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L'industrie
en 1880
En
1880 domine en Suisse l'industrie du textile. Certes, la
production d'étoffes et de vêtements
est plutôt en baisse par rapport à l'ensemble de la production
industrielle,
mais en matière d'emploi le textile occupe encore, en 1880, 65%
de
l'industrie
suisse, alors que l'horlogerie atteint environ 10%. C'est bien
entendu
l'industrie des machines qui progresse le plus, atteignant alors
6%,
mais en
concentrant sa production dans de grandes usines. Deux secteurs
appelés
à un développement
certain demeurent modestes: l'industrie chimique et l'industrie
alimentaire.
Rétablissement
de la peine de mort
La
peine de mort avait été abolie par la Constitution de 1874.
Sous la pression
de crimes
particulièrement atroces, les cantons obtinrent en 1879, par
200'485
voix contre
181'588 (et par 15 cantons contre 7), de pouvoir réintroduire
la
peine de
mort.
Ce que la plupart d'entre eux s'empressèrent de faire. Il
faudra
donc attendre
1942 et l'unification du droit pénal helvétique pour que la
peine
de mort soit définitivement
abolie en Suisse.
Mort
de François Diday
François
Diday (1802-1877) était l'un des premiers peintres paysagistes
suisses. Il
séjourna longtemps à l'étranger et fut un artiste romantique.
On peut dire
que c'est lui
qui a mis à la mode le paysage alpestre, et surtout qui a été
le
maître de
Calame. Certes, la peinture alpestre avait déjà retenu
l'attention de
nombreux
graveurs et aquarellistes, et les gravures des Alpes se
vendaient aux
riches
touristes étrangers comme des cartes postales d'aujourd'hui;
mais faire
de la peinture
des montagnes l'un des grands genres de la peinture est
attribuable à
François Diday.
Querelles
douanières
L'Allemagne,
qui paraissait favorable au libre-échange, décide en 1879
d'adopter
un tarif
douanier très protectionniste. Les rapports commerciaux de la
Suisse
avec
l'Allemagne, puis avec la France, s'en trouvent passablement dégradés.
Les
deux autres
voisins de la Suisse, l'Italie et l'Autriche, adoptent à leur
tour
des
tarifs protectionnistes. Une véritable muraille douanière
entoure la Suisse;
c'est pourquoi
elle négocie des traités de commerce avec les voisins, mais
les tendances
protectionnistes s'accentuèrent également en Suisse, notamment
sous
l'influence
de la nouvelle Union suisse des arts et métiers.
Le
développement du vélo
Vers
1880, le vélo se développe en Suisse et les premières courses
cyclistes ont
lieu. L'essor
du vélocipède, comme on l'appelait alors, est facilité par l'invention
d'un nouvel engin dont les deux roues avant et arrière sont d'égale
grandeur: il
s'agit de la bicyclette. Jusque-là , en effet, la roue avant du
bicycle était
plus grande que la roue arrière. En 1883 est fondée
l'Association
suisse des vélocypédistes.
Bien que relativement chère à ses débuts, la
bicyclette va
devenir à la fin du XIXe siècle un moyen de transport très
populaire. De
sport de luxe en effet, elle se répand parmi les ouvriers qui
l'utilisent
pour aller à leur travail.
Suisse
urbaine ou Suisse rurale?
La
majeure partie de la population suisse en 1880 habite encore des
villages ou
des bourgs. Les
grandes cités du Plateau suisse demeurent, à l'échelle européenne,
des villes de taille très moyenne. Bâle, par exemple, compte
à peine
plus de 60'000
habitants en 1880. Genève n'est guère plus peuplée, alors que
Zurich, première
ville suisse, atteint 120'000 habitants. Les habitants des
villes sont
souvent des paysans sans travail, cadets de famille qui gonflent
la
masse des
travailleurs d'usine ou des étrangers qui forment le tiers de
la
population
urbaine. A l'époque, la moitié encore des ressortissants d'une
commune
l'habitent, ce qui signifie que la mobilité n'a pas encore dépassé
50%.
Nouvelles
habitudes d'achat en Suisse
Vers
1880, les coopératives de
consommation, dont la première avait
été fondée à
Zurich en 1851,
commencent à se répandre dans toute la Suisse. Par ailleurs,
le
public se met
à acheter des meubles fabriqués en série. On ne fait plus du
sur
mesure; bientôt
le prêt-à-porter se répandra dans les magasins de vêtements.
C'est en 1881
que Jelmoli s'installe à la Bahnhofstrasse à Zurich et
introduit
en Suisse le
grand magasin aux multiples rayons.
Première
voiture automobile
Les
habitants de Genève ont la surprise de découvrir en 1878 un
curieux engin
sur la route:
il s'agit de la première voiture automobile circulant en
Suisse,
si l'on excepte
quelques essais durant la Restauration. La voiture à vapeur de
René
Thury, véhicule
toujours en état de marche, est conservé encore aujourd'hui
à Genève.
Thury sera l'un des fondateurs de la Société des Instruments
de
Physique et un
inventeur de grand talent.
Percement
du Gothard
Le
29 février 1880 se produit un événement important:
le Gothard
est percé. Le tunnel n'est
pas encore achevé (il ne sera inauguré que deux ans plus
tard),
mais l'on sait
désormais que la traversée des Alpes va être facilitée.
C'est un
grand événement.
En effet, les travaux avaient commencé en 1872; ils ont coûté
beaucoup
de morts, 177 au total, et beaucoup d'argent. Il a fallu
refinancer le tunnel, ce qui
a coûté sa place à Alfred Escher, et les travaux dureront
encore
deux ans, soit
dix au total.
Ouverture
de la ligne du Gothard
Le
26 novembre 1882, le tunnel du Gothard est opérationnel. Désormais
le trafic
ferroviaire entre l'Allemagne et l'Italie est accéléré. En
quelques années, les
prévisions
d'exploitation sont largement dépassées, justifiant ainsi les
pronostics
de Louis Favre et surtout d'Alfred
Escher. La construction du
tunnel n'avait
pas été facile; sans électricité encore disponible. 177
ouvriers
moururent durant la construction et Louis Favre, le concepteur,
n'assista
pas à l'inauguration, victime d'une crise cardiaque le 19
juillet
1879.
L'importance du transit alpin était une nouvelle fois soulignée,
ce qui n'ira
pas sans conséquences sur la politique internationale de la
Suisse.
Le
développement de l'hygiène
Dans
les années 1880, les autorités politiques sont de plus en plus
sensibles à l'hygiène
dans les grandes villes. Elles s'efforcent en effet de mettre
fin aux épidémies de
choléra qui déciment la population et font fuir le touriste.
Elles décident donc
d'abattre les taudis. Ces programmes de rénovations urbaines
ont
lieu
dans la plupart des villes suisses. On comble les ruisseaux à
ciel ouvert qui
jusqu'alors servaient d'égouts, on perce de nouvelles rues, on
crée des places. A Bâle,
à Genève, à Lausanne, à Neuchâtel, ces travaux d'urbanisme
sont très
importants. Les villes suisses prennent leur visage moderne à
partir des
années
1880.
Catastrophe
à Zoug
Le
5 juillet 1887, une catastrophe naturelle se produit à Zoug.
Une partie des
environs
de Zoug s'effondrent dans le lac, provoquant
15 victimes et la
destruction
de 38 maisons d'habitation. Depuis le fameux désastre d'Arth
Goldau
et
l'incendie de Glaris, la Suisse centrale n'avait pas connu une
telle catastrophe
qui suscite une émotion légitime à travers tout le pays.
Tourisme
et stations thermales
Dans
les années 1880 les stations thermales relancent une forme très
ancienne de
tourisme:
la cure thermale. Plusieurs cantons comptent des dizaines de
stations
thermales;
une centaine pour le seul canton de Berne, par exemple. Des hôtels
confortables
se construisent dans ces stations, dont la plupart sont
aujourd'hui
oubliées.
Une vie sociale importante, mondaine se développe dans ces
stations qui
attirent de très nombreux étrangers pour des cures semble-t-il
profitables.
Les
Forces motrices
En
1886 est inauguré à Genève le bâtiment des Forces motrices,
construit sur les
plans
de Théodore Turettini. Ses fonctions sont multiples: pompage et
distribution
d'eau potable, fourniture de forces motrices sous forme d'eau à
basse
et haute pression. Cette eau motrice permet d'alimenter les
moteurs de
nombreux
cabinotiers (artisans horlogers genevois) et fournit une source
d'énergie
aussi précieuse que renouvelable. Le bâtiment des Forces
motrices
favorise
également la régulation du niveau du lac conjointement avec le
pont de
la
Machine, permettant ainsi à la Suisse de respecter ses
obligations
internationales.
Quelques années plus tard, il contribue aussi à la production d'électricité.
Protection
des inventions
La
Suisse est de plus en plus consciente que son développement
industriel passe
par
la recherche et l'innovation. Cependant, les inventions
nouvelles ne sont
pas
toujours suffisamment protégées par des brevets. C'est
pourquoi, en 1887, la
Constitution
fédérale est révisée afin d'y introduire un
article sur la
protection
des inventions. Désormais, la propriété intellectuelle est
mieux
protégée,
puisqu'elle se trouve garantie par le droit fédéral. C'est une
étape
importante
pour tous les inventeurs suisses. L'année précédente s'était
tenue à
Berne
une conférence internationale pour la protection du droit
d'auteur.
Un
régime fédéral pour les alcools
En
1885, la législation fédérale sur les alcools est profondément
modifiée. Deux
influences
sont marquantes: d'une part, on s'efforce de protéger la
population contre
les méfaits de l'alcoolisme, c'est notamment le rôle des
Frauenverein et
des
ligues antialcooliques; d'autre part, afin d'encourager la
viticulture suisse
ainsi que la fabrication des alcools à base de fruits, on relève
les droits
de douane frappant les importations. C'est d'autant plus nécessaire
que durant
ces années le budget fédéral est en hausse
constante,
triplant entre 1874 et
1890. C'est ainsi qu'est instauré en 1885 le monopole fédéral
des alcools avec,
pour le contrôler, la Régie fédérale des alcools.
La
traction hippomobile
Le
développement des transports publics dans les grandes villes
suisses est
évidemment
lent. En effet, la vapeur est réservée essentiellement au
chemin de
fer,
même s'il existe des chemins de fer à voies étroites. Le
tramway à vapeur
n'est
pas encore introduit; de même, l'électricité n'existe qu'à
titre
expérimental.
C'est pourquoi les premiers tramways sont des véhicules
hippomobiles,
qu'on inaugure à Zurich en 1882, ainsi qu'à Genève sur des
lignes
qui
seront ensuite électrifiées, une quinzaine d'années plus
tard.
Le
développement du tourisme à Saint-Moritz et Zermatt
L'essor
de Saint-Moritz comme station touristique est dû d'abord à la
création d'un
séjour pour curistes; puis les thermes de Saint-Moritz seront
remplacés par l'attrait
de la montagne. En revanche, à Zermatt, c'est bien l'alpinisme
qui suscite
le développement de la station. Dans les deux cas, des hôteliers
de
génie,
Badrutt pour Saint-Moritz, Alexandre Seiler pour Zermatt,
contribuent
avec
efficacité à la création de deux stations de renommée
internationale. C'est
par
exemple à Saint-Moritz que l'on construit durant l'hiver
1884-1885 le fameux
Cresta-Run,
piste de luge gelée, qui remporta un grand succès et fut imité
dans
plusieurs
stations.
L'apparition
de l'électricité en Suisse
Plusieurs
ingénieurs suisses sont captivés par les recherches menées
par
Thomas
Edison
aux Etats-Unis. Parmi eux, Théodore Turettini, qui, après
avoir construit
les
Forces motrices, bâtira l'usine hydroélectrique de Chèvres. A
Zurich, l'une des
premières installations d'éclairage public à l'électricité
est construite en 1883
par la société zurichoise du téléphone. La gare de Zurich en
profite, de même
que les halles de l'Exposition nationale de Zurich. L'Opéra de
Zurich en bénéficie
également pour une représentation de la Walkyrie. Les premières
alimentations
en courant électrique servent cependant à l'éclairage et ne peuvent
fonctionner comme un réseau.
Protection
de monuments historiques
En
1886, la Confédération promulgue un arrêté visant à la
protection des monuments historiques. D'ores et déjà les touristes appréciant le
patrimoine helvétique
avaient attiré l'attention des autorités, comme celle des
milieux vivant
du tourisme, sur l'importance qu'il y avait à protéger les
sites du passé.
En effet, le développement urbain avait conduit à la démolition
de la plupart
des enceintes médiévales. Désormais, les châteaux et les
maisons typiques
seront mieux protégés, sans pour autant que les mesures prises
dès 1886 soient
toujours efficaces.
Office
fédéral des assurances
Sur
le plan de la protection sociale, la Suisse radicale demeure très
en retard
sur
l'Allemagne bismarckienne. En effet, l'influence sociale-démocrate
en
Allemagne
a poussé à la création d'assurances
sociales. Pourtant, c'est
en
1885
que
pour la première fois la Suisse crée un Office fédéral des
assurances qui est
l'ancêtre de l'OFAS, l'Office fédéral des assurances
sociales, promis à un grand
destin au XXe siècle.
Développement
de l'industrie chimique à Bâle
1886:
date importante pour la chimie bâloise. Cette année-là en
effet, Edouard Sandoz,
Neuchâtelois (1853-1928), s'associe à Bâle avec Alfred Kern,
chimiste de génie.
Ils fondent la première usine chimique Sandoz. En une décennie
à peine, la
petite entreprise se développe considérablement; en effet,
Alfred Kern invente
de nouvelles méthodes de fabrication de colorants artificiels,
tandis qu'Edouard
Sandoz trouve de nouveaux débouchés en Asie comme en Amérique.
En quelques
années, Sandoz s'implante sur le marché international des
nouveaux colorants.
Le
développement de la chimie bâloise: Ciba
Deux
années auparavant avait été fondée à Bâle la première
société Ciba, issue
de
la collaboration entre un Lyonnais, Alexandre Clavel, et une
famille de
négociants
bâlois. En réalité, Ciba se lance également dans le marché
prometteur
des
colorants artificiels. Jusqu'alors, la plupart des colorants
devaient être fabriqués
à base de produits naturels, ce qui réduisait fortement la
palette des couleurs,
de même que la productivité. Pourtant, la société Sandoz
connaîtra
rapidement
un développement encore plus important que Ciba, qui se
tournera
également
vers les préparations pharmaceutiques.
Les
panoramas
Les
touristes admirent les panoramas dans la nature, mais les
panoramas dont on parle
ici sont des peintures géantes, installées dans des bâtiments
circulaires. Il
s'agit-là d'un instrument de vulgarisation permettant de
familiariser le visiteur
avec des batailles célèbres, par exemple. L'un des premiers
panoramas suisses
date de 1814, à Thoune, mais c'est après la guerre
franco-allemande que des
peintres se lancent dans la création de nouveaux panoramas. On
en trouve à Genève,
à Lucerne, à Zurich et même à Einsiedeln. L'un des plus
fameux se trouve à
Lucerne et représente précisément l'internement aux Verrières
de l'armée des Bourbakis
en 1871. Il est dû au talent du peintre Edouard
Castres.
Le
régulateur de René Thury
C'est
à l'ingénieur genevois René Thury que l'on doit une impulsion
décisive
pour
l'utilisation de l'électricité. En effet, René Thury invente
un régulateur
qui
permet de résoudre les problèmes des variations de tension,
puis le moyen de
transmettre
à distance l'énergie électrique. Il fait une première expérience
au
Taubenloch
en transportant l'énergie électrique sur 1,2 kilomètre. Comme
l'écrit
le
Courrier suisse du commerce le 30 mars 1884, "cette
invention revêt une
grande
importance, car à l'heure actuelle, nulle part ailleurs dans le
monde une
si
grande transmission électrique n'a été réalisée en
pratique". Quelques années
plus
tard, le courant alterné sera disponible partout.
Encouragement
aux arts plastiques
La
Confédération dispose désormais de budgets plus importants.
Elle construit
des
édifices considérables comme les postes ou le Musée national
suisse. Elle
s'efforce
donc d'encourager la production d'artistes contemporains. Il
existe
une
commission fédérale d'art; cette dernière sera d'ailleurs
critiquée pour le
soutien
qu'elle apporte à Hodler. Cependant, l'encouragement aux arts
plastiques
reste
modeste et l'on ne saurait véritablement parler d'un art
officiel, même si
les
compositions historiques recueillent l'assentiment de la plupart
des
fonctionnaires
qui se dévouent pour les arts en Suisse.
Le
Chameau à quatre bosses
Au
milieu des années 1880 le référendum est fréquemment utilisé
contre les lois fédérales;
en effet, les citoyens se plaignent de l'inflation législative.
Après le
rejet de plusieurs lois fédérales, en 1884 le "Chameau à
quatre bosses" échoue
à son tour. Sous ce nom, les caricaturistes dissimulent quatre
lois ou arrêtés fédéraux. Il s'agissait de la loi, dite de Stabio, qui voulait
soustraire
au droit pénal cantonal des procès politiques, la loi sur les
taxes de
patentes des voyageurs de commerce, ainsi que deux arrêtés fédéraux
concernant
le traitement d'un ambassadeur ou de nouveaux postes au Département
de
justice et police. Tout fut balayé dans la mauvaise humeur
générale.
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