La deuxième phase de l’Etat fédéral s’était jouée
principalement sur la scène intérieure et parfois avec une
tutelle encombrante de l’étranger. La troisième reflète des influences
extérieures, à la fois profondes et plus diversifiées,
préparant à la Suisse une place plus exposée dans le concert
international. Concrétisée par des politiques nationales
d’expansion et une concurrence accrue des économies, la
vigueur des impérialismes fait sauter la cloison existant entre
la politique intérieure et les affaires étrangères. Si
les Suisses recherchent une démocratie plus équitable et plus
responsable, c’est à la fois pour apaiser les luttes sociales
et faire face à un environnement extérieur de plus en plus
menaçant, en dépit des efforts déployés en faveur de la
paix. La société issue du second XIXe a atteint sa maturité.
Reposant sur la mobilité des hommes, elle accentue
encore les différences sociales, opposant la
richesse à la pauvreté, l’argent et le savoir au travail
industriel. Les rapports humains changent. Mais la Première
Guerre mondiale casse l’élan et déplace la césure séculaire
de 1900 à1914, en bouleversant les projections optimistes de la
« Belle Époque ».
Les
deux décennies qui débouchent sur la crise de 1914
apparaissent comme une phase de
transition, à la fois en politique intérieure et
dans les rapports avec l’étranger. Des coalitions instables
se forment non seulement entre les partis ou les groupes
sociaux, mais également autour de mouvements d’opinion
momentanément polarisés. La politique extérieure est marquée
par une réduction de la marge d’autonomie du pays, désavantage
compensé par la recherche d’accès directs à la communauté
internationale en développement. Même
si les Suisses ne sont pas d’accord sur le meilleur type de démocratie,
les moyens de faire vivre l’Etat fédéral s’accroissent régulièrement
sous l’empire de besoins nouveaux. L’Europe,
puis le monde étaient entrés à partir des années 1890 dans
l’ère des impérialismes. La
Suisse se trouva obligée à une neutralité plus vigilante et
à des restrictions du droit d’asile.
La
volonté de réunir les Etats civilisés dans une communauté
juridique unique, afin de faire triompher le droit et la raison
sur l’arbitraire et la force, constitue un des aspects des
relations internationales durant la seconde moitié du XIXe. La
Suisse y prit une part active en accueillant le siège des
organisations et en leur fournissant des dirigeants. L’opinion
internationale reconnaissait les efforts accomplis en Suisse, témoin
l’octroi de trois prix Nobel de la paix
dans la première décennie du nouveau siècle, dont l’un en
1901 à Henry Dunant (1828-1910),
inspirateur de la Croix-Rouge.
Toutefois, ce pacifisme perdit du terrain dans l’opinion
publique au fur et à mesure que les crises placèrent sur les
épaules des grandes puissances la responsabilité d’un conflit
généralisé.
Henry
Dunant, Prix Nobel
Henry
Dunant, fondateur de la Croix-Rouge,
vit depuis près de trente ans à Heiden, en Appenzell. Le 10 décembre
1901, il reçoit le prix Nobel de la paix qui doit récompenser
celui qui aura "agi le plus ou le mieux pour la
fraternité des peuples, pour la suppression ou la diminution
des armées permanentes et pour la constitution ou la
propagation des congrès de la paix". Fondateur de la
Croix-Rouge, initiateur des conventions de
Genève, Henry Dunant est honoré pour son oeuvre qui reçoit
désormais une consécration universelle.
1902:
deux Suisses reçoivent le prix Nobel de la paix
En
1902, pour la deuxième année consécutive, le prix Nobel de la
paix est attribué à des citoyens suisses. Il s'agit d'Elie
Ducommun et d'Albert Gobat.
Si Elie Ducommun est bien connu comme secrétaire du Bureau
international de la paix, Charles Albert Gobat, né à Tramelan
en 1843, a été conseiller d'Etat chargé du Département de
l'instruction publique du canton de Berne, puis il a dirigé le
bureau de l'Union interparlementaire pour l'arbitrage.
L'attribution du prix Nobel est un hommage que la communauté
internationale rend au travail effectué par des Suisses en
faveur de la paix internationale.