On
ne peut séparer la mise en place d’un État national moderne
du mouvement démocratique et libéral qui
court tout au long du XIXe siècle. Comment
l’utopie que nous avons évoquée dans le chapitre précédent,
c’est-à-dire la constitution d’un gouvernement national
moderne, va se réaliser dans le contexte du combat pour les
libertés et la démocratisation des institutions ?
Ce
combat sera, par rapport à ce qui se passera en Europe, un déroulement
pacifique. Le peu de débordement que vont
engendrer les changements nous font presque dire qu’il n’y
eut pas la forme d’une Révolution en Suisse, mais plutôt
celle d’une évolution. Les conditions somme toute favorables
de la majorité de la population suisse sont autant de motifs de
refuser l’aventure révolutionnaire. Il faut cependant
distinguer entre régions réformées et régions catholiques,
les premières regrettant bien moins l’Ancien Régime que les
secondes.
Certains
historiens expliquent d’ailleurs que c’est le caractère modéré
des Trois Glorieuses (27,28,29
juillet 1830) qui a frappé l’opinion européenne.
N’oublions cependant pas qu’à plus d’une reprise des
affrontements politiques ont abouti à des scissions
territoriales provisoires dans certains cantons (Schwytz,
Glaris, Valais).
Les
événements parisiens de Juillet 1830 donnent le signal en
Suisse d’un vaste mouvement qui instaure la démocratie libérale,
dominée par les classes moyennes. L’originalité de la démocratie
de Juillet est de donner la préférence à la liberté
sur l’égalité. En Suisse, les élites urbaines favorisent la
liberté alors que pour les masses populaires et paysannes
c’est l’égalité qui compte avant tout.
L’avènement
définitif de la démocratie représentative
signifie, bien sûr, la mise en œuvre de constitutions qui en
portent les traits spécifiques : souveraineté
du peuple, séparation des pouvoirs, publicité des débats,
droits politiques, électoraux principalement. La démocratie
moderne remplace la contrainte par la soumission volontaire. La
généralisation de la pratique du vote
constitue, du point de vue technique, le principal instrument
d’accréditation de la démocratie. Il conviendrait de développer
en détails l’état des démocraties cantonales suisses, nous
ne nous y attacherons cependant pas pour l’instant.