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La
première ascension du Cervin
Le
Cervin se dresse comme une montagne mythique. Personne ne l'a
encore vaincue
en 1865, malgré de multiples
essais. Un jeune alpiniste britannique,
Edward
Whymper, aidé de guides expérimentés, décide
finalement de vaincre la montagne.
Il y parvient, mais sa cordée doit enregistrer un accident
mortel et sa victoire
en est entachée. Pourtant, le Cervin est vaincu et cette
ascension réussie
connaîtra un grand retentissement dans le monde entier. De
nombreux alpinistes
voudront ensuite réitérer l'exploit de Whymper.
Fondation
de la Croix-Rouge
En
1863, à Genève, sur
l'initiative d'Henry Dunant qui
avait publié quatre ans
auparavant Un souvenir de Solferino, cinq Genevois
créent le Comité
international de la
Croix-Rouge, afin de venir en aide aux victimes de la guerre
et aux prisonniers de guerre. Pour la première fois se
manifeste une volonté
internationale de réglementer le droit des blessés et des
militaires. Le premier
comité international est présidé par le général Dufour;
Henry Dunant en est le
secrétaire. Les trois autres membres sont Gustave
Moynier, qui va jouer un rôle
très important pendant près d'un demi-siècle comme président
du CICR,
Théodore
Maunoir
et le docteur Louis Appia.
La
Convention de Genève
L'année
suivante, une conférence internationale se réunit à Genève.
Henry Dunant
en est le secrétaire. Il s'agit de régler par convention
internationale entre
les
puissances européennes les principes qui animent la
Croix-Rouge. Au palais de l'Athénée est signée en août 1864 la première Convention
de Genève. C'est un succès pour la Suisse; c'est surtout le début d'une immense
aventure en faveur de la paix et des victimes de la guerre.
Emeutes à Genève
Le
jour même où était signée la Convention de Genève, les rues
de cette ville sont ravagées par l'émeute. Une élection partielle au Conseil
d'Etat a donné la victoire au candidat conservateur Arthur Chenevière contre
James Fazy, le leader
radical qui a créé la Genève moderne. Les partisans de Fazy
n'acceptent pas le résultat
du scrutin et prennent les armes. Une fusillade
éclate, on relève
plusieurs morts. Les responsables sont déférés aux Assises fédérales.
Bâle-Campagne
à la tête du mouvement démocrate
Le
demi-canton de Bâle-Campagne est le premier où les idées du
mouvement
démocratique s'instaurèrent. En effet, une trentaine d'années
après s'être
séparés de Bâle-Ville, les Bâlois de la campagne votèrent
une nouvelle
constitution à l'instigation d'un instituteur nommé
Rolle.
Cette constitution
instituait le référendum obligatoire pour toutes les lois et
prévoyait la possibilité de l'initiative populaire en matière législative,
ainsi que l'élection du Conseil d'Etat par le peuple, ce qui à l'époque
était une nouveauté absolue. Ce populisme ne manqua pas de conduire à
des excès, mais l'exemple bâlois montrait que l'on pouvait étendre les droits
populaires.
Le
réseau des chemins de fer
Au
XIXe siècle, la création des réseaux de chemin de fer est éminemment
politique. La Confédération avait renoncé à développer son
propre réseau, donc
les compagnies avaient pour base des concessions
cantonales,
ratifiées par la
Confédération. En Suisse alémanique, deux grands réseaux
existaient: le Central,
qui de Bâle allait jusque dans l'Oberland bernois et à
Lucerne; le Nord-Est, qui
de Zurich rejoignait le réseau du Central à l'ouest et, à
l'est, tenait
Schaffhouse, Glaris et la Thurgovie. Toutes ces compagnies de
chemin de fer
étaient dans des situations financières précaires, dans la
mesure où les investissements avaient été lourds et les rendements restaient
minces.
Accords
douaniers
La
Suisse vit de ses exportations, aussi veut-elle conclure avec
ses voisins des
accords douaniers. En effet, les droits de douane élevés représentaient
une politique protectionniste contraire aux intérêts
helvétiques.
De ce point de
vue, la Suisse était partisane du
libre-échange, comme
l'Angleterre. Elle
passera des accords douaniers avec la France en 1864, puis avec
l'Autriche en
1868, l'Italie en 1869 et les États allemands en 1870. Plus de
la moitié des importations helvétiques provenaient des
États voisins, alors
que ces derniers
n'absorbaient que 40% des exportations
suisses. Déjà la
structure commerciale de
la
Suisse, quoique déséquilibrée, était largement tournée vers
les pays lointains.
Le
mouvement démocrate
En
effet, le mouvement démocratique prend son essor dans la décennie
1860-1870, non seulement à Bâle-Campagne, mais aussi à Berne, à
Lucerne, à Zurich, en Argovie, en Thurgovie et même à Genève. Son but est d'obtenir
l'extension des droits populaires. Grâce au mouvement démocrate, le référendum,
obligatoire ou facultatif, sera introduit dans plusieurs cantons. La démocratie
directe ou semi-directe retrouvait donc ses droits. En effet, la révolution
radicale était restée une révolution des élites, des notables, des
industriels; elle n'avait guère atteint le peuple pour lequel elle prétendait lutter.
Le
mouvement démocratique représente la seconde étape de la création de
l'Etat fédéral moderne.
Mort
d'Alexandre Calame
Alexandre
Calame (1810-1864) est lui aussi passionné par les paysages
alpestres. Il
a été l'élève à Genève de François Diday. Il commence par
peintre le Léman et
les
vallées de la Savoie, mais après avoir visité l'Oberland
bernois et en avoir
tiré
un tableau superbe et célèbre, L'orage à la Handeck, il
acquiert une célébrité internationale. Alexandre Calame est le plus grand
peintre de montagnes suisse. C'est lui qui, par exemple, peindra en 1864
Le
Mont Rose.
Le
développement de la chimie bâloise
L'industrie
chimique bâloise repose d'abord sur les colorants. Pourtant,
les
Bâlois n'étaient pas les premiers à avoir fait des découvertes
importantes.
C'est à Lyon que des colorants artificiels étaient fabriqués
pour la rubanerie
bâloise dès 1859. Pourtant, en 1864, le négociant bâlois
Jean-Rodolphe Geigy
reprendra une fabrique de colorants artificiels. En 1884, la
société Ciba mènera
la
même activité. Ces sociétés se montrent actives également
dans la recherche
de produits pharmaceutiques, mais il ne faut pas se leurrer:
l'industrie
chimique si prometteuse reste alors une industrie au chiffre
d'affaires peu élevé. L'essor de la chimie bâloise aura lieu au début du
XXe siècle.
Alfred
Escher victime du mouvement démocrate
Le
système Escher à Zurich domine entre 1848 et 1868, bien
qu'Alfred Escher ait quitté le gouvernement en 1857 déjà. On dénonçait Alfred
Ier, on moquait le Tsar
des Zurichois. Alfred Escher était en effet tout à la fois
conseiller national,
président du Crédit Suisse, de la Ligne du Gothard et de bien
d'autres sociétés.
Pourtant, Alfred Escher ne visait pas tant son pouvoir personnel
que la modernisation du pays. De ce point de vue, son activité est
exemplaire dans le
développement économique et industriel de la Suisse moderne.
C'est l'un des
grands Suisses du nouvel Etat fédéral.
Le
développement de l'hygiène
L'apparition
du choléra dans les grandes villes suisses suscite l'inquiétude
des autorités; des lois sur l'hygiène sont adoptées à
Neuchâtel
et à Saint-Gall. A Zurich, en 1867, les autorités prennent des mesures
d'assainissement des rues et
d'adduction d'eau potable. Désormais, les logements insalubres
seront rasés dans la
mesure du possible. Le gouvernement zurichois s'efforce également
de contrôler la qualité des denrées alimentaires. Il en va de même
à Berne, qui développe son réseau à haute pression entre 1867 et 1868,
puis à Genève, où l'on s'efforce également de remplacer les taudis par des immeubles où
l'air et la lumière circulent largement.
La
carte Dufour
En
1864, l'entreprise commencée par le colonel Guillaume Henri
Dufour, alors qu'il n'était qu'officier de l'armée fédérale, est enfin
achevée. La carte Dufour, instrument topographique alors unique en Europe, ne sera
remplacée quelques années plus tard que par la carte
Sigfried. Les
hachures, la manière de représenter les montagnes, les vallées et les cours d'eau font
date dans l'histoire de la géographie.
Fondation
de la Ire Internationale: le congrès de Genève
La
Ire Internationale socialiste a été fondée en 1864. C'est à
Genève qu'elle tient, en septembre 1866, son premier congrès. Les 33 délégués
suisses, qu'entouraient
17 délégués français, 3 allemands, 2 anglais, sont
accueillis par
Jean-Philippe
Becker, Allemand et Suisse, qui prononce le discours inaugural.
Lors
de ce congrès on discute de l'organisation de l'Internationale,
mais aussi
du
système coopératif ou de la réduction de la durée du
travail. Il est
intéressant
de noter le choix de Genève: en effet, ni la France ni
l'Angleterre
n'auraient
accepté d'accueillir sur leur sol un tel congrès.
Développement
de l'industrie horlogère jurassienne
L'industrie
horlogère suisse dans la première moitié du XIXe siècle est concentrée
à Genève et dans la vallée de Joux. De grandes marques,
telles que Vacheron
& Constantin ou Patek
Philippe, développent les premières
la fabrication
de montres en usine. Ces nouvelles méthodes de production vont également
se répandre à partir de 1850 dans le Jura neuchâtelois, puis
dans le Jura
bernois et à Bienne. On constate alors l'apparition de
fabriques de montres dont
les produits, sans être aussi luxueux que les produits
genevois, vont s'exporter
dans le monde entier, aussi bien en Amérique qu'en Chine. Une
grande époque
de l'industrie horlogère suisse débute dans les années 1860.
Création
des banques cantonales
Les
grands établissements bancaires ne suffisaient pas à assurer
le
développement
économique harmonieux du pays. En effet, artisans, petits
paysans ou commerçants avaient besoin d'instituts de crédit.
Malheureusement, il n'existait que des banques d'affaires ou de
gestion de fortunes. On assiste à la création, suscitée par
certains radicaux, des premières banques cantonales. C'est par
exemple le cas à Genève en 1847 de la Banque de Genève et de
la Caisse Hypothécaire. Dans bien des cantons, Schaffhouse, Bâle-Campagne,
Appenzell, se créent des banques cantonales, y compris à
Zurich en 1869, alors même que le canton est doté d'instituts
bancaires solides et importants.
Neuchâtel pionnier de la santé
publique
C'est le canton de Neuchâtel qui le premier, en
1862, a
adopté une loi parlant de "délit contre la santé
publique", puis l'a complétée par des règlements de 1864
et 1868 sous l'autorité du docteur Guillaume, qui fut ensuite
directeur du Bureau fédéral de Statistiques. Dans chaque
commune, Neuchâtel institue des commissions de santé chargées
du contrôle des denrées alimentaires, des habitations
malsaines, des fontaines, des égouts et des industries
dangereuses.
La
non-réélection d'Ochsenbein au Conseil fédéral
Ulrich Ochsenbein
avait été un radical ardent que la pratique du pouvoir avait
quelque peu assagi. Il fit de surcroît l'erreur de soutenir le
gouvernement du landammann Bloesch, à Berne, qui avait
renversé le gouvernement radical et écarté, par les urnes,
Jakob Stämpfli du pouvoir. A peine sorti de prison, où il
avait été enfermé pour diffamation, Jakob Stämpfli fut élu
président du Conseil national. En 1854, au sixième tour de
scrutin, il fut élu conseiller fédéral en lieu et place
d'Ulrich Ochsenbein. Ce dernier devenait le premier (et l'un des
très rares) conseiller fédéral à ne pas être réélu.
Jeremias
Gotthelf (1797-1854)
De son vrai nom
Albert Bitzius, de son métier pasteur à Lützelflüh, dans
l'Emmenthal, Jeremias Gotthelf est l'écrivain
suisse qui domine la littérature de son époque. Nul mieux que
lui n'a su décrire cette Suisse populaire des campagnes en
train de vivre une fantastique mutation. Dès 1837, il enchaîne
les récits pris sur le vif, grâce aux observations d'après
nature que lui permettait son métier, ou tirés de légendes
helvétiques. La langue de Gotthelf elle-même, mêlée de
dialecte et d'allemand littéraire, se rapproche du langage du
peuple. Enfin, l'écrivain bernois n'hésite pas à prendre
position face aux abus du temps, à l'égard des paysans
endettés par exemple.
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