SOMMAIRE - Histoire Suisse

Nous vous proposons ici un petit voyage au travers de l'histoire de la Confédération helvétique. Cette rubrique est composée de nombreux dossiers, mini-dossiers et d'un grand nombre de simples pages.  Cette rubrique est particulièrement fournie et regroupe un nombre de textes toujours grandissant, vos travaux sont les bienvenus !!!

 

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Sommaire >>> Divers >>> Histoire Suisse >>> 1848-1914: La Suisse des Radicaux

 Une politique extérieure à l'âge des nationalités

 
 

Le premier quart de siècle de l’existence de la nouvelle Confédération fut aussi déterminant pour le cours futur de sa politique étrangère que pour son évolution intérieure. 

Depuis 1815, la Suisse n’avait pas eu de politique extérieure propre, parce qu’elle n’en avait pas les moyens. Les interventions européennes, les reproches de « terre d’asile » (voir plus bas) composaient une véritable tutelle. La Suisse de 1848 choisit de jouer la carte de la démocratie, c’était sa manière de participer au grand mouvement des nationalités. La réaction conservatrice qui domina l’Europe jusqu’en 1859 lui rendit la vie difficile

Le risque d’un démembrement du pays provoqué par les impérialismes voisins était réel. Mais les rivalités autant que les résistances que ces pays rencontrèrent dans leur zone d’expansion, écartèrent le danger. Dans les crises importantes qui ponctuèrent la politique étrangère de la Suisse, l’esprit de parti s’effaça devant le rôle des personnalités et les premiers fruits de la démocratie apparurent dans la maturité de l’esprit public. Dans la conjoncture troublée de1848-1850, les sollicitations de l’extérieur vinrent à la fois du nord et du sud. La Diète les refusèrent, mais souvent les cantons limitrophes s’engagèrent en partie pour un camp ou l’autre (le résultat en fut toujours décevant).

Dénoncée comme le refuge des révolutionnaires, la Suisse put défendre ses relations avec l’Europe conservatrice en obtenant le départ des plus compromis vers la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis.

En Bref:

L'affaire de Neuchâtel

En 1856, une grave crise oppose la Suisse et la Prusse à propos du canton de Neuchâtel. L'ancienne principauté prussienne était devenue républicaine en 1848. Mais certains Neuchâtelois sont restés monarchistes. Dans la nuit du 2 au 3 septembre 1856, 100 hommes s'emparent du château de Neuchâtel et emprisonnent quatre conseillers d'Etat. La Chaux-de-Fonds résiste au coup de main royaliste. Sous la conduite d'Ami Girard, les Neuchâtelois républicains descendent sur Neuchâtel. Ils reprennent de force le château et font prisonniers 530 insurgés.

Le roi de Prusse, défendant son titre de prince de Neuchâtel, fait mine d'envoyer des troupes en Suisse. Le Conseil fédéral réagit avec énergie. Un emprunt de 6 millions en faveur de la défense nationale, en rapporta plus de 100, vu la solidarité que manifestent alors les Suisses face à la menace extérieure. Le général Dufour, le vainqueur du Sonderbund, est nommé à nouveau commandant en chef. L'écrivain genevois Henri Frédéric Amiel compose alors un chant patriotique pour l'armée qui va défendre la frontière du Rhin: c'est le fameux Roulez tambours.

Napoléon III, empereur des Français, peu soucieux de voir une armée prussienne traverser le Rhin, offrit sa médiation. Les insurgés royalistes furent libérés, sans procès, comme l'exigeait le roi de Prusse. Aucune indemnité ne fut mise à la charge de ces derniers. L'indépendance de Neuchâtel fut reconnue par un protocole signé à Paris le 26 mai 1857. Le roi de Prusse restait prince de Neuchâtel à titre purement honorifique. Il s'agissait d'une solide victoire internationale pour le nouveau régime radical. L'Etat fondé en 1848 en sortait consolidé.

L'affaire de Savoie

Au printemps 1859, Genève et le Valais avaient pour voisin le royaume de Sardaigne, tandis que le Tessin était bordé par l'empire d'Autriche. La guerre entre la Sardaigne, appuyée par la France, et l'Autriche, de même que l'insurrection de plusieurs principautés sous influence autrichienne, comme Parme et la Toscane, bouleversèrent la carte européenne. Désormais se constituait au sud des Alpes un royaume d'Italie qui, en quelques mois, englobait toute la botte, à l'exception de Venise et de Rome. Se pose alors pour la Suisse la question de la Savoie, dont la neutralité avait été reconnue par les traités de Vienne en 1815.

La France souhaitait annexer la Savoie. En Suisse, les avis étaient partagés. Un 23e canton, catholique et romand, n'enthousiasmait guère les Suisses alémaniques. Alfred Escher et Jakob Dubs y étaient opposés, comme les Vaudois. Les Genevois eux-mêmes étaient partagés. Il est vrai que 12'000 Savoisiens avaient, par voie de pétition, fait connaître leur désir de devenir Suisses. Napoléon III organisa un plébiscite le 20 avril 1860, offrant à la Savoie du Nord une grande zone franche. La grande majorité répondit: oui et zone. On ne parla plus d'agrandissement territorial de la Suisse avant 1919.

Les guerres d’unification, qui marquèrent les années 1860, mirent la neutralité à l’épreuve ; ainsi l’affaire de Savoie. La guerre d’Italie la provoqua. Le Conseil fédéral crut bon de revendiquer la partie nord de la Savoie (que Napoléon avait revendiqué, ainsi que Nice, pour prix de son intervention). Les Suisses furent déboutés de leurs prétentions. Mais un « parti de la guerre » se constitua en Suisse. Cependant il fut désavoué par le Conseil fédéral, la Suisse dut accepter le verdict des urnes qui excluait tout partage. Tant la crise de Neuchâtel que l’affaire de Savoie avaient suscité des débats sur les moyens matériels et moraux de la politique extérieure, en rapport avec la révision en cours des traités de 1815.

La Suisse dans la tourmente

L'un des problèmes qu'eut à résoudre le Conseil fédéral fut celui de l'accueil des réfugiés politiques fuyant la répression de Radetzky en Lombardie. Les uns, comme Alfred Escher, voulaient contrôler l'afflux de ces réfugiés; les autres, comme le général Dufour, souhaitaient que la Suisse leur offre une large hospitalité. Aux Italiens succédèrent rapidement les Allemands, après l'échec du Parlement de Francfort. Aux 15'000 Lombards vinrent s'ajouter 10'000 Badois et Hessois en juillet 1849. Les gouvernements cantonaux n'approuvaient pas la politique restrictive des autorités fédérales.

Pressions internationales

Malgré la fermeté du Conseil fédéral, qui s'efforçait de contrer les réticences de certains Conseils d'Etat favorisant certains réfugiés plutôt que d'autres (par exemple Bâle-Ville préférant les monarchistes badois aux républicains), en 1850, l'Autriche, la Prusse et la France exigèrent l'expulsion de tous les réfugiés politiques de Suisse. Sans succès. L'année suivante, de nombreux Français se réfugièrent en Suisse, fuyant le coup d'Etat du 2 décembre 1851. A nouveau, des pressions s'exercèrent sur la Suisse, mais la Grande-Bretagne, de tradition libérale, s'y opposa et la Suisse put rester terre d'asile.

La Suisse, terre d'asile politique

Durant cette période, la Suisse continue d'accueillir de nombreux réfugiés politiques. Il y a surtout des Italiens qui fuient la répression autrichienne en Lombardie et en Vénétie. Mais il y a aussi de nombreux républicains français exilés depuis le coup d'Etat fomenté par le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851. Enfin, d'autres requérants d'asile fuient les oppressions russes ou ottomanes. On voit ainsi arriver en Suisse des réfugiés russes ou polonais, voire bulgares, qui développent une émigration slave importante.

Liberté de commerce étendue aux israélites

La révolution de 1848 n'a pas toujours fait du passé table rase. Le poids des interdits religieux restait énorme. Il a fallu se battre pour que le 3 décembre 1850, une loi fédérale protège les mariages mixtes, entre protestants et catholiques, et reconnaisse au père ou au tuteur seul le choix de l'éducation religieuse de l'enfant.

De même, ce n'est que le 24 septembre 1856 que les israélites sont admis à jouir des mêmes droits que les chrétiens en matière de liberté de commerce. Plusieurs États européens, dont la France, avaient d'ailleurs protesté contre les restrictions auxquelles étaient soumis leurs ressortissants.

Forte émigration suisse à l'étranger

La situation économique n'est guère favorable durant la décennie 1845-1855. Aussi de nombreux Suisses sont-ils candidats au départ, alors même que le gouvernement fédéral et les gouvernements cantonaux les mettent plutôt en garde. En 1854, on estime que 15'000 à 18'000 Suisses émigrent, soit un chiffre considérable en regard de la population. La plupart traversent l'Atlantique pour se rendre aux États-Unis ou en Amérique du Sud, particulièrement au Brésil. Les colons suisses au Brésil étant maltraités, le Conseil fédéral y envoya Jean-Jacques de Tschudi en mission spéciale afin d'agir en leur faveur. Il y réussit fort bien.

Neu Helvetia et Tell City

Les émigrants suisses souhaitaient conserver des liens avec leur mère patrie. Ils n'hésitaient donc pas à baptiser leurs établissements de noms helvétiques tels que Nova Friburgo au Brésil. En 1858, dans l'Indiana, fut fondée Tell City. Trois ans plus tard, en Uruguay, des Bâlois s'installent dans Neu Helvetia. En Australie, en 1856, on compte déjà 4500 Suisses, dont 2500 Tessinois dans l'Etat de Victoria.  

La fin du service étranger

Depuis des siècles, des troupes suisses étaient au service d'États étrangers. En 1859, quatre régiments suisses servaient le roi de Naples. L'unité italienne en marche y trouvait un obstacle. En Suisse même, les réticences grandissaient. Le Conseil fédéral demanda que les couleurs fédérales et cantonales ne soient plus arborées par les régiments suisses. Une mutinerie éclate, provoquant 84 morts le 8 juillet 1859. Trois semaines plus tard, l'Assemblée fédérale vote une loi interdisant le service militaire à l'étranger. Le régime des capitulations, vieux de plusieurs siècles, a vécu.

     

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