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A l'autre extrémité de ses Etats, sur sa frontière orientale,
Henri fut tenu en échec, pendant quinze ans, par le duc de
Pologne, Boleslav Chrobry.
Celui-ci, au temps où régnait Othon III, avait mis la main sur
plusieurs Etats, jusque-là vassaux de l'Allemagne, la Moravie, la
Silésie, la Lusace, voir même la Bohême, et, au moment où Henri II
monta sur le trône, il était sur le point de rassembler des Slaves
disséminés en un vaste groupement, soumis à son autorité. La
guerre avec la Pologne n'apporta à Henri Il que d'amères
déceptions. Quelques-uns de ses vassaux s'allièrent avec Boleslav,
et, lorsque, en 1018, il dut enfin consentir à signer la
paix de Bautzen, et que le duc de
Pologne eut déclaré reconnaître sa suzeraineté, il ne put se
dissimuler que la satisfaction ainsi obtenue n'était qu'une pure
formalité; il n'avait pu reprendre aucun des territoires allemands
annexés par Boleslav.
Si Henri voyait dans l'Allemagne le point le plus sensible de
l'empire, il n'avait aucune intention d'abandonner l'Italie. Avant
tout, il estimait que son premier devoir était de protéger
l'Eglise. A Rome, depuis la mort d'Oton III, deux partis se
disputaient de nouveau le pouvoir: les
Creszenti et les Tusculani.
Ces derniers élirent pape un des leurs,
Benoît VIII, tandis que le candidat choisi par le parti
adverse se réfugiait en Allemagne auprès de l'empereur. Mais Henri
II se déclara pour Benoît et partit pour l'Italie afin d'y imposer
sa volonté. Quoique Benoît eût été élu irrégulièrement, à la suite
de rivalités partisanes, il se révéla très capable et manifesta
beaucoup d'ardeur à soutenir la réforme de l'Eglise. En 1014, il
couronna l'empereur Henri II et lui offrit, à cette occasion, un
globe en or orné de pierres précieuses et que surmontait une
croix; c'était un symbole de l'hégémonie universelle; on l'appela
par la suite la « pomme de l'empire »
(Reichsapfel). Henri l'envoya aux moines de Cluny avec l'intention
bien arrêtée de déclarer ainsi que l'hégémonie universelle de
l'esprit leur appartenait.
Mais huit jours après les fêtes du couronnement, une rixe
sanglante éclata dans Rome entre Allemands et Italiens. Henri se
retira alors sans avoir pu faire reconnaître complètement son
autorité en Italie. Il est vrai qu'il tenait bien en mains
l'Italie septentrionale où il avait pris soin de confier les
évêchés à des Allemands; mais à Rome et dans l'Italie méridionale,
la situation restait confuse. Le pape Benoît souhaitait affranchir
les Italiens du Sud et de la suzeraineté de Byzance et de la
domination des Sarrasins. Ces derniers avaient, depuis quelque
temps, recommencé leurs attaques contre la péninsule italienne,
tandis que les Byzantins, très désireux de conserver leurs droits
sur ces contrées, étaient inquiets, mais se sentaient impuissants
contre les envahisseurs. Une révolte, dirigée contre la domination
byzantine et soutenue par le pape, éclata alors dans les Pouilles
et Benoît VIII fit appel, contre les Byzantins, et, indirectement,
contre les Sarrasins, à une puissance nouvelle, celle des
Normands.
En l'année 1016, quarante pèlerins
normands qui revenaient d'un pèlerinage en Terre sainte,
débarquèrent près de Salerne; ils soutinrent victorieusement le
prince Weimar dans une bataille contre les Sarrasins. Puis, à sa
demande, ils appelèrent en Italie deux cent cinquante nouveaux
Normands. Le pape auquel ces derniers se présentèrent les reçut
bien et les chargea d'appuyer la lutte des Pouilles contre
Byzance. Leur entreprise échoua, les Byzantins remportèrent la
victoire sur le champ de bataille historique de Cannes, mais les
Normands avaient mis le pied dans l'Italie méridionale et ils y
restèrent. Le germe d'un futur Etat normand avait pris racine.
Quelques années plus tard, Benoît VIII
eut à nouveau besoin de l'aide de l'empereur; pour se l'assurer,
il se rendit personnellement en Allemagne. Le pape et l'empereur
se rencontrèrent à Bamberg où ils renouvelèrent leur alliance dans
les termes employés naguère par Othon le Grand. Henri II promit
l'aide de ses armes; l'Italie méridionale devait enfin être
délivrée de l'occupation étrangère. De ce fait, Henri rentrait
dans la voie qu'Othon III avait ouverte; il apparut dans les
Pouilles à la tête d'une grande armée. Mais après quelques
victoires, il s'en retourna; les perspectives qui s'offraient lui
semblaient de peu d'importance et la politique impériale ne
présentait, pour lui, aucun intérêt.
En revanche, il était disposé à appuyer la
réforme de l'Eglise. L'abandon complet du célibat des
prêtres, généralement admis dans toute l'Italie, avait placé
l'Eglise dans une situation navrante; elle se trouvait prise dans
un réseau d'intrigues familiales. L'empereur et le pape
entreprirent une lutte en commun contre ce regrettable état de
faits, lutte dans laquelle le rôle le plus actif fut réservé à
Henri II. Dans un synode, à Pavie, en 1018, de sévères
dispositions furent prises contre le pillage des biens de l'Eglise
et contre le mariage des prêtres. Ensuite, Henri II imposa aussi
ces résolutions à l'Allemagne. Mais il avait à coeur une réforme
plus complète de l'Eglise. En août de l'an 1023, il invita le roi
de France, Robert, à une
rencontre dans un village de Lorraine. Ils y conclurent une
alliance pacifique et amicale « pour le
salut de la chrétienté décadente ». Un concile général
devait trouver peu à peu le moyen pratique de faire aboutir la
réforme. L'empereur n'en sut rien, car il mourut au printemps de
l'an 1024, quelques semaines après son collaborateur Benoît VIII.
Si la réforme de l'Eglise avait été accomplie sous le règne de
l'empereur Henri II, l'ébranlement que la
querelle des Investitures devait communiquer à l'Occident,
lui eût peut-être été épargné. Mais il n'appartenait pas au
pouvoir temporel de diriger l'oeuvre réformatrice; il n'en eût pas
été capable, lui qui, sans s'en rendre compte, avait sa part de
responsabilité dans la déchéance de l'Eglise, pour l'avoir obligée
à courber le front devant lui et avoir fait d'elle la servante de
l'Etat. Henri II lui-même, animé pourtant des meilleures
intentions, n'en régna pas moins en maître sur les évêchés et les
abbayes, à l'exemple de ses prédécesseurs. En faveur de son
patrimoine, il diminua le domaine de plusieurs monastères, avec
l'idée que leurs biens étaient les siens propres. L'un des buts
qu'il poursuivait, en agissant de la sorte, était l'affermissement
de la puissance militaire de l'empire, au moyen de l'utilisation,
conforme aux nécessités du temps, des biens confisqués aux
couvents et qu'il donnait en fief à ses vassaux. Mais il avait
aussi un motif honorable: celui d'alléger les monastères d'une
partie de leurs trop vastes propriétés afin qu'ils pussent mieux
accomplir leur tâche spirituelle; en compensation, il les libéra
du service de l'armée et de la cour.
Aux yeux de certains historiens, Henri II aurait fait preuve
souvent d'une louable indépendance à l'égard de l'Eglise. C'est
méconnaître les sentiments profonds qui l'animaient et qui
déterminèrent constamment sa conduite, et c'est faire preuve
d'ignorance à l'égard des usages et des idées généralement reçus
au XIe siècle. Ce n'est pas dans un esprit frondeur qu'Henri Il
conclut une alliance avec les Lusaciens paiens, mais simplement
parce que, en politicien avisé, il employa contre le duc de
Pologne un moyen qu'imposaient les nécessités de la guerre. Ce
n'est pas arbitrairement qu'il exigeait des évêques de grosses
prestations en faveur de l'Etat: la coutume l'y invitait, et
personne, même à Rome, ne songeait à le lui reprocher. Enfin,
quand il défendit les droits de l'empire contre les prétentions de
l'Eglise, il ne fit que son devoir d'empereur.
Il fut un chrétien convaincu, respectueux des intérêts de
l'Eglise; jamais il ne donna la crosse à un prélat indigne. Il
cultivait des relations intimes avec Cluny et fréquentait l'abbé
Odilon. La prédilection qu'il
nourrissait pour la ville de Bamberg l'incita à y fonder un évêché
qu'il dota richement par un prélèvement sur ses biens personnels.
Sous le patronage du chapitre, une école florissante se développa
bientôt dans ce lieu. Les principaux traits de son caractère, qui
sont la modération, la libéralité, la bienveillance, l'esprit de
pardon, ses efforts pour faire régner la paix dans le royaume,
sont le fait d'un chrétien. Au XIIe siècle,
l'Eglise tenait l'empereur Henri Il et son épouse Cunégonde pour
des saints. |