SOMMAIRE - Divers

La rubrique Divers regroupe divers travaux et dossiers relatifs à des sujets variés ou spécifiques. Ainsi, par exemple, un important dossier consacré à l'Histoire de la Suisse, un index de personnalités historiques, des chronologies, des dossiers d'histoire économique, d'introduction aux études historiques ou de didactique de la discipline.

 

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Henri Monod (1753-1833)

 
 

Tubingue 1773, un jeune Vaudois, provoqué par un étudiant allemand qui le taquinait avec son épée, lui tombe dessus, s'empare de l'arme et le chasse à grands coups de pied aux fesses. Morges 1780, rencontrant un confrère plutôt caustique, Jean-Jacques Cart, alors bien en cour auprès des Bernois, ce jeune homme, devenu lui-même avocat, roue de coups de bâton son confrère qui l'avait, quelques jours plus tôt, violemment pris à partie dans une plaidoirie. 16 avril 1803, cet individu est élu président du Petit Conseil, premier magistrat vaudois du nouveau canton, après avoir déjà été élu membre à vie du Grand Conseil le 14 avril 1803. Le 13 octobre 1803, ce Cincinnatus vaudois donne sa démission du Petit Conseil, et le Grand Conseil ne lui en donne quittance, avec regrets, que le 30 janvier 1804.

Fils d'Emmanuel Monod et de Catherine Péronnet, Henri-Joël-Emmanuel Monod est né le 20 janvier 1753 à Morges. Après avoir suivi tant bien que mal le collège, puis avoir été mis en demi-pension chez le principal du collège de Morges, Monod est placé par son père à Aarau pour y apprendre l'allemand. Il y reste dix mois et n'y apprend pas grand-chose, comme il le confessera plus tard. De retour à Morges, plus intéressé, semble-t-il à lire ses Mémoires, par les demoiselles que par les études, il suit néanmoins les cours privés du ministre Mandrot (second pasteur de Morges de 1768 à 1812). Comme beaucoup d'autres Vaudois, Monod part alors en 1773 pour Tubingue, petite ville du Wurtemberg dont l'Université jouissait d'une excellente réputation. La philosophie de Kant y était fort prisée. Frédéric-César de Laharpe, François de Ribeaupierre, Henri Carrard, son fils Charles, Louis Secrétan, Emmanuel de Laharpe, Charles Secrétan, les Urbigènes François-Samuel Carrard et Charles-Samuel-Jean-Dapples y séjournèrent notamment. C'est ainsi que Frédéric-César de Laharpe et Monod vont connaître une amitié qui ne faiblira pas par la suite. Laharpe, travailleur acharné, sort peu. Monod s'y ennuie. Rentré au pays, Monod part à Valence où il achète son doctorat:

«
Ce fut l'affaire d'un couple d'heures pendant lesquelles ces messieurs, discutant avec non moins de volubilité que de politesse, prouvèrent à la Faculté combien le silence que je gardais, à peu près tout ce temps, annonçait mon savoir et combien j'étais dignus intrare in nostro docto corpore. » Monod, Souvenirs.

Avocat en cours inférieure et baillivale, puis - honneur suprême - devant la Chambre des appellations romandes qui siège à Berne, Monod ne brille guère d'un enthousiasme débordant pour cette profession. L'affaire Cart achève de le dégoûter du métier. Une sentence arbitrale donne en effet tort à Monod. Ce dernier et son oncle, estimant que l'arbitre bernois avait jugé tout autre chose que l'épisode des coups, refusent de se soumettre et sont emprisonnés quelques jours. C'est en tentant d'obtenir la révision de la sentence que Laharpe, conseil de Monod, s'entendit dire par l'avoyer Steiger: «
Ignorez-vous peut-être que vous êtes nos sujets. » Laharpe, dégoûté du métier, va alors cristalliser son énergie contre le régime bernois. Il a trouvé la cause de sa vie. Monod, déjà facteur des sels, obtient en 1781 la charge d'assesseur baillival grâce à l'appui de son parent Lentulus. Cette même année, il épouse Marie-Eléonore Bourgeois. Membre du Conseil des douze, Monod prend une part active à la résistance des Morgiens face à LL. EE. de Berne qui entendaient lever un nouvel impôt, résistance couronnée de succès à la grande surprise de tous. L'affaire du Grand Chemin ainsi nommée lui ouvre définitivement les yeux sur l'état d'assujettissement de son pays. Il mène cependant une vie tranquille sans souci financier. Affable et modeste, connu pour ses qualités de bon gestionnaire, il est choisi par la ville de Morges comme délégué au Comité central qui devient, le 24 janvier 1798, l'Assemblée provisoire. Avec Urbain de la Fléchère, Monod est envoyé le 27 janvier à Paris pour, officiellement, remercier le Directoire puis, officieusement, sonder ce dernier sur ses intentions vis-à-vis du Pays de Vaud. La nouvelle Constitution helvétique entrée en vigueur, il devient le président de la Chambre administrative, autorité chargée d'exécuter les lois et d'administrer le canton du Léman. Monod, qui s'est établi à Lausanne, ne ménage pas sa peine.

A la suite du coup d'Etat du 7 juin 1800, qui chasse Laharpe et Philippe Secrétan du Directoire, Monod démissionne après avoir sollicité sa mise en congé. Il part pour Paris avec son épouse, son fils et sa fille. Les coups d'Etat des 7 et 8 août 1800, puis surtout celui du 27 octobre 1801 consacrent le succès des partisans de l'Ancien Régime. En février 1802, la révolte éclate et les insurgés brûlent châteaux et «terriers», c'est l'épisode des
Bourla-Papey. Un nouveau coup d'Etat, le 17 avril 1802, met au pouvoir un gouvernement certes unitaire, mais vite aux abois. A Paris, Monod profite de son séjour pour écrire une histoire du canton de Vaud. Il y noue des contacts intéressants avec le monde de la finance, des arts et de la politique. A la suite du décès de son père et des héritages de son épouse, Monod n'a aucun souci financier. Observateur toujours attentif de son pays, il saisit bien vite les aspirations des Vaudois au calme et à une paix sociale retrouvée. Il rentre à Morges en juillet 1802 et accepte alors le poste de préfet du Léman que le gouvernement lui offre littéralement. Monod y a cependant posé une condition bien vite acceptée: l'amnistie des Bourla-Papey. L'heure est grave. Berne est prise par l'armée fédéraliste et certains Vaudois réclament le retour du Pays de Vaud dans le giron bernois. Le pays se découvre alors un chef. Monod joue habilement l'unité du canton. Il a en effet d'assez bons contacts avec de Haller et de Mestral, partisans déclarés de l'Ancien Régime. Depuis l'amnistie, il a l'appui des paysans. L'insurrection d'Orbe est rapidement matée et Monod galvanise les Vaudois par ses proclamations:

«
Croyez plutôt l'homme qui jusqu'ici ne vous a pas trompés... il faut sauver la liberté, nous la sauverons, non en nous laissant acheter par nos anciens maîtres, mais par l'union, le calme et le courage. » Proclamation du 22 septembre 1802

L'armée helvétique, ou ce qu'il en reste, est battue près de
Faoug. Le gouvernement helvétique se réfugie à Lausanne et s'apprête à passer en Savoie. Très habilement, Monod bat le rappel des troupes et organise la défense du pays. L'armée fédéraliste est aux portes du canton lorsque arrive, le 4 octobre 1802, le général Rapp porteur d'un message de Napoléon, qui ordonne la cessation des hostilités et la réunion d'une Consulta helvétique. Estimant qu'une députation véritablement représentative du canton serait mieux à même de défendre l'indépendance de celui-ci, Monod n'est pas opposé à ce que des modérés, proches des aristocrates, en fassent partie. Très vite, devant l'opposition de ses propres troupes, Monod doit renoncer. La députation vaudoise à Paris sera unitaire. De fait, chef de la députation vaudoise, Monod prend une part prépondérante aux discussions et à l'élaboration d'un projet de constitution vaudoise, constitution peu démocrate au demeurant, les députés craignant de voir les anciens chefs des Bourla-Papey prendre trop d'importance. Napoléon veillant sur leur droite, les futurs dirigeants se gardent ainsi de leur gauche. Ils ont pris goût au pouvoir et n'entendent plus le partager, ni à l'extérieur, ni à l'intérieur. Napoléon leur impose cependant une Constitution plus démocratique, inspirée du projet thurgovien.

Le
10 mars 1803, la Commission provisoire créée par l'Acte de Médiation, présidée par Monod, proclame la souveraineté du canton. Cette commission est chargée de la mise en place des autorités du nouveau canton. Les modérés sont de loin majoritaires au Grand Conseil, au grand soulagement de Monod. Le canton sur le bon chemin et entre de bonnes mains, Monod démissionne six mois après son entrée au Petit Conseil. L'esprit vif et ardent, généreux dans l'action mais modéré dans le discours, il n'a pas la fibre politicienne. Il n'a ni le goût de l'intrigue, ni la soif du pouvoir. Il n'a d'ailleurs pas besoin d'une fonction officielle pour vivre décemment. De retour à Morges, il publie en 1805 ses Mémoires et se replonge dans la rédaction de son ouvrage sur l'histoire vaudoise. Il a la joie de voir son fils Jean-Louis épouser en 1806 Hélène Charlotte Boethlingk, soeur de l'épouse de Frédéric-César de La Harpe, qui devient ainsi son beau-frère. Après un bref séjour à Paris en 1804, Monod y retourne, en 1810, avec Jules Muret cette fois, en mission secrète pour le Petit Conseil, qui les charge de sonder le gouvernement français sur ses intentions vis-à-vis du canton. Napoléon les rassure: le pays restera indépendant. Tout en gardant un oeil avisé sur les affaires du canton, Monod mène une existence paisible. Le 10 avril 1811, pourtant, après s'être longuement laissé convaincre, il est réélu au Petit Conseil. Après la bataille de Leipzig, le 18 octobre 1813, il pressent la chute de l'empereur et le danger pour le pays. Il appelle son vieil ami Laharpe à la rescousse en le priant d'intervenir auprès du tsar Alexandre. Empêché, Laharpe lui remet une recommandation pour le tsar. Monod se rend à Fribourg-en-Brisgau, auprès du tsar. Il le rencontre le 28 décembre 1813 et Alexandre l'assure de ses bons sentiments envers le pays:

«
On ne souffrira pas, écrit le tsar à Frédéric-César de Laharpe, que l'existence du canton de Vaud et d'Argovie soit compromise ou inquiétée par Berne. »

Le général autrichien
Bubna est à Lausanne avec ses troupes mais, impressionné par Pidou, il renonce à prendre parti pour les Bernois qui réclament la restitution du Pays de Vaud. Monod rejoint Muret à Zurich, à la Diète, où il plaide notamment pour le maintien de l'indépendance du canton d'Argovie. En avril 1814, le tsar Alexandre réussit à convaincre les alliés. Le canton est sauvé mais il doit adopter une nouvelle constitution le 4 août 1814, constitution nettement réactionnaire qui sacrifie au goût du jour et consacre la primauté de l'exécutif sur le législatif. Si les Cent Jours sont une rude épreuve pour le canton, suspecté de bonapartisme, la tension s'apaise peu à peu. Les hommes de 1803 demeurent au pouvoir et peuvent continuer d'oeuvrer à la prospérité du canton. Le 8 mai 1820, Marie-Eléonore Monod décède. Cruellement atteint par la perte de sa femme, Monod remet ses biens à ses enfants. Le décès de Pidou, en 1821, et un état de santé déclinant l'amènent peu à peu à se désintéresser des choses de ce monde, notamment de la politique. Jules Muret devient pratiquement le maître absolu du gouvernement et de la politique vaudoise. Dès les années 1820, le monde politique vaudois s'embrase à nouveau. En effet, le réveil religieux que provoquent les tendances piétistes et méthodistes divise les Vaudois en majorité opposés aux «mômiers». Monod est l'un des seuls à plaider la tolérance en Grand Conseil, mais en vain. La Loi du 20 mai 1824 interdit toutes assemblées religieuses en dehors de celles de l'Eglise officielle. Après être resté au gouvernement, semble-t-il, pour tempérer un Muret plus intransigeant que jamais, Monod, suivant en cela le souhait de son ami de Laharpe, démissionne en juillet 1830. Retiré de toute vie politique ou active, il décède le 16 septembre 1833 dans sa 81e année.

     

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Un article de

- Conod, Philippe (2002), Henri Monod, in Vaud sous l'Acte de Médiation, 1803-1813. Bibliothèque historique vaudoise, Lausanne.

 

 
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La Suisse de la Médiation

 

Un récapitulatif sur ce que fut la Suisse de la Médiation, avec un regard particulier porté sur le canton de Vaud...  

       
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