SOMMAIRE - Histoire Suisse

Nous vous proposons ici un petit voyage au travers de l'histoire de la Confédération helvétique. Cette rubrique est composée de nombreux dossiers, mini-dossiers et d'un grand nombre de simples pages.  Cette rubrique est particulièrement fournie et regroupe un nombre de textes toujours grandissant, vos travaux sont les bienvenus !!!

 

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Sommaire >>> Divers >>> Histoire Suisse >>> 1848-1914: La Suisse des Radicaux

 Divers événements

 
 

Elie Ducommun (1833-1906)

Cet homme, un peu oublié, a reçu le Prix Nobel de la paix en 1902 pour son travail inlassable en faveur des associations pacifistes. Grâce à lui, le Bureau international de la Paix sera installé à Berne. La carrière d'Elie Ducommun est typique de certains intellectuels suisses au XIXe siècle. Né à Berne, il devient Genevois après la révolution radicale. Journaliste, il dirige la Revue de Genève, fondée par James Fazy, et devient même chancelier d'Etat entre 1862 et 1865. De retour à Berne, il exerce les fonctions de traducteur au Conseil national, puis s'occupe de l'Association en faveur des États-Unis d'Europe. Celle-ci créera le Bureau international de la Paix.

Adrien Lachenal (1849-1918)

Le Genevois Adrien Lachenal, conseiller fédéral de 1893 à 1899, suit une filière classique. Etudes de droit, avocat, conseiller aux Etats, puis, dès 1883, conseiller national. Elu au Conseil fédéral, Adrien Lachenal, chef du Département politique, met fin au conflit douanier avec la France tout en améliorant les relations avec l'Allemagne. Puis, en 1897, il devint chef du Département du commerce, de l'industrie et de l'agriculture avant de prendre la tête de celui de l'intérieur. Après sa démission, il redevint conseiller aux Etats jusqu'en 1918. Durant sa carrière, il est un lien entre les Suisses alémaniques et les Suisses romands, en raison de sa popularité comme de son caractère.

Eduard Müller (1848-1919)

Fils de pasteur, il entreprend des études de droit à Berne, après un semestre en théologie à Genève. Juge, puis avocat, il devient député au Grand Conseil bernois qu'il préside en 1885-86. Conseiller national dès 1884, élu au Conseil fédéral en 1895 comme successeur de Carl Schenk (31 ans de Conseil fédéral), Eduard Müller meurt en fonction en 1919, après 24 ans de mandat. Colonel divisionnaire, il reçoit le Département militaire. Il aura la lourde tâche de préparer l'armée suisse à la Première Guerre mondiale. Il fait adopter, le 3 novembre 1907, la nouvelle organisation de l'armée par 329'953 voix contre 267'605. Déçu d'avoir dû céder son tour de présidence à Gustave Ador, il meurt amer.

Brown Boveri à Baden

Baden devient une ville industrielle, en raison de sa proximité avec Zurich et de sa situation propice qui lui permet de drainer de nombreux ouvriers provenant des campagnes. En 1891 s'y installe l'entreprise Brown Boveri. Sa production parie sur le développement de l'énergie électrique. Grâce au génie inventif de l'Anglais Brown et de son associé Boveri, l'entreprise prend la tête de la construction de dynamos en Suisse, et devient l'un des plus grands producteurs de machines électriques suisses. En quelques années, l'électricité, sa production, sa distribution, sa transformation, devient l'une des principales industries de la Suisse, exportant jusqu'en Russie.

Transports publics communaux à Bâle

Les ouvriers se rendent à l'usine à vélo ou en tram. Les transports publics sont en mains privées. Dans chaque ville, une ou plusieurs compagnies se partagent le réseau. Bâle est la première ville de Suisse à créer un réseau communal de transports publics. Il s'agit d'une véritable révolution. Il est vrai que le réseau bâlois n'est guère étendu, contrairement à celui de Genève, l'un des plus grands d'Europe à la fin du siècle. Tandis que les trams à chevaux, la traction hippomobile, disparaissent, les tramways, soit à vapeur, soit électriques, se généralisent.

Schaffhouse et l'aluminium

Les chutes du Rhin offrent une source d'énergie. L'ingénieur mécanicien Gustave Naville (1848-1929) construit des générateurs électriques. Ceux-ci permettent l'électrolyse de la bauxite, qui favorise une production plus rapide de l'aluminium. Dès 1888, à Neuhausen, Naville produit des tonnes d'aluminium. Dans les hauts fourneaux d'Aluminium Industrie A.G., qui deviendra Alusuisse, l'alumine et la cryolithe sont mélangées. Puis, par électrolyse, l'alumine se transforme en aluminium liquide et en gaz carbonique.

Alexandre Yersin et le bacille de la peste

L'industrie peut déjà provoquer des catastrophes écologiques. L'homme lutte toujours contre les épidémies. Le médecin vaudois Alexandre Yersin, spécialiste des maladies tropicales, mène des recherches en bactériologie à l'Institut Pasteur de Paris. En 1889-1890, il découvre la toxine de la diphtérie et en 1894, il identifie le bacille de la peste, avant de mettre au point un sérum contre la peste. Célèbre, Alexandre Yersin ne revient pas en Suisse, mais préfère s'expatrier en Indochine, où il poursuit tant bien que mal ses recherches tout en soignant les populations locales. Yersin est l'un des précurseurs de la médecine humanitaire.

Monopole pour l'émission des billets de banque

La frappe des pièces d'or et d'argent était du ressort de la Confédération depuis le début de l'Etat fédéral. Mais plusieurs banques avaient conservé le privilège d'émettre leurs propres billets de banque. En 1891, la Confédération acquiert le monopole d'émission des billets de banque, accepté par 231'578 voix contre 158'015 et par 14 cantons contre 8. Si les voeux de l'économie privée vont à une banque d'actionnaires, le Conseil fédéral et les Chambres penchent pour la banque d'Etat. Cette dernière solution est repoussée, le 28 février 1897. Il faut attendre 1905 pour voir apparaître les premiers billets de banque émis par la Banque nationale suisse.

Barrières douanières autour de la Suisse

La crise économique qui sévit en Europe affaiblit les partisans du libre-échange. Après 1879, l'Allemagne, puis la France, renforcent leurs barrières douanières, comme l'Italie et l'Autriche. La Suisse se trouve encerclée par un véritable mur douanier. Ses exportations sont menacées. Agriculteurs et petits industriels se coalisent pour faire adopter, en 1891, un tarif douanier très élevé. Les recettes douanières de la Confédération vont doubler. Cet argent facile explique la construction de vastes édifices par l'Etat fédéral. Une guerre des tarifs douaniers éclate entre la France et la Suisse entre 1893 et 1895. Elle est apaisée, après un accord boiteux.

Les diplomates suisses à l'étranger

1891 est une grande année pour la diplomatie suisse. Pour la première fois, un ministre résident est nommé à Londres et un autre ministre plénipotentiaire à Buenos Aires pour l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay. Désormais, la Suisse possède sept chefs de mission. Depuis 1868, Paris, Vienne, Berlin et Rome accueillent des ministres plénipotentiaires suisses. En outre, un chef de mission est établi à Washington depuis 1882. Le réseau consulaire est plus étendu puisqu'en 1897, il compte 113 représentants, dont un seul est consul de carrière, le représentant suisse à Yokohama. Tous les autres sont occupés à titre honorifique. Le système de milice s'applique aussi aux consulats.

L'émigration suisse

Vers 1895, les Suisses de l'étranger sont estimés à 333'000 personnes. Sur ce nombre, 160'000 résident en Europe, dont 80'000 en France, 40'000 en Allemagne, 12'000 en Italie, 8000 en Autriche, 6000 en Angleterre, plus de 2000 en Russie. En Amérique, le nombre d'expatriés suisses s'élève à 140'000 alors que l'on compte 5000 Suisses en Afrique, pour la plupart domiciliés en Algérie et en Tunisie, 2000 en Asie et 3000 en Australie. Les hommes émigrent davantage que les femmes. Les émigrants se recrutent parmi les petits paysans, en raison des temps difficiles traversés par l'agriculture à la fin du XIXe siècle.

Création de l'ATS en 1895

Le développement de la presse à la fin du XIXe siècle est dû autant à la disparition de l'analphabétisme, grâce à l'instruction primaire, qui devient presque partout obligatoire, qu'aux nouvelles technologies d'impression, qui permettent la fabrication rapide et peu coûteuse de quotidiens. De très nombreux journaux existent alors en Suisse. Pour les approvisionner en information, on crée l'Agence télégraphique suisse. Une information nationale sera fournie, à côté des nouvelles transmises par les agences de presse internationales. C'est un signe clair de la volonté des organes d'information de diversifier la provenance des nouvelles offertes à leurs lecteurs.

Une presse moins politisée

L'évolution de la presse suisse à la fin du XIXe siècle montre une double tendance. D'une part les journaux les plus importants, à Bâle, à Berne, à Zurich et à Genève, débordent leur cadre local pour donner davantage de place aux informations nationales et internationales. D'autre part, ces journaux tendent à devenir moins partisans. Beaucoup restent des organes de combat, à l'idéologie très marquée, radicale ou conservatrice. Certains deviennent plus modérés, plus proches du journalisme moderne.

Une romancière populaire: Johanna Spyri

Deux femmes connaissent un vrai succès auprès des lecteurs. L'une est la Zurichoise Johanna Spyri qui, à la suggestion de sa nièce, se met à écrire des livres pour enfants. Le monde alpestre sert de toile de fond à des romans dans lesquels l'héroïne, aussi pure que les glaciers, affronte et domine la corruption des villes. Heidi paraît en 1880. Le succès est immédiat et rend quelque peu jaloux un écrivain comme Conrad Ferdinand Meyer. Traduits dans de nombreuses langues, les romans de Johanna Spyri sont toujours lus. Sa petite héroïne, Heidi, a suscité des films et continue d'être le symbole d'une vision idéalisée de la jeune fille suisse.

Une autre romancière populaire: T. Combe

La Neuchâteloise T. Combe (Adèle Huguenin de son vrai nom) décrit les milieux horlogers du Locle, d'où elle est originaire, puis rédige des romans populaires aux préoccupations sociales et morales. Elle connaît aussi un grand succès populaire avant de tomber dans l'oubli, alors que son oeuvre est caractéristique de la société helvétique au tournant du siècle.

Une presse abondante

Le Bund, au titre symbolique, se veut un journal national, même s'il suit de près la politique bernoise. La Neue Zürcher Zeitung accorde une place importante à l'information économique dès 1860, ce qui en fait un journal pionnier en la matière. Elle s'assure aussi des collaborateurs prestigieux comme Gottfried Keller. En 1896, une statistique dénombre 1003 journaux et périodiques paraissant en Suisse. La répartition par langues est intéressante. Sur 1000 journaux, 584 sont de langue allemande, 326 sont publiés en français, 36 en italien, 6 en anglais et 3 en romanche. Il y a en outre 43 périodiques bilingues.

Exposition nationale de Genève

1896! Tandis que de grandes manoeuvres diplomatiques divisent l'Europe en deux camps, celui de la Triple-Entente d'un côté, avec l'Angleterre, la France et la Russie, celui de la Triplice de l'autre, avec l'Allemagne, l'Italie et l'Autriche, l'Exposition nationale rassemble la Suisse en lui offrant un miroir dans lequel elle peut se contempler. Il y a certes un "Village suisse" avec des pâtres, des vaches, une montagne et une cascade artificielles qui attirent les foules. Mais l'essentiel est ailleurs. L'Exposition marque le triomphe de l'électricité. Aux visiteurs, on dit: "L'électricité changera l'industrie, elle entrera dans les maisons, elle transformera votre vie."

La fée Electricité

Pour venir à l'Exposition, le visiteur emprunte un tramway électrique. S'il veut monter au Salève, il utilisera un chemin de fer à crémaillère, électrique lui aussi. La lumière est partout, éblouissante, et se répandra bientôt dans toutes les rues des villes, reléguant l'éclairage au gaz et les allumeurs de réverbères au pays des contes. Dans la rade, des fontaines lumineuses multicolores surgissent grâce à l'électricité.

Les aliments, la voiture et l'électricité

L'Exposition nationale montre les bouleversements qui s'introduisent dans la vie quotidienne. Grâce à Raoul Pictet, savant suisse qui mène ses recherches à Berlin, la production de froid industriel va permettre une meilleure conservation des aliments et, avant même l'invention de l'armoire frigorifique familiale, va transformer les habitudes alimentaires comme les potages en poudre. Les premières voitures sans chevaux roulent dans les rues. Elles fonctionnent à la vapeur, à l'essence ou à l'électricité. Le moteur à explosion n'a pas encore triomphé de ses rivaux.

Le train électrique

Le train électrique n'est pas un rêve d'enfant. En 1898, la première locomotive électrique est construite en Suisse. L'année suivante, on inaugure la première ligne de chemin de fer à voie normale entièrement électrifiée. Il s'agit de la ligne Berthoud-Thoune. L'électrification du réseau offre aux chemins de fer suisses des perspectives de développement prometteuses dans un pays où l'absence de houille entrave l'expansion de la vapeur.

La mort de Jakob Burckhardt

Un des plus grands historiens suisses meurt en 1897. Il laisse une oeuvre considérable. Grâce à lui, la Renaissance italienne est vue avec un oeil neuf. Son rayonnement est européen. Pourquoi? Parce que Jakob Burckhardt, dont les travaux portent sur la civilisation grecque antique comme sur l'art en Italie à l'époque de la Renaissance, a su renouveler l'approche traditionnelle. De plus, son enseignement a été suivi par de très nombreux étudiants qui ont diffusé les propos du maître. Parmi eux, Nietzsche. Jakob Burckhardt peut être considéré comme un véritable créateur, et c'est pourquoi son effigie figure sur le nouveau billet de 1000 francs lancé en 1998.

Un peintre contesté

Ferdinand Hodler est, en 1897, au centre d'un scandale artistique. Peintre coté, populaire, il a remporté le premier prix du concours ouvert pour la décoration de la salle d'armes du nouveau Musée national suisse. Dans le jury figurait Albert Anker. Le directeur du Musée national est l'un des plus acharnés à démolir dans la presse le projet de Hodler sur la Retraite de Marignan. Il écrit dans la NZZ: "Le tout est enfantin, pour ne pas dire ridicule. Il n' a pas de trace de réflexion; le réalisme de Hodler, dont on fait l'éloge, n'est en fait que folles chimères, où le plus naturel (...) est le sang." La Suisse romande soutient l'oeuvre de Hodler. On la juge de "facture typiquement suisse".

La Société suisse des peintres, sculpteurs et artistes

La population suisse appréciait la peinture d'histoire idéalisée. Elle souhaitait un art national, soutenu par les commandes de l'Etat pour les bâtiments officiels. Pour défendre Hodler, quelques artistes fondent, le 15 novembre 1898, à Berne, la Société suisse des peintres, sculpteurs et artistes suisses, qui demande au Conseil fédéral de soutenir la décision d'un jury de spécialistes plutôt que l'opinion publique. Finalement, en 1899, Hodler reçoit confirmation de sa commande. L'incident est révélateur. L'art contemporain fait partie de la vie publique à la fin du XIXe siècle, mais son expression est corsetée par une vision très conformiste.

Conrad Ferdinand Meyer (1825-1898)

L'écrivain zurichois partage avec Ferdinand Hodler (1853-1918) un goût prononcé pour l'histoire. Il est considéré comme le maître de la nouvelle historique. On comprend donc qu'il ait consacré un récit à l'un des héros de l'histoire grisonne au XVIIe siècle: Jürg Jenatsch. D'ailleurs, le destin de Jenatsch, qui tient du roman, inspirera, un siècle plus tard, le cinéaste Daniel Schmied. Conrad Ferdinand Meyer, grand écrivain de Zurich, fait la paire avec son rival Gottfried Keller, avec lequel il noua des rapports souvent difficiles.

Congrès sioniste à Bâle en 1897

Faut-il créer un foyer juif en Palestine? C'est l'une des questions provocantes posées par le Congrès sioniste de Bâle en 1897. Theodor Herzl a réussi son coup. Le mouvement sioniste prend son essor. Jusqu'à sa mort, survenue en 1904, Theodor Herzl multipliera les activités en faveur du sionisme, créant notamment un fonds national juif pour acquérir des terres en Palestine. Sans l'action menée par ce pionnier, il est certain que l'Etat d'Israël n'aurait pu voir le jour. A l'époque, elle est pourtant contestée non seulement par les antisémites traditionnels, exaspérés par l'affaire Dreyfus en France, mais aussi dans les communautés israélites.

Le Congrès des intérêts féminins

Les femmes suisses veulent aussi s'exprimer, comme leurs consoeurs à Chicago en 1894. Quelques Bernoises décident d'organiser à Genève, en marge de l'Exposition nationale, un congrès féministe. Emma Pieczynska-Reichenbach (1854 -1927) va l'organiser avec l'Union des femmes de Genève. En septembre 1896, le Congrès des intérêts féminins est un succès. Il rassemble des femmes de tous horizons, institutrices ou même ouvrières. La participation est internationale puisque des déléguées proviennent de France, d'Allemagne, d'Angleterre, de Russie et de Turquie. Parmi les thèmes abordés, on trouve la formation, les salaires, l'éducation mixte ou la réforme de la condition légale de la femme.

Harmonische Gesellschaft

Quatre Bernoises, Hélène de Mülinen, Emma Pieczynska, Fanny Schmid et Louise Zurlinden, avaient fondé, en 1896, l'Harmonische Gesellschaft à l'imitation de l'Union des femmes. Féministes avant l'heure, ces femmes organisent des conférences et des débats sur des sujets touchant à l'émancipation féminine. On y étudie la pensée d'Henrik Ibsen, le dramaturge norvégien, ardent féministe. Plus tard, l'association devient les Conférences féminines de la Croix fédérale (Frauenkonferenzen zum Eidgenössischen Kreuz). Grâce à leur travail pionnier, les Bernoises se situent dans l'avant-garde du mouvement d'émancipation de la femme.

Emma Pieczynska

Née en 1857 d'un père banquier bernois, Emma Reichenbach, tôt orpheline, épouse un propriétaire polonais. Elle rencontre à Loèche une féministe américaine, Harriet Clisby. Les deux femmes se lient d'amitié. Quand Emma sombre dans une grave dépression, Harriet Clisby la pousse à entreprendre des études de médecine en Suisse, pour ensuite revenir soigner les pauvres en Pologne. Emma passe sa maturité en 1887, puis entreprend des études de médecine, d'abord à Genève, puis à Berne, entrecoupées par un séjour à Boston. Elle se lie ensuite avec Hélène de Mülinen, autre pionnière du mouvement féminin, et elles vivront ensemble jusqu'à leur mort.

Inauguration du Musée national suisse

Le Musée national suisse est inauguré à Zurich en 1898. Comme d'autres institutions fédérales, il est le symbole du nouvel Etat, de la Suisse nouvelle, qui sait cependant retrouver ses racines. Au coeur du musée, on trouve la salle d'armes, décorée par Hodler, conçue comme un temple à la gloire nationale. D'ailleurs le Comité pour un Musée national suisse, déclarait, pour convaincre les Zurichois: "Qu'est-ce qu'un musée national? C'est l'incarnation de la pensée nationale. C'est le grand livre d'images de l'histoire suisse (...) C'est le temple que nous érigeons à la gloire des efforts accomplis par nos pères sur les champs de bataille ou à l'atelier."

Le fédéralisme mis à l'épreuve pour le choix du lieu

Il a fallu près de vingt ans, entre 1880 et 1898, pour voir aboutir le projet de Musée national suisse. L'un des plus âpres combats mit aux prises les villes de Bâle, Berne, Lucerne, Genève et Zurich qui voulaient toutes être le siège du nouveau musée. De plus, les fédéralistes craignaient que ce musée ne renforce le pouvoir central. En outre, les deux Chambres étaient d'avis opposé. Le Conseil des Etats tenait pour Zurich, le Conseil national pour Berne. Les caricaturistes du Nebelspalter s'en donnaient à coeur joie. Le débat fut tranché en faveur de Zurich, le 18 juin 1891.

Des maisons de la culture en pierres de taille

Les cantons et les villes imitent la Confédération. Ils investissent dans la pierre pour la culture. Des édifices à vocation culturelle sont bâtis à la fin du XIXe siècle. La prospérité matérielle entraîne la volonté d'inscrire dans la pierre le rayonnement artistique du pays. En quelques années s'élèvent des musées, des théâtres, des bibliothèques. Ce sont souvent des bâtiments imposants, comme le Musée historique de Berne, le Kunstmuseum de Zurich, le Musée d'art et d'histoire de Genève ou encore la Bibliothèque universitaire de Bâle, celle de Fribourg, voire le Palais de Rumine. Les théâtres de Bâle, de Berne et de Zurich sont construits dans le même style pompeux.

La Suisse à vocation culturelle

Des édifices aussi monumentaux soulignent la vocation culturelle du pays. Les événements artistiques historiques sont glorifiés. Ils peuvent appartenir au passé lointain, comme la retraite de Marignan, célébrée par Hodler au Musée national, ou au passé récent, comme le passage de l'armée Bourbaki en 1871, dont le peintre Castres installe le panorama à Lucerne en 1889. Les grandes institutions qui forgent la Confédération, comme la poste et les chemins de fer, reçoivent des bâtiments d'apparat. Mais la culture possède aussi ses palais. Il faudra attendre presque un siècle avant que de tels investissements soient à nouveau consentis en faveur de la culture.

Assassinat de Sissi à Genève

Parfois, le fait divers rencontre l'histoire. Elisabeth d'Autriche, impératrice et reine, trouve la mort sur le quai de Genève, en septembre 1898, assassinée par le coup de lime d'un anarchiste italien, Luccheni. L'Europe entière s'émeut. L'impératrice Elisabeth apparaît comme un personnage tragique. On connaît son régime alimentaire et sportif, qui la maintient dans une forme éblouissante. On sait aussi qu'elle refuse de se faire photographier, une fois la quarantaine venue. Pourtant, ses portraits assurent sa réputation. L'assassin semble avoir agi seul. Sa victime ne s'est pas aperçue immédiatement du coup mortel qui l'a frappée. Elle meurt sur le bateau. Le culte de Sissi commence.

L'inventeur du palace: César Ritz

L'impératrice d'Autriche était descendue au Beau-Rivage, l'un des premiers palaces genevois. Quelques mois plus tôt, l'inventeur suisse de la notion de palace avait ouvert à Paris, place Vendôme, l'hôtel le plus luxueux du monde, doté du confort le plus moderne. Cet hôtel s'appelait le Ritz, du nom de son fondateur. César Ritz, Valaisan de la vallée de Conches, voyait le couronnement d'une carrière consacrée à l'hôtellerie de luxe. Son nom est devenu indissociable d'une certaine conception de l'hôtellerie. Pourtant, il avait commencé très modestement comme cireur dans un petit hôtel.

Fondation de la haute école de Saint-Gall

César Ritz est l'exemple de ces Suisses qui se sont faits à la force du poignet. Ils sont nombreux dans ce cas à la fin du XIXe siècle. Mais, pour les managers, une formation pointue reste un atout. En 1899 s'ouvre à Saint-Gall une Ecole des hautes études commerciales. Sa réputation ne fera que croître. Elle devient une haute école spécialisée dans le domaine économique avec rang d'université. Pour les grands managers suisses, le passage par Saint-Gall va devenir obligé. Les meilleurs économistes de Suisse enseigneront à Saint-Gall.

L'affaire Dreyfus et la Suisse

Le procès pour trahison du capitaine Dreyfus déchire la France dès 1894 et suscite bien des interrogations en Suisse. Très tôt, les journaux suisses, notamment la Gazette de Lausanne et le Journal de Genève, sont convaincus de l'innocence de Dreyfus et militent pour une révision du procès. Sans doute l'influence protestante joue son rôle. Il y a bien sûr des journaux violemment antidreyfusards, comme Le Courrier. Dans l'ensemble pourtant, la presse helvétique ne manifeste pas d'antisémitisme marqué.

Cinéma, cinéma

Le cinématographe est une attraction de l'Exposition nationale, en concurrence avec le Kinétoscope de Thomas Edison. Mais il enchante ou effraie les visiteurs dès le 1er mai 1896. Parmi les films projetés: Arrivée d'un train en gare, Une partie de cartes, Vues d'un village noir. Bien entendu, il ne s'agit que de courts-métrages, muets. Très rapidement des salles s'ouvrent. La première, l'Alpineum, est inaugurée une semaine après la fermeture de l'Exposition nationale, et présente des scènes du "Village suisse"! Durant plusieurs années, le cinéma sera surtout une attraction foraine. A Zurich, il apparaît fin juin 1897, grâce à Philipp Leilich, un forain d'origine allemande.

Le rachat des chemins de fer

Le réseau ferroviaire suisse s'est développé grâce à des compagnies privées. Dès 1863, Jakob Stampfli avait émis l'idée du rachat des chemins de fer par la Confédération. Plusieurs tentatives de rachat partiel échouent. En 1891, nouvel échec qui entraîna la démission d'Emil Welti. Sous l'impulsion de Josef Zemp, à deux reprises, en 1896 et 1898, le peuple vota en faveur de la prise en main par la Confédération des réseaux ferroviaires privés. Le rachat des cinq plus grandes compagnies, le 20 février 1898, fut acquis par 386'634 voix contre 182'718. Les adversaires craignaient que les 25'000 employés des chemins de fer se transforment en autant de fonctionnaires fédéraux.

La crainte d'un socialisme d'Etat

Certains radicaux, tel Numa Droz, craignent que l'emprise de la Confédération sur les cantons ne conduise à un socialisme d'Etat. Ils dénoncent, comme les conservateurs, la bureaucratie galopante et la réglementation excessive. En 1899! A plusieurs reprises, le peuple refuse de renforcer le pouvoir de l'Etat central. Sont ainsi rejetés par référendum le monopole des allumettes (1895) comme le Code pénal militaire (1896). Les opposants s'inquiètent aussi de l'accroissement considérable de la dette publique! "L'endettement général et croissant du pays devrait forcément produire son appauvrissement graduel et risquerait de compromettre son indépendance", écrit Numa Droz en 1899.

Le "Biographe suisse"

Un Biennois, Georges Hipleh-Walt, va être le premier à filmer des actualités, notamment militaires ou sportives, qu'il présente sous chapiteau. Le Biographe suisse apparaît comme l'ancêtre des actualités cinématographiques. Il ne reste rien de la production abondante de Hipleh-Walt. Pourtant, son entreprise dépasse le simple cinéma ambulant. Elle occupe en effet deux opérateurs, deux caissières et douze musiciens. Le film étant muet, les musiciens ponctuent l'action. Dès l'origine, la musique de film joue donc un rôle capital au cinéma. Les salles ambulantes peuvent être de capacité considérable. La tente des Weber-Clément, d'Yverdon, contient 1200 places et un écran de 40 mètres carrés.

     

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