Si
elle ne fait pas table rase de ce qui existait (comme en 1798),
la révision constitutionnelle n’en créait pas moins un
nouveau régime. Les différents courants idéologiques
(radicaux, libéraux, conservateurs, socialistes) faisaient de
l’État fédéral un enjeu plus qu’une réalité. La
modernisation de la vie politique entre 1848 et 1870 se résuma
à une polarisation des forces, entre mouvement et résistance.
Le parti du progrès
(radicaux-libéraux) cherche à renforcer la démocratie
représentative plus qu’à l’élargir, en fortifiant le
nouveau pouvoir fédéral vis-à-vis des cantons comme de
l’étranger. Le parti de la résistance
est encore largement désorganisé. La tactique des
conservateurs fut de se réclamer de la légalité nouvelle
comme d’un rempart pour les libertés et de combattre les lois
jugées trop centralisatrices en freinant leur application dans
les cantons. Bientôt se dessinerait la formation d’un grand
« parti du centre ».
L’absence
de toute révision constitutionnelle pendant 18 ans et l’usage
modéré de la fonction législative, comparé à ce qui
s’était passé dans les cantons après les révolutions
radicales, révèlent les limites de la
centralisation durant cette période.
Avec
la victoire du radicalisme, surtout protestant et implanté dans
le Plateau suisse déjà engagé dans l’industrialisation, la bourgeoisie
ajoute le pouvoir politiques aux influences qu’elle exerçait
déjà dans l’économie et la culture. Les conservateurs sont
critiqués non seulement pour leur attitude devant
l’innovation, mais également pour leur tendance à ignorer
les véritables besoins du peuple.
La
période qui sépare la fondation de l’État fédéral et la
guerre franco-allemande se décompose, pour la politique
intérieure, en trois phases :
1848-1857 :
« reconstruction » du pays au sens américain du
terme.
1857-1865 :
phase intermédiaire, marquée par un regroupement des forces
politiques en fonction de nouveaux enjeux.
1865-1870 :
dernière phase, marquée par une forte tendance au changement.
Répété
à trois ans d’intervalle depuis 1848, les élections pour le
Conseil national constituent, en théorie du moins, avec le
choix des parlements cantonaux, l’acte le plus démocratique
du pays. Introduit en 1848 comme en d’autres pays européens,
le suffrage universel direct helvétique souffre encore de
nombreuses entrave dans son exercice.
Des
appels périodiques à la concorde s’avèrent nécessaires
pour sauvegarder la majorité libérale-radicale ébranlée par
quelques grandes options nationales. Du milieu des années 1850
au milieu des années 1860, le centre de gravité politique de
la vie fédérale se déplace vers les intérêts matériels et
les affaires étrangères.