Les
périodes de guerre sont marquées par un état
d’exception politique, le régime
des pleins pouvoirs. Ce régime suspend
en partie les règles démocratiques et constitutionnelles.
Le recours à la clause d’urgence
(article 89
de la Constitution fédérale de 1874) est utilisé pour se
soustraire au référendum. Dans l’ensemble, la pratique démocratique
a donc été restreinte par rapport aux principes
constitutionnels.
En
lieu et place des arrêtés pris sur la base des pleins pouvoirs
de la période de guerre, on aura recours, durant la crise économique
mondiale, aux arrêtés fédéraux urgents.
Cette clause d’urgence sera restreinte
en 1939, mais l’ouverture des hostilités empêche un
retour effectif à la normale. Toutefois, l’Assemblée fédérale
institue des commissions parlementaires qui surveilleront durant
toute la guerre le régime des pleins pouvoirs gouvernementaux.
Une
initiative dite « du retour à la démocratie »
sera acceptée par le peuple le 11 septembre 1949.
Le
13 octobre 1918, le système
électoral majoritaire est abandonné par le peuple ;
lors de la première élection du Conseil national à la proportionnelle,
les radicaux perdent 45 des 105 sièges qu’ils détenaient. C’en
est fini de leur hégémonie, qui durait depuis 1848. Ils
durent chercher des partenaires de coalition, ils trouvèrent
les conservateurs-catholiques. Ce sont les socialistes et le
nouveau parti des Paysans, artisans et bourgeois les principaux
bénéficiaires du système de la représentation
proportionnelle.
Bientôt
les parlementaires deviennent de plus en plus des représentants
de groupes d’intérêts :
c’est à cette époque qu’on commence à parler de
l’emprise de l’économie sur la politique.
La
plus grande partie des années 1914 à 1945 se caractérise par
la formation et le renforcement du bloc
bourgeois ; mais la Deuxième
Guerre mondiale marque un tournant décisif. Le parti
socialiste, encore jugé avec méfiance, mais poursuivant
son intégration, cherche une collaboration étroite avec de
larges cercles bourgeois.
A
la fin de 1943, ses efforts,
ses gains en sièges au Conseil national et le tournant du
conflit mondial lui permettent de conquérir un premier
fauteuil au Conseil fédéral. Jusqu’à cette date,
les rapports de force entre les partis politiques n’ont pas
beaucoup changé. Les grands partis (radicaux.
Conservateurs-catholiques, socialistes) se partagent entre 20 et
30 % des sièges au Conseil national. Les années 30 firent brièvement
du parti socialiste la formation relativement la plus
forte.
Des
groupes moins décidés à s’intégrer, comme l’Alliance
des indépendants ou les communistes,
n’avaient pas les moyens d’influencer le rapport général
des forces. De même que les groupes fascistes des années 30
qui ne parvinrent jamais à percer au niveau fédéral. Seule la
montée de la gauche à la fin de la Deuxième
Guerre, lorsque les communistes (réorganisés
sous le nom de Parti du Travail)
remportèrent quelques victoires spectaculaires, donna durant
quelques temps l’impression d’un tournant politique. Mais ce
ne fut qu’un feu de paille.