|
Des
chaussures: une industrie
Longtemps,
la fabrication de chaussures était restée artisanale. Chacun,
d'une
certaine manière, portait des chaussures faites sur mesure. Un
Suisse d'origine
autrichienne, Karl Franz Bally (1821-1899), a joué un rôle déterminant
dans la
transformation de l'industrie de la chaussure. Il installe sa
fabrique dans un
village du canton de Soleure, Schönenwerd. L'entreprise connaît
rapidement un
grand succès; Bally devient l'un des leaders mondiaux de
l'industrie de la chaussure, ses produits rayonnent à l'étranger. Il s'inspire
d'ailleurs des méthodes d'organisation américaines pour accroître la
productivité de ses usines.
Nieder
mit dem Respekt: à bas le respect
A
la fin des années 1860 apparaît en Suisse le mouvement démocrate
qui veut
lutter
contre les barons radicaux, tel Alfred Escher, qui défendent un
régime purement représentatif pour le peuple mais sans le peuple. Dans
le canton de Zurich, les démocrates tiennent des assemblées à Uster,
Winterthour et Zurich. Un programme de réforme démocratique
comportant le
référendum
obligatoire,
l'initiative
législative et le droit de révocation du Grand Conseil est
adopté. La
Constitution zurichoise est révisée selon ces principes en
1869. C'est la fin
de la domination politique d'Alfred Escher. Il demeure très
puissant sur le plan économique.
Le
Vetterli
La
guerre entre l'Autriche et la Prusse, qui avait abouti à la
bataille de Sadowa en 1866, attire l'attention sur la nécessité de mieux
équiper l'armée
suisse.
C'est à ce moment qu'on décide de fournir aux soldats suisses,
qui restent essentiellement rattachés à un commandement cantonal,
un fusil à petit calibre et à répétition qui deviendra célèbre, le
Vetterli.
Cette arme équipera
le
fantassin suisse durant de longues années.
La
Convention du Gothard
Traverser
les Alpes par chemin de fer permettra l'extension du réseau ferroviaire. Le Gothard est évidemment le trajet le plus court,
mais les frais de percement de la montagne sont considérables. En
1869, on
signe entre la Suisse, l'Italie et les Etats allemands la Convention du
Gothard. Le coût de la
ligne
se monte à 187 millions de francs. La Prusse, le Bade et le
Wurtemberg
accordent ensemble 60 millions, l'Italie 25, Gênes 10, les
milieux privés
doivent contribuer pour 102 millions. On constate que le
financement de la
construction de la ligne du Gothard est déjà moderne,
puisqu'il allie les pouvoirs publics aux réseaux bancaires
privés. Ce montage
financier est réalisé
par Alfred Escher.
Transformation
de l'alimentation quotidienne
Une
industrie alimentaire naît en Suisse, grâce aux innovations
apportées par des inventeurs de talent doublés d'industriels. Par exemple, en
1866 apparaît le
lait
condensé et la même année Maggi lance sur le marché le
potage en sachet.
Désormais, on peut conserver du lait durant plusieurs semaines
et avoir toujours un potage sous la main. En 1870, de la farine lactée pour
enfants fait son apparition.
Les
démocrates progressent
Le
mouvement démocrate s'étend à d'autres cantons: en Thurgovie,
à Berne, à Soleure, à Lucerne et en Argovie, entre 1868 et 1869. La
Thurgovie adopte une constitution très semblable à celle de Zurich. Berne introduit
le référendum
obligatoire sur toutes les lois, y compris le budget, alors que
Soleure ou Lucerne se contentent du référendum obligatoire ou facultatif.
L'Argovie, en 1870, imite Berne. Les démocrates ont donc pratiquement, vers
1870, gagné l'ensemble des cantons du plateau suisse
alémanique. Leur poids
sera grand dans
la
révision de la Constitution fédérale dans le sens de
l'affirmation des droits populaires.
L'arbitrage
de l'Alabama
La
Suisse exerce sa médiation dans le conflit entre les Etats-Unis
et la Grande-Bretagne. Le croiseur sudiste Alabama avait été coulé par un
navire nordiste au large de Cherbourg en 1864. L'Angleterre et les Etats-Unis
acceptent une décision arbitrale en
1872, qui est rendue à Genève. C'est la
première fois que
la
Suisse rend officiellement entre deux grands pays une sentence
arbitrale et cela conforte la position internationale du pays.
La
crise économique
En
raison, peut-être, de la guerre franco-allemande, la crise économique
s'installe dès 1873. Elle entraînera une profonde
dépression
qui frappe le monde industriel. Cette dépression, qui durera jusqu'aux années
1890, provoque une baisse des prix et des salaires. De nombreuses entreprises font
faillite. Entre
1872 et 1877, les exportations horlogères reculent de 60% en
volume. Pourtant,
alors que la crise entraîne l'incertitude en Suisse, le développement
du pays
continue. La crise se fait durement sentir dans le secteur
agricole; elle
explique aussi le développement des organisations ouvrières.
L'Union
internationale télégraphique
L'une
des premières organisations internationales au sens moderne du
terme est l'Union internationale télégraphique, fondée le 17 mai 1865 à Paris entre 20 pays. Rapidement, cette
organisation
internationale installe des bureaux à Berne en 1869. Sa tâche
est de fournir
toutes les indications nécessaires sur l'ouverture, le
changement, l'interruption ou le rétablissement des lignes télégraphiques
ainsi que sur les
taxes perçues. De même, l'Union internationale télégraphique
doit procéder à des études scientifiques et techniques sur le télégraphe et le téléphone.
Loi
fédérale sur le travail
Le
21 octobre 1877, une loi fédérale sur le travail est approuvée
par 181'204
voix contre 170'857. La Suisse romande, à l'exception de
Neuchâtel,
pour des raisons fédéralistes, a voté contre. Zurich, Saint-Gall et
Appenzell ont fait de même, car la nouvelle loi limite fortement la durée du
travail; or, dans ces cantons, le travail à domicile est bien implanté. C'est le
cinquième référendum depuis 1874. Il efface la frontière traditionnelle héritée
du Kulturkampf.
Parmi les dispositions essentielles de la loi, qui limite la
journée de travail
à onze heures, figure l'obligation pour les employeurs de
verser le salaire de
leurs
ouvriers en espèces et non plus en nature (aliments,
combustibles).
Le
Code des obligations
Un
Code des obligations, première grande mesure d'unification du
droit civil en Suisse, entre en vigueur en 1881, conformément aux dispositions
constitutionnelles de 1874. Cela n'a pas été une mince affaire
que d'unifier le droit des obligations. Désormais, les règles essentielles des
contrats sont les mêmes pour toute la Suisse. Le Code des obligations est écrit
dans une langue simple et directe, intelligible aux campagnards comme à l'homme
d'affaires. Il
faut
noter que le droit de la famille, celui de la propriété ou des
successions,
ne sera unifié qu'en 1912.
L'opéra
Grâce
aux legs du duc de Brunswick, la ville de Genève peut
construire en 1879,
sur le modèle de l'Opéra Garnier de Paris, son
Grand-Théâtre.
Ce dernier est le premier opéra digne de ce nom en Suisse. Il comporte 1450
places. Surtout, son
grand lustre à 400 lampes et sa mécanique hydraulique sont les
plus modernes de Suisse. Ce n'est que douze ans plus tard, en 1891, qu'est
inauguré le
Schauspielhaus
de Zurich.
Les
arts de la scène se répandent en Suisse, où
Richard
Wagner, par exemple, connaît immédiatement un grand succès.
César
Ritz à Lucerne
En
1878 est nommé à l'Hôtel National de Lucerne un nouveau
directeur: César Ritz. Le jeune directeur, encore inconnu, transforme en trois
ans le Grand Hôtel
National en un rendez-vous de la meilleure société européenne.
Pour dire le
vrai, il transforme l'hôtel lucernois en un véritable palace.
C'est le début de
la gloire pour l'hôtelier valaisan, César Ritz, dont le nom va
devenir synonyme
de palace dans toute l'Europe. Quittant la Suisse, César Ritz
fondera des hôtels
à Cannes, à Paris, à Londres, mais
c'est à Lucerne que l'épopée
de la grande
hôtellerie de luxe commence. Le tourisme helvétique doit
beaucoup à César Ritz et à ses méthodes.
Modification
structurelle de la population active en Suisse
Entre
1850 et 1880, d'importantes modifications structurelles de la
population
active se produisent en Suisse. Elles traduisent l'évolution du
pays: d'une
part, les paysans, qui étaient encore 620'000 en 1850,
descendent à 558'000 en
1880, passant ainsi de 48 à 37% de la population active;
d'autre part, le secteur tertiaire (les services) passe, lui, de 110'000
travailleurs à 280'000 en 1880. En ce qui concerne le secteur
secondaire, son évolution
est plutôt interne: les 543'000 personnes recensées n'ont que peu augmenté
en une trentaine d'années. Par contre, la part des artisans et des indépendants
a fortement baissé en faveur des ouvriers d'usine.
Agitateurs
politiques en Suisse
A
cette époque, vers 1880, la Suisse continue de donner asile à
bon nombre de réfugiés politiques, anarchistes ou
communistes. Le Conseil fédéral
est parfois obligé de prendre des mesures d'interdiction; par exemple en
1878 contre le
journal anarchiste L'Avant-garde, imprimé à La Chaux-de-Fonds,
et en 1881 on expulse le prince Kropotkine, qui, à Genève, se félicite de
l'assassinat du tsar Alexandre II. En revanche, les socialistes allemands,
adversaires de la
politique de Bismarck, trouvent des relais chez les socialistes
suisses et le gouvernement se garde de prendre à leur encontre des mesures
aussi sévères
qu'envers
les anarchistes.
Mort
d'Henri Frédéric Amiel (1821-1881)
La
disparition d'Henri Frédéric Amiel, professeur à Genève,
auteur de poèmes et du chant patriotique Roulez tambours, passe inaperçue. Peu de
gens savent qu'il
laisse un Journal intime monumental dont la publication complète
n'aura lieu
qu'un siècle plus tard. Amiel, mélomane ayant étudié en
Allemagne, est l'archétype de l'intellectuel protestant romand plongé dans
une introspection sans limite. Après les Confessions de
Rousseau, le Journal
d'Amiel est l'un de ces sommets de la littérature autobiographique de langue française.
Les fragments parus peu après sa mort consacrent déjà sa réputation.
Les
débuts du téléphone
La
première concession téléphonique suisse est accordée dans le
canton de Vaud, pour une liaison entre l'asile psychiatrique de Cery et le
bureau d'assistance publique de Lausanne. A Genève, la première liaison téléphonique
relie la prison à la police. Rapidement, l'usage du téléphone se répand dans
les bureaux et dans
les
banques. A la fin de 1880, le réseau téléphonique compte déjà
144 employés. On peut noter que l'usage du téléphone invente "une
nouvelle profession
exclusivement dévolue aux femmes"; les demoiselles du téléphone
sont en effet nécessaires dans les centraux téléphoniques pour raccorder
entre eux les usagers, du moins avant l'automatisation de ces centraux.
|