La
politique extérieure devint effectivement, au XXe siècle, un élément
constitutif de l’Etat suisse. Il n’en a pas
toujours été ainsi.
En
1912, considérant la situation tendue qui régnait en Europe,
Le Conseil fédéral envisagea même l’idée d’une alliance
avec l’un des futurs belligérants au cas où la durée du
conflit mettrait en péril
l’approvisionnement du pays. Certes, en 1914, le
gouvernement proclama solennellement sa
neutralité, mais, à en juger par certains épisodes des
années de guerre, ce sentiment de neutralité n’était pas
aussi solide que l’attitude officielle voulait le faire
croire.
Les
difficultés des relations extérieures furent essentiellement
économiques. Les problèmes d’approvisionnement du pays obligèrent
le gouvernement à céder aux exigences économiques des
puissances étrangères. En outre, un fossé se creusa entre les
Alémaniques et les Romands, les uns prenant parti pour l’Allemagne,
les autres pour la France ; ce qui contribua à enliser la
Suisse dans le marais de la propagande de guerre. Cette fracture
interne rendait une politique étrangère active peu
réalisable.
Après
la guerre, la Société des Nations
fut repoussée par les socialistes et les conservateurs
germanophiles ; mais le peuple suisse confirme l’adhésion
à la SDN lors du référendum du 16 mai 1920.
Par la Déclaration de Londres,
on accordait à la Suisse une réserve de neutralité, notamment
dans le cas des sanctions militaires décidées par la Ligue.
Cette politique de « neutralité différentielle »
échouera cependant lors des sanctions économiques décrétées
contre l’Italie à la suite du conflit éthiopien, de telle
sorte que le Conseil fédéral revient en 1938
à une neutralité complète, dite « intégrale ».
Les
relations avec la France, après la Première Guerre mondiale,
sont marquées par divers conflits et des problèmes commerciaux
pesant lourdement durant tout l’entre-deux-guerres sur les
relations franco-suisses.
Dès
l’ouverture des hostilités en 1939, le scénario de la Première
Guerre mondiale se répète. A la
solennelle déclaration de neutralité répondent les
concessions accordées sous les pressions politiques ou économiques.
Cette ambiguïté de nos relations extérieures ne sera pas levée
par une volonté politique propre, mais par la victoire des Alliés.
Un
complexe xénophobe de petit Etat se mêle à la fierté de posséder
un commerce extérieur solide et une situation financière
forte. Giuseppe Motta
(Conservateur-catholique), responsable de la politique étrangère
jusqu’en 1940 (il était conseiller fédéral depuis 1911),
cru d’ailleurs bon d’adopter une attitude anti-soviétique
active. Le successeur de Motta, le vaudois Marcel
Pilez-Golaz, eut une attitude confuse envers le
fascisme. Il deviendra un bouc-émissaire,
ce qui fait oublier que de larges milieux ont soutenu sa
politique.
Les
pays coloniaux et semi-coloniaux, le tiers monde actuel, ne
jouaient qu’un rôle minime dans les préoccupations de la
politique étrangère ; ce qui est d’autant plus
surprenant que le commerce avec ces régions revêtait une
importance non négligeable.
C’est
à Max Huber que l’on doit
en partie la politique d’arbitrage
de la Suisse. C’est là un des éléments de la
tradition des bons offices
qui a donné à la Suisse une certaine considération dans les
affaires internationales. Cette activité médiatrice ne
pouvait, en principe, n’avoir d’effets positifs que dans les
cas bénins et non lors de conflits majeurs. Durant la guerre,
le rôle de la Suisse c’est donc généralement borné à la représentation
des intérêts étrangers (25 Etats durant la Première
Guerre et 43 durant la Seconde, ont confié cette mission à la
Suisse).
L’aide
humanitaire a aussi été conçue comme une conséquence de la
neutralité. Mais ce bilan positif ne doit
cependant pas faire oublier les faiblesses de l’attitude
humanitaire helvétique, en particulier la politique
d’accueil très restrictive pratiquée à l’égard des réfugiés
pendant la Seconde Guerre mondiale. Le « bateau de
sauvetage » aurait soi-disant été plein…