La
période qui s‘étend des années 20 à 1935 a été surnommée
« l’ère Schulthess »,
du nom du chef du Département de l’économie
publique. Cet homme revêt une importance majeure en ce
que la Première Guerre mondiale a entraîné des
bouleversements économiques de grandes ampleurs. La Suisse ne
pouvait échapper aux implications économiques de la guerre. Le
développement de l’industrie et des banques accrut encore
l’interdépendance économique avec l’étranger,
enfin la croissance explosive du système bancaire et la création,
en 1907, de la Banque
nationale, font de la Suisse une place financière de
poids.
La
Suisse se trouve au deuxième rang des pays exportateurs de
capitaux. La forte interdépendance internationale du commerce
et des finances a mis les questions monétaires et commerciales
au centre de la vie nationale. Durant la conjoncture des années
20, la Suisse a adhéré au système monétaire de l’étalon
or ; elle s’y cramponnait encore quand
l’ensemble des États industriels, en raison de la crise économique
mondiale, s’en détachait.
En
septembre 1936, le franc suisse est enfin dévalué de 30%. Sur
ce plan aussi, la Suisse a donc du se plier aux exigences de
l’économie mondiale. L’interpénétration de l’économie
suisse et de l’économie mondiale a toujours été très
importante. L’industrie textile connaîtra le plus fort recul,
l’industrie des machines prend la tête de l’industrie
suisse d’exportation. Notons que c’est l’industrie
chimique qui connut le plus fort taux de croissance, les besoins
de produits pharmaceutiques nés de la guerre ont été décisifs
dans cette évolution. Par contre, la croissance des besoins en
combustible et carburant renforça encore la dépendance à l’égard
de l’étranger en matière d’approvisionnement.
Résumons :
avec la Première Guerre mondiale, une époque
fondamentalement nouvelle commence pour l’économie suisse. Même
si l’interdépendance de la Suisse avec l’étranger diminue
un peu au niveau des exportations, des besoins considérables en
approvisionnement maintiennent une forte dépendance du pays par
rapport à l’extérieur.
Le
commerce extérieur et la politique commerciale vont entrer de
plus en plus en contradiction
avec la politique de neutralité, conduisant à des
tensions qui marquent aujourd’hui encore nos relations extérieures.
La
Deuxième
Guerre mondiale place nettement la Suisse dans l’orbite
économique des puissances de l’Axe. Les
relations commerciales avec l’Axe, mais aussi d’importantes
transactions sur l’or et les devises, ont discrédité la
Suisse auprès des alliés. En 1944, ils exigent d’elle, comme
des autres pays neutres, qu’elle cesse ses relations
commerciales avec les puissances de l’Axe.
En
Suisse, cependant, les relations économiques avec les
Etats
fascistes étaient considérées comme
admissibles et compatibles avec la neutralité. La Suisse était
aussi, mais dans une mesure bien inférieure, en relations économiques
avec les Alliés.
Après
la défaite allemande de Stalingrad,
le commerce avec l’Allemagne diminue, alors que les pressions
des Alliés se font rapidement plus fortes. A la fin de la
guerre, les USA exigent, ce qui est juridiquement contestable,
que les avoirs allemands en Suisse leur soient remis. La Suisse
s’incline devant les exigences du monde économique occidental
et met en question le principe même de sa neutralité en adhérant
à l’Organisation européenne de coopération
économique (OECE).
En retour elle obtient pour ses exportations l’accès aux
marchés des pays dévastés par la guerre. Ce nouvel engagement
diplomatique et économique est présenté à l’opinion
publique sous la formule « neutralité
et solidarité » (Max
Petitpierre).