Fils
du célèbre pénitent de Canossa
Henri
IV, Henri V avait été couronné roi en
1099.
Bien qu’il fût l’héritier en titre de l’Empire, il se révolta
contre son père, de 1104 à 1106. En usant d’une
ruse, il obtint que son père se défît de son armée, il se
saisit alors de lui et l’emprisonne ;
il se fit couronner à nouveau en 1106. Peut-être Henri
s’est-il posé en rival pour éviter que la couronne ne sorte
de la famille des Saliens car son père était alors quasi
unanimement contesté. Mais
une fois installé au pouvoir il change de cap et suit la même
politique que mena son père (il pratiqua l’investiture des évêques,
au mépris des règles édictées par les papes) et il se défit
de son allié : le pape. Il envahit Rome en
1111,
il s’empare du pape, l’oblige à lui céder ce
qu’il désire en matière d’investiture et en profite pour
se
faire élire empereur. Finalement il eut les mêmes ennemis
que son père (les princes, laïcs et ecclésiastiques), il sera
bientôt excommunié et devra faire face à la révolte d’une
partie de la noblesse allemande qui remporta la victoire. Il
devra donc négocier avec le pape, un accord est trouvé,
c’est le concordat de Worms
(1122) ; acte qui
accordait à Henri V le droit d’assister en personne, ou par
l’intermédiaire d’un représentant, à l’élection des évêques
et des abbés et de les investir du pouvoir temporel en leur
donnant le sceptre que le pape lui avait confié.
Il
est réintégré dans l’Eglise sans qu’une lourde pénitence
lui soit infligée comme ce fut le cas de son père.
Cet
accord met fin à un demi-siècle de luttes entre pape et
empereur. Pour la première fois un équilibre s’établit
entre pouvoir temporel et spirituel. Une sorte de séparation de
l’Eglise et de l’Etat avant la lettre.
En
1123, Henri V entre en conflit
ouvert avec
Lothaire de Supplinbourg, mais il meurt sans héritier
avant d’avoir eu le temps de réduire cette révolte. Il
transmit le pouvoir à sa femme
Mathilde,
fille du roi
Henri Ier d’Angleterre, espérant
que son neveu Frédéric de Hohenstaufen
pourrait accéder à l’Empire. Ce fut Lothaire, son adversaire
depuis plusieurs années, qui fut élu. Ainsi finissait la
dynastie des Saliens.
Approfondissements
Henri V, rompit avec son père, nous l’avons vu,
prit langue avec le pape
Pascal II, lui accorda son soutien sans avoir obtenu la
moindre concession et recueillit
l'adhésion de tous ceux qui en
avaient assez de suivre un monarque
excommunié. Figure tragique que
celle de cet homme trahi par ses
deux fils, Conrad en 1095, Henri,
dix ans plus tard, emprisonné,
humilié par le second et mort en le
combattant, dans un dernier sursaut
d'indignation.
Le chemin vers la solution fut encore long et douloureux,
mais, des deux côtés, on savait
qu'il fallait aboutir. Les positions
étaient aussi claires
qu'inconciliables. Le clan
grégorien, dont Pascal Il était un
membre convaincu, refusait de façon
définitive toute investiture d'une
fonction par un laïc, et cela d'une
façon générale, et pas seulement
pour les évêques ; la remise de la
crosse et de l'anneau à des hommes
de Dieu par un souverain laïc, comme
continuait de le faire Henri V,
était inadmissible.
Rappelons qu’en Allemagne, les évêques et les abbés tenaient
en bénéfice d'immenses biens obtenus
du roi, des comtés, des avoueries,
des revenus, sans lesquels ils ne
pouvaient même pas tenir leur rang
dans l'Eglise ; les laïcs étaient
également touchés car des églises
relevaient les fiefs, les avoueries,
les terres. Le roi gouvernait avec
un entourage aussi bien
ecclésiastique que laïc et avait
avec les clercs et les moines un
contrat tacite de coexistence. Le
roi rassembla une formidable armée
de 30 000
chevaliers qui devait
impressionner l'Italie et convaincre
les dernières réticences. Les
pourparlers avec Pascal Il et
l'affrontement durèrent une année et
furent d'une grande intensité.
Les pourparlers entre le pape et l’empereur
prirent très vite une
tournure inattendue ; le pape proposa de régler le différend en
tranchant les liens qui unissaient
l'épiscopat à l'empire ; les évêques abandonneraient tout ce qui
justifiait le désir du monarque de
les nommer, les biens et les droits
régaliens ; pourquoi dans ces
conditions le monarque leur
donnerait-il l'investiture ? Ils ne
lui devaient plus aucun service. On
ne pouvait pas imaginer plus
radicale séparation du spirituel et
du temporel. Henri V crut qu'il ne
pouvait pas refuser cette offre ; ce
fut donc sur cette base que fut
établi le texte d'un accord, à
Sutri, le
4 février 1111 ; le roi le ratifia mais sous réserve qu'il fût
accepté par les évêques allemands.
En apparence, rien ne s'opposait
plus à son couronnement, dont les
cérémonies, fixées au 12 février,
devaient marquer solennellement la
réconciliation du Sacerdoce et de
l'empire. Elles furent interrompues
par la protestation bruyante des
évêques présents dès que Pascal Il
eût répété les engagements pris par
ses ambassadeurs à Sutri. Henri
déclara l'accord inapplicable et le
pape refusa de procéder au sacre.
Sur-le-champ, le
souverain pontife fut arrêté, puis retenu captif dans le camp allemand. Henri
V avait-il monté ce scénario
d'entrée de jeu ? Le couronnement ne
devait-il servir qu'à la capture de
Pascal Il ? Certains historiens se
font les avocats de Henri V et
disent qu'il était de bonne foi,
mais que l'indignation de son
épiscopat l'avait conduit à changer
de point de vue in extremis, pour ne
pas s'aliéner la fidélité des
prélats. Il semble qu'il ait été
surtout déconcerté par les
propositions vraiment
révolutionnaires du Saint-Siège,
qu'il les ait acceptées sous le coup
de la surprise, qu'il ait rapidement
compris qu'elles étaient irréalistes
et qu'il n'ait plus vu d'autre issue
que le coup de force. Quoi qu'il en
soit, Henri V exerça sur le
malheureux pontife des pressions
morales si vives qu'il obtint de lui
le 12 avril une capitulation
complète, la reconnaissance de
l'investiture laïque, suivie le
lendemain du couronnement.
Ce triomphe fut sans lendemain ! Très vite, le
parti grégorien rendit courage à
l'infortuné Pascal Il et le
concile du Latran, en mars
1112, annula les concessions que l'empereur avait
obtenues par la violence : ce
privilegium n'était qu'un
pravilegium, une loi mauvaise.
Autant dire que pour Henri V tout
était à refaire. Le jour de Pâques
1115, les
légats pontificaux excommunièrent
Henri V. L’antipape désigné par le monarque,
Grégoire VIII, ne fut qu'un fantoche.
Gélase II, en revanche, bien qu'il eût dû quitter la Ville
éternelle, put constater, ayant
entrepris de traverser la France,
que personne ne contestait son
autorité. En Allemagne, les Saxons
reprenaient les hostilités sous la
direction du vieux duc
Lothaire de Supplinbourg. L’empereur subit d’abord une défaite mais s’en
remit et réunit ses fidèles, dont
beaucoup d’évêques inquiets de leur
patrimoine. Avec la mort de la
comtesse Mathilde, qui léguait son
patrimoine à son cousin Henri V,
l’empereur disposait de moyens pour
mener une politique de reconquête de
l’Italie, c’est ce qu’il fit dès
1116.
Ce furent les princes qui agirent en
sorte qu'enfin la paix fût conclue.
Au moment où, sous les murs de
Mayence, les armées impériales et
les rebelles venus de Saxe allaient
en découdre,
l'archevêque de Trèves
réunit les membres de l'aristocratie
qui enjoignirent à l'empereur de se
soumettre au pape, sous réserve que
celui-ci préservât «
l'honneur du royaume
». La
diète de Wurzbourg
confirma cette décision (29
septembre 1121). Il fallut encore un
an de difficiles négociations pour
que, le
23 septembre 1122,
fût conclu le concordat, dit de
Worms parce qu'il fut signé dans
cette ville. L’empereur renonçait à
l'investiture par la crosse et
l'anneau ; il reconnaissait que les
évêques devaient être élus et
consacrés librement et s'engageait à
restituer tous les biens que son
père et lui-même avaient pris à
l'Église. Pour sa part,
Calixte Il,
qui avait succédé à Gélase II,
permettait que dans le royaume
d'Allemagne Henri V assistât aux
élections, étant entendu qu'il
n'userait ni de la simonie ni de la
violence pour que le vote fût
favorable à son candidat et qu'en
cas d'élection contestée, il
appuierait celui qu'aurait choisi
l'archevêque du lieu ; enfin,
l'investiture temporelle par la
remise du sceptre interviendrait en
Allemagne avant le sacre, six mois
au plus tard après le sacre en
Bourgogne et en Italie ; l'évêque
investi de la sorte était tenu de
s'acquitter des obligations que lui
imposait la possession des biens
concédés par l'empereur. Cet accord
qui, très probablement, dans
l'esprit de ses signataires, devait
avoir un caractère définitif même si
le texte ne le disait pas
expressément, mettait fin à la
querelle qui depuis près d'un
demi-siècle opposait l'empire à la
papauté. Henri V mourrait en 1125,
sans enfants !