2-       Comptes courants débiteurs : le solde est négatif.

3-       Les titres.

Les opérations extraordinaires : opérations qui voient les banques intervenir directement dans la croissance économique et jouer un rôle dans la politique. Opération de long terme, donc d’un risque élevé. Il y a deux grandes catégories d’opérations externes :

4-       La constitution de firmes :

-          La prise de participations : aide à la constitution de l’entreprise par achat d’un certain nombre d’actions.

-          La prise ferme : rôle d’intermédiaire entre l’entreprise qui émet les actions et les épargnants (la banque achète les actions pour les revendre aux épargnants).

5-       La participation à l’émission d’emprunt d’Etat : intermédiaire entre l’Etat et l’épargnant. Normalement le rôle d’intermédiaire doit être de courte durée, mais il existe le risque que la banque n’arrive pas à écouler les titres de rente ; la situation tourne alors au long terme (immobilisation).

 

Les diverses catégories de banques

1-       Les banques de dépôts (joint-stocks banks) : les ressources sont constituées essentiellement par des dépôts. Les ressources sont utilisées à court terme. Emplois et ressources étant à court terme, même si tous les épargnants viennent retirer leur argent la banque ne sera pas submergée. Exemple : Crédit Lyonnais.

2-       Les banques d’affaires : les ressources sont constituées très largement par le capital (moins les actions) et les réserves. Ces banques peuvent s’aventurer dans des emplois à long terme car elles ont des ressources à long terme dont elles ne sont pas redevables. Il n’y a aucun déséquilibre car la banque utilise à long terme de l’argent qu’elle n’a pas besoin de restituer. Banques aidant à la création de sociétés et qui participe à l’émission d’emprunts d’Etats étrangers. Exemple : Paribas

3-       Les banques mixtes ou universelles : banques disposant d’énormes ressources propres et d’énormes dépôts. Coexistence des emplois à long terme et des emplois à court terme. Normalement il devrait y avoir modulation des emplois sur les ressources (= autant d’emplois à long terme que de ressources à long terme, idem pour le court terme). Mais cet équilibre n’est pas toujours respecté. Souvent ces banques immobilisent dans du long terme des ressources consenties à court terme (dépôts). Pourquoi ? Car les rendements des longs termes sont meilleurs.

Voyons le détails des emplois à long terme :

4-       La constitution de firmes : ensemble des opérations par lesquelles une entreprise se procure soit ses capitaux de départ, soit ses capitaux de développement. La banque participe de deux manières :                    

- prise de participation = souscription actions émises par l’entreprise, la banque devient donc actionnaire.

- prise ferme = la banque achète toute ou partie des actions et les revend immédiatement aux épargnants. Rôle de courtier. La banque obtient les actions à un prix de faveur et les revend à un prix supérieur = le bénéfice d’émission. Si l’entreprise est en difficulté et a besoin de capitaux la banque aura des actions moins chères et pourra les revendre avec une bonne marge de bénéfice.

5-       Participation des banques aux emprunts d’Etat. Le principe de prise ferme est appliqué. Les sommes étant considérables, les banques s’unissent en consortium (= syndicat bancaire ). Le syndicat bancaire a à sa tête une banque tête de file, chargée des négociations : Il y a deux « étages » dans les syndicats :

- le syndicat de prise ferme ou de garantie = composé de banques d’affaires qui prennent un emprunt ferme. Achat de l’emprunt et revente au syndicat de placement. Elles disposent surtout de ressources empruntées (dépôts à vue) ou à court terme (dépôts à échéance). Elles ne peuvent donc se permettre de faire une avance à l’Etat car il y a le risque d’immobilisation à long terme et donc un déséquilibre et un risque de faillite.

- le syndicat de placement = ce sont des banques de dépôts qui achètent les titres de rente au syndicat de prise ferme et les revendent au public. C’est le placement ou classement des titres. Elles peuvent prendre le risque d’une immobilisation car elles travaillent essentiellement avec leurs ressources propres.

Pourquoi cette structure à deux étages ? Elle correspond à la nature des deux types de banques qu’il existe. Les banques de dépôts disposent de très nombreuses filiales et de très nombreux guichets (donc une grande clientèle) ; les banques d’affaire auraient beaucoup plus de mal à revendre les actions, car elles n’ont pas de succursales, de guichets, mais seulement un siège social dans la capitale du pays. Dans les pays où existent des banques mixtes, il n’y a pas deux étages, elles font tout.

Bénéfices et risques

Syndicat de prise ferme :            - Bénéfice = différence entre le Prix d’Achat (PA) à l’Etat et le Prix de Vente (PV) au second étage. Risque = forte immobilisation de l’énorme avance à l’Etat.

 

Syndicat de placement :            - Bénéfice = différence entre PA et PV aux épargnants, petit bénéfice car risque faible.

 

Epargnants :                             - Bénéfice = 1- taux d’intérêt sur le titre de rente. Mais l’inflation risque de tout gâcher.

                                                                  2- différence entre le PA et le remboursement à échéance qui se fait au nominal. Mais souvent le bénéfice est complètement rongé par l’inflation.

                                               - Risque = c’est l’épargnant qui absorbe en dernier lieu l’emprunt, il est donc le créancier ultime. Si disparition de l’Etat (URSS) = perte totale. 

Il y a deux grands systèmes bancaires antagonistes :

- système bancaire spécialisé (GB, FR). 

Coexistence de banques de dépôts et de banques d’affaires,

l’une et l’autre étant spécialisée dans des ressources et des

emplois spécifiques, il y a une complémentarité.

- système bancaire mixte (All, Aut, Russie…). Universalité de la banque mixte.

En Suisse, on a en principe un système mixte car les banques ont été crée dans le sillage des grandes banques allemandes, mais en réalité c’est un système spécialisé. Les grandes banques suisses sont des banques de dépôts, il n’y a quasiment pas de banques d’affaires. Pourquoi cette différence de système ? Cela est du à l’entrée dans l’industrialisation. Si cette entrée est tardive le système est mixte, si elle était précoce le système est spécialisé.

Avantages et inconvénients des deux systèmes 

Système spécialisé :            - Avantages = Meilleure connaissance des opérations qu’elles pratiquent. La spécialisation vient du fait de l’équilibre des ressources (ressources court terme/emploi court terme, idem pour le long terme). C’est un gage de gestion prudente.

                                                - Inconvénients = Etroitesse de l’aide fournie par le système spécialisé à l’investissement industriel. L’investissement industriel suppose des intervention à long terme des banques, or il n’y a que les banques d’affaires qui se lancent dans le long terme, et elles sont peu nombreuses. De plus, elles ne peuvent pas mettre à disposition des sommes importantes (seulement leurs ressources propres). Ce système est donc sûr et rassurant (jamais de faillite), mais il est un obstacle à la croissance économique).

Système mixte :            - Inconvénients = Le long terme étant plus rémunérateur, les banques utilisent les ressources à court terme dans le long terme. Il y a donc risque de déséquilibre et de cession de paiement en cas de retrait massif des déposants, donc faillite. C’est un système fragile et instable (Allemagne : 1873, 1931 système bancaire s’écroule).

                                    - Avantages = Favorable à l’investissement industriel. Permet d’affecter à l’investissement industriel sous forme de prise ferme et de prise de participation tous les capitaux disponibles dans le système.

Ces deux systèmes bancaires ont des vertus et des vices exactement inverses.

     

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