Dès ce
moment, Himmler va vouer à Hitler une admiration, une soumission et une
fidélité qui ne se démentiront que dans les tout derniers jours de la
Seconde Guerre mondiale. «Henri le
Fidèle» (der treue Heinrich ),
comme l’appelle Hitler, est à la fois le confident des projets les
plus secrets du Führer et son exécuteur des hautes œuvres, mais il
n’appartiendra jamais au cercle de ses amis intimes.
Heinrich Himmler est doté
d’une personnalité très difficile à saisir. Ceux qui l’ont connu
de son vivant avaient peine, après l’avoir vu, à le décrire. Il y a
autant de portraits de Himmler qu’il y a de témoignages: «Une
application d’écolier borné, mais aussi quelque chose de méthodique
comme peut l’être un automate» (Karl J. Burckhardt); «un
bon maître d’école, certainement pas un chef» (général
Walther Dornberger, «père des V1»): «froid,
calculateur, avide de pouvoir, mauvais génie de Hitler, l’individu le
plus dénué de scrupules du IIIe Reich»
(général Friedrich Hossbach); «jamais je
n’ai pu accrocher son regard toujours fuyant et clignant derrière son
pince-nez» (Alfred Rosenberg); «cet
homme n’avait rien de diabolique. Courtois, non dépourvu d’humour,
il aimait à jeter de temps à autre un mot d’esprit pour détendre
l’atmosphère» (comte Bernadotte).
Himmler monte rapidement dans
la hiérarchie de la N.S.D.A.P.: gauleiter en Basse-Bavière (1925),
gauleiter en Bavière et en pays souabe (1926), directeur des services
de propagande du Reich (1926). Le 6 janvier
1929, Adolf Hitler lui confie la
SS
dont il devient Reichsführer. Il va
en faire le terrible Ordre noir avec sa police politique (Gestapo),
son service de renseignements, son organisation de camps de
concentration, son service pour la race et la colonisation, son armée
(la
Waffen SS) et son parti dans le
parti (l’Allgemeine SS, la SS générale), etc.
Capable de fournir un immense
travail, mais comme un automate routinier, son fanatisme, d’apparence
glacée, est profond, tumultueux et sincère. Il croit fermement à ce
qu’il dit et ne recule devant aucun crime pour réaliser les objectifs
que lui fixe son Führer. Tout au long de l’histoire du IIIe
Reich, son nom apparaît souillé de tortures, de sang et de férocité.
Chef suprême de toutes les polices en 1938, il devient
ministre
de l’Intérieur en novembre 1943. Il fait régner la terreur
non seulement en Allemagne mais dans toute l’Europe occupée. Après
l’attentat manqué contre Hitler le 20 juillet
1944, il reçoit le commandement de
toutes les forces armées de l’intérieur.
Le 23 avril
1945, il rencontre le comte Bernadotte à Lubeck et lui annonce que,
Hitler étant sur le point de mourir, il prend le pouvoir et se tient prêt
à négocier la capitulation de
l’Allemagne. Hitler, l’ayant appris, révoque Himmler qui gagne le
Schleswig où il sera arrêté par les Anglais. Son suicide
lui permet d’échapper au jugement du Tribunal militaire international
de Nuremberg.