La
Société du Grütli (1838)
Bien
que la plupart des Suisses vivent à la campagne,
l'industrialisation naissante fournit, dans les villes, les
premiers adeptes du socialisme. C'est ainsi qu'en 1838
est fondée à Genève, par des Suisses alémaniques (Johannes
Niederer, 1779-1843, et Albert Galeer, 1813-1851), la Société
du Grütli, qui formule des revendications
sociales, fonde des coopératives et soutient des hommes
politiques socialistes. Il s'agit d'un mélange de syndicat et
d'association politique au sens large, qui ne fut jamais véritablement
socialisé. Mais, en revanche, il s'agit bien de la première
association de travailleurs, comptant 677 membres en
1848.
Naissance
des premières coopératives
La
création de coopératives représente aussi un moyen
d'entraide entre ouvriers. La première boulangerie par
actions est créée à Schwanden (GL) en 1839. Mais c'est à Bâle
qu'est fondée, en 1847, la première coopérative d'achat
proprement dite grâce à l'Association générale des ouvriers
de Bâle. On voit ainsi que le mouvement ouvrier, le
syndicalisme et le mouvement coopératif ont des liens étroits.
L'essor
des filatures
Les
filatures mécaniques de coton et de lin se développent
particulièrement en Suisse orientale et à Zurich, malgré une
concurrence anglaise impitoyable. La maison Rieter procède à
de nombreux essais d'innovations. Quand un perfectionnement lui
semble réel, sa fabrique de machines à filer en répand
partout. A cette époque, les filatures suisses comptent un
million de broches, dont la moitié dans le canton de Zurich. A
Uster vit le roi des filateurs, Heinrich
Kunz, propriétaire de huit filatures comportant 150'000
broches.
La
résistance à l'innovation technique
Pourtant,
l'introduction des métiers à tisser mécaniques ne s'était
pas faite sans remous. Alors même que le marché suisse était
envahi par des toiles de coton anglaises à bon marché,
l'installation de 25 métiers mécaniques à Uster déclencha,
le 22 novembre 1832, une véritable
émeute. Il fallut cinq ans avant que des métiers mécaniques
soient réintroduits dans une fabrique d'Uster, puis en Argovie,
à Glaris et en Thurgovie.
L'attrait
des marchés orientaux
L'industrie
textile suisse travaille très tôt pour l'exportation. Vers
1840, on estime que les tisserands du Toggenburg et de Thurgovie
travaillent presque exclusivement pour les marchés de l'Empire
ottoman, en Asie et en Europe, grâce aux tissus colorés
produits en nombre. A Glaris, on fabrique des tissus de turbans
pour femmes, les jasmas, alors que d'autres établissements
tissent des batiks pour les Indes néerlandaises (Indonésie).
L'horlogerie
reste une valeur sûre
Durant
la Restauration, l'horlogerie continue de produire des montres
pour le marché chinois. Grâce à Georges
Leschot, qui invente en 1839 une machine-outil pour la
fabrication des ébauches (d'abord réservée à Vacheron &
Constantin), l'horlogerie passe du stade artisanal au stade de
la fabrique. En même temps, à Genève comme à Sainte-Croix,
dans le Jura vaudois, l'industrie des boîtes à musique connaît
un essor remarquable.
Développement
de l'industrie des machines
L'industrie
textile se mécanise et a besoin de machines perfectionnées. Du
coup, la fabrication de machines se développe en Suisse.
L'emploi de machines à vapeur lui donne une impulsion nouvelle.
Escher, Wyss & Cie, à Zurich,
cesse de produire des machines à filer pour construire des
machines à vapeur pour bateaux et, après 1840, se lance dans
la construction des premières locomotives à vapeur suisses.