SOMMAIRE - Histoire Suisse

Nous vous proposons ici un petit voyage au travers de l'histoire de la Confédération helvétique. Cette rubrique est composée de nombreux dossiers, mini-dossiers et d'un grand nombre de simples pages.  Cette rubrique est particulièrement fournie et regroupe un nombre de textes toujours grandissant, vos travaux sont les bienvenus !!!

 

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Sommaire >>> Divers >>> Histoire Suisse >>> 1798-1848: La quête d'un État national

 Guerre et paix entre les cantons

 
 

La gestation de l’État fédéral moderne s’accompagne d’une succession ou plutôt d’un enchevêtrement de crises graves, de conflits larvés et d’affrontements ouverts, entrecoupés de moment d’apaisement et de manifestations solennelles de fraternité, voire de spectaculaires réconciliations. Les conflits, plus que les actes non violents, frappent l’opinion des contemporains qui les vivent.

Plusieurs dizaines de concordats et de conventions (la différence entre les deux étant fragile) sont signés de 1803 à 1848, mais la grande majorité le sont avant la tentative de révision du Pacte de 1815. Ces concordats et conventions ne sont pas que l’expression même de la coexistence pacifique entre cantons. En réalité, ils sont aussi la source de conflits. C’est, en général, l’interprétation divergente de certains accords qui déclenchera ou aggravera la méfiance puis l’hostilité mutuelle sous la Régénération.

Cette Pax Helvetica n’a guère été troublée, de fait, jusque vers 1832-1833, année-charnière qui marque à la fois la tentative manquée de révision du Pacte et la conclusion des deux premières ligues qui vont peu à peu, par leur ambiguïté, créer d’abord un climat de suspicion mutuelle entre cantons, envenimer ensuite leurs relations et enfin entraîner tout le pays dans la guerre civile. 

La tension ne cessera de monter jusqu’à l’embrasement final d’un conflit armé dont la différence par rapport à celui de 1802 est qu’au lieu d’entraîner une nouvelle tutelle envers l’étranger, il fortifiera au contraire la position du pays dans le concert international. Mais quel est l’enjeu du conflit ? C’est le pouvoir fédéral, c’est-à-dire la majorité à la Diète. 

Le temps des ligues est advenu. Nous pouvons distinguer deux phases principales : celle de la guerre froide (1832-1844) et celle de la guerre civile (1844-1847) qui débouche sur le retour à la paix (1847-1848)

Lucerne, Zurich, Berne, Soleure, St Gall, Argovie et Thurgovie signent le 17 mars 1832 le Concordat des Sept. Bâle, Uri, Schwytz, Unterwald et Neuchâtel annonce officiellement leur alliance, elle sera connue sous le nom de Conférence de Sarnen. Le trait le plus remarquable des deux alliances séparées de 1832 est sans contredit leur absence de clivage confessionnel : cantons catholiques et cantons protestants se côtoient dans l’une et l’autre. La confessionnalisation va pourtant s’opérer lentement avec les différentes affaires religieuses : article de Baden en 1834, suppression des couvents d’Argovie en 1841, rappel des Jésuites à Lucerne en 1844. Le facteur confessionnel joue bientôt un rôle primordial sur la scène politique. L’affaire des couvents d’Argovie est prépondérante en la matière. 

Le 13 janvier 1841, le Grand Conseil argovien décide la suppression des huit monastères en activité dans le canton (4 d’hommes et 4 de femmes). Pourtant le Pacte fédéral garantit expressément (article 12) l’existence des couvents. La Diète réagit contre le gouvernement argovien dans un premier temps, mais dans un second temps elle autorise la fermeture des 4 monastères d’hommes (ceux de femmes ayant rouvert). L’affaire des couvents devenant nationale, le risque est grand que tout litige grave mettant aux prises Lucerne et Argovie (révolte de paysans dans le Freiamt en 1841) ne dégénère en conflit généralisé. C’est précisément le scénario qui se déroule à partir de 1844 lorsque, en réaction à la suppression des couvents d’Argovie, Lucerne confie son enseignement supérieur aux Jésuites (agent par excellence de la Contre-Réforme). 

La militarisation du conflit s’opère en deux temps : guérilla en 1844-1845, puis guerre classique en 1847. Les anticléricaux (radicaux) tentent de renverser par deux fois le gouvernement lucernois (expédition des corps francs) mais font un fiasco chaque fois (8 décembre 1844, 31 mars 1845). Fiasco laissant tout de même une centaine de mort sur le terrain. La violation de frontière est évidente et la Diète condamne ces folles équipées. 

Lucerne souhaite renforcer sa sécurité et s’allie avec six autres cantons : Uri, Schwytz, Unterwald, Zoug, Fribourg et le Valais. Un pacte secret est passé le 11 décembre 1845. Cet acte est rendu public en juin 1846 et sera connu sous le nom de Sonderbund. Le public est soulevé par une vive émotion lorsqu’il prend connaissance du traité. Le 20 juillet 1847, la Diète condamne et dissout le Sonderbund, comme elle l’avait fait du Sarnerbund (Ligue de Sarnen) 15 ans plus tôt. Mais alors que la dissolution de celle-ci s’était déroulée pacifiquement, l’autre se fera par les armes. 

Les membres du Sonderbund s’abouchent avec les puissances catholiques voisines (France, Autriche, Sardaigne). Les deux camps se préparent à la guerre. Le 29 octobre 1847, les députés sonderbundiens se retirent de la Diète, attitude interprétée comme acte formel de séparation. La guerre éclate dès le 4 novembre ; les opérations militaires seront brèves, en 26 jours elles seront terminées. Les troupes du Sonderbund étaient géographiquement dispersées et inférieures en nombre, en plus les importants secours en armes et munitions acheminés de l’étranger seront interceptées lors de leur transit par Vaud et le Tessin. C’est le général genevois Guillaume-Henri Dufour qui mena les opérations. Dès le 30 novembre, toute résistance a cessé. La campagne n’a guère coûté plus d’une centaine de vie. Par chance pour la Suisse, la révolution parisienne de février 1848 déclenche en Europe une agitation telle qu’elle oblige les gouvernements à s’occuper d’abord de leurs affaires.

Quoique souvent dépassée par les événements (notamment pas l’affaire des corps-francs), la Diète est finalement restée maîtresse de la situation. Le 7 décembre, la capitulation obtenue, la Diète, avec habilité et fermeté, repoussait une offre française de médiation.

La Constitution de 1848, charte de l’État fédéral moderne, ne pouvait être qu’un partage de la souveraineté entre la Confédération et les cantons. 

En bref:

Diète de Berne: dissolution du Sonderbund

Le Sonderbund avait été condamné par la Diète fédérale réunie à Berne en juillet 1847, sous la présidence d'Ulrich Ochsenbein, l'ancien chef des corps francs, opposés aux jésuites, et futur conseiller fédéral.

Une majorité de cantons, libéraux et radicaux, votent, le 20 juillet, la dissolution du Sonderbund, soit 12 cantons et demi sur 22. Genève, Saint-Gall et Bâle-Ville, en changeant de gouvernement, avaient fait la nouvelle majorité.

Mai 1846: Fribourg ratifie le Sonderbund

Pour lutter contre les radicaux, plusieurs cantons conservateurs catholiques fondèrent, fin 1845 une ligue séparée, le Sonderbund, qui rassemblait les cantons de Lucerne, Fribourg, Uri, Schwyz, Unterwald, Zoug et Valais. L'alliance se voulait exclusivement défensive, mais violait le Pacte fédéral. En mai 1846, après une vive discussion, le Grand Conseil de Fribourg ratifia l'adhésion au Sonderbund, qui devint public.

14 novembre 1847: capitulation de Fribourg

La Suisse moderne est créée en 1848. L'accouchement ne s'est pas fait sans douleur. Il a fallu une guerre civile contre les cantons conservateurs.

Parmi ces derniers: Fribourg, premier objectif des troupes fédérales commandées par le général Dufour; 20'000 hommes encerclent la ville, défendue par 12'000 soldats. Après une canonnade, le gouvernement fribourgeois capitule: un gouvernement provisoire radical prend le pouvoir, avec à sa tête Julien Schaller. Les combats n'ont fait que quelques dizaines de morts et de blessés.

Vers la guerre: nomination de deux généraux en chef

La guerre civile devint inévitable. Les cantons conservateurs refusaient de dissoudre leur alliance séparée. Le 14 octobre 1847, ils nommèrent commandant en chef des troupes catholiques un Grison protestant, le colonel Ulrich de Salis Soglio. La Diète fédérale élit, le 21 octobre 1847, le colonel Guillaume-Henri Dufour (1787-1875) comme général des troupes fédérales. Les forces en présence étaient inégales: 100'000 hommes pour Dufour, 85'000 pour Salis Soglio.

Le général Dufour

Le général Dufour est l'un des héros de la Suisse moderne. Grâce à son habileté tactique, la guerre fut courte et peu sanglante. Formé à l'Ecole de guerre sous Napoléon, instructeur en chef à Thoune dès 1819, ingénieur, il fait dresser, dès 1833, au moyen de relevés trigonométriques, la nouvelle carte de la Suisse qui porte le nom de carte Dufour. Homme aux talents multiples, le général Dufour réalisa d'importants travaux d'urbanisme à Genève et fut le premier président du Comité international de la Croix-Rouge.

La fin du Sonderbund

Les troupes du Sonderbund devaient défendre à la fois Fribourg, le Valais et les cantons de Suisse centrale. Après la chute de Fribourg, tandis qu'une colonne envahissait l'Entlebuch, le général Dufour attaqua Gislikon, sur le passage de la Reuss, afin d'ouvrir la route de Lucerne comme celle de Zoug. Après plusieurs heures de combat, Salis Soglio se replia. Face à la défaite, Siegwart-Müller, chef du Sonderbund, s'enfuit en bateau à vapeur de Lucerne vers Uri, avant de passer par la Furka en Valais puis de se réfugier à Domodossola, alors autrichienne.

Février l845: Vaud fait sa révolution

La question de l'expulsion des jésuites, auxquels Lucerne avait confié l'instruction publique, agite bien des cantons suisses. Malgré Henri Druey, conseiller d'Etat, partisan de la manière forte, le gouvernement vaudois s'en tient à une amicale pression sur Lucerne. Finalement, le 14 février 1845, la pression de nombreux citoyens contraint le Conseil d'Etat à démissionner. Henri Druey prend la tête d'un gouvernement provisoire tandis qu'une nouvelle constitution va être promulguée par un nouveau Grand Conseil. Désormais, Vaud est du côté des radicaux.

Mai 1844: les conservateurs triomphent en Valais

En Valais, la Jeune Suisse, radicale et romande, s'oppose à la Vieille Suisse, défendant l'évêque et les conservateurs. Là aussi, les querelles religieuses, notamment l'affaire des couvents d'Argovie, empoisonnent l'atmosphère. Au printemps 1844, divers incidents opposent Haut- et Bas-Valaisans. Le 19 mai 1844, au pont du Trient, les libéraux doivent se replier sur Martigny. Il y a 70 morts. Désormais, les conservateurs l'emportent. Une nouvelle constitution est adoptée. Plusieurs communes du Bas-Valais doivent verser de lourdes indemnités aux vainqueurs.

Soulèvements cantonaux

Entre 1839 et 1846, plusieurs cantons suisses connaissent des révolutions. Elles ont pour origine la lutte entre conservateurs et radicaux, doublée d'une lutte religieuse pour ou contre le maintien de couvents. A Schwyz, le combat entre les "cornus" Hornmoenner et les "onglus" Klauenmoenner, conservateurs et libéraux, était incessant en 1838. A Zurich, un putsch conservateur chasse les radicaux en septembre 1839. Le Tessin connaît révolution et contre-révolution en décembre 1839 et juillet 1841. Même chose pour Soleure et pour Argovie qui décrète, le 13 janvier 1841, la suppression des couvents.

L'affaire des couvents d'Argovie

La Diète fédérale avait proclamé la suppression des huit couvents argoviens contraire au Pacte fédéral. Plusieurs cantons s'enflammèrent pour ou contre, notamment Zurich, Genève, le Tessin ou le Valais. En août 1843, les Argoviens rétablirent quatre couvents de femmes. Mais la politique anticléricale du conseiller d'Etat argovien Augustin Keller irrita les cantons catholiques, préparant le terrain du Sonderbund. Pis, l'agitation ouvrait aussi la voie, une génération plus tard, au Kulturkampf.

     

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