Indépendance
de droit, dépendance de fait : telle est la situation
internationale de la Suisse entre 1798 et 1815. La neutralité
est déclarée le 18 novembre 1813,
soit un mois après la défaite impériale de Leipzig,
celle-ci est foulée aux pieds par les Alliés qui, le 20 décembre,
violent le territoire suisse dans leur marche sur la
France.
Ce
n’est que le 20 novembre 1815,
que l’Acte portant reconnaissance de la
neutralité suisse est conclu. Nous ne souhaitons pas
entrer ici dans les détails territoriaux de la Confédération,
sachons simplement certaines choses : A la date du 16
mars 1816, la Suisse était territorialement
formée. L’élévation des anciens alliés au niveau de
canton permit une unification juridique qui fut non seulement le
fruit des idées et aspirations nouvelles (égalité, rationalité),
mais encore une leçon tirée de l’expérience. Si la frontière
nationale est définitivement tracée dès 1816, à l’intérieur
du pays, en revanche, le découpage et le statut de plusieurs
cantons ou régions continuent de faire problème. Intéressons-nous
au cas de Neuchâtel.
En
1806, Napoléon
donne Neuchâtel à son ministre de la guerre, Alexandre
Berthier, qui prend à cet effet le titre de prince
et duc. Les liens juridiques unissant
Neuchâtel au monarque prussien sont ainsi rompus. Le 14
janvier 1814, l’ancien suzerain reprend
possession de sa principauté, à laquelle il donne le 18
juin une constitution monarchique, tout en admettant son retour
à la Confédération, et même son accession au rang de canton.
Les rapports entre la Diète et la Prusse se tendent à nouveau
au début de la Régénération.
Suite
aux soulèvements de 1831, les
Prussiens exigent la séparation complète
d’avec la Suisse. La Diète fédérale, qui a fait
donner la troupe pour rétablir l’ordre, ne se laisse pas
intimider et impose le serment prescrit. En 1834,
une nouvelle demande de séparation est demandée, elle
s’oppose à un nouveau refus. La Diète interdit au
gouvernement neuchâtelois d’utiliser le terme de principauté
dans ses relations avec elle. Le 1er
Mars 1848, le parti suisse l’emporte, et le 5, le
gouvernement provisoire annonce solennellement, du château de
la ville, que « l’existence de la république neuchâteloise
est aujourd’hui un fait accompli et qu’elle a été admise
dans la grande famille suisse ».
La
nouvelle constitution cantonale met fin, de façon tacite et
unilatérale, aux relations de Neuchâtel avec la Prusse. En 1856,
les royalistes relevèrent une dernière fois la tête, en vain.
Le traité de Paris du 26 mai 1857
met un point final à la question de Neuchâtel.
En
résumé: 1er mars 1848: Neuchâtel République
Depuis
1815, Neuchâtel conservait un statut hybride en Suisse, tout à
la fois canton suisse et principauté prussienne. La victoire
sur le Sonderbund et la Révolution de février 1848 à Paris
incita, le 1er mars 1848, un millier d'hommes, conduits par Fritz
Courvoisier et Ami Girard,
à descendre de La Chaux-de-Fonds à Neuchâtel. L'avocat Alexis-Marie
Piaget fut proclamé chef du gouvernement provisoire.
La Prusse protesta, mais les révolutions de 1848 l'empêcheront
d'intervenir. Neuchâtel devint République.
En bref:
Le
Pacte fédéral de 1815
En
1815, les Alliés imposent
à la Suisse une nouvelle organisation, celle d'une confédération
d'États souverains, liés entre eux par le Pacte
fédéral. Sans rétablir l'Ancien Régime, la
plupart des cantons suisses adoptent des gouvernements
patriciens, peu démocratiques. Les villes commandent aux
campagnes... Les frontières de 1815 sont celles de la Suisse
d'aujourd'hui. Pour compenser la perte de Vaud et d'Argovie,
Berne obtint l'ancien évêché de Bâle, soit le Jura bernois
et le canton du Jura actuel.
La
Régénération
Après
1830, sous l'influence des idées libérales, de nombreux
cantons réforment leur constitution et établissent des régimes
plus démocratiques. C'est ce qu'on appelle la Régénération.
En même temps, de nombreuses associations suisses se créent,
que ce soit des sociétés de tir, d'étudiants ou de
bienfaisance. Le sentiment d'appartenance à la Suisse se répand
aussi chez les artistes et les écrivains. La peinture alpestre
connaît ses plus grands succès. Des
heurts éclatent aussi entre les villes et les campagnes. C'est
ainsi que Bâle-Campagne se sépare de Bâle-Ville en octobre 1832,
séparation qui sera confirmée l'année suivante.
La
révolution agricole en Suisse
Dès
le XVIIIe siècle, des agronomes se livrent à des expériences
en Suisse. Mais la révolution agricole accompagne la révolution
radicale. La productivité des paysans est accrue par
l'introduction de nouvelles machines agricoles, comme des
charrues améliorées, des faucheuses, des faneuses, des
batteuses. De nouvelles cultures sont introduites, tels la pomme
de terre ou le tabac. Toutefois, les petites exploitations
paysannes rencontrent déjà des difficultés pour survivre. De
même, la superficie des terres emblavées décroît, passant de
636'000 hectares en 1798 à 58l'000 hectares en 1850.
Une
démographie en mouvement
La
population suisse ne s'accroît que lentement durant la première
moitié du XIXe siècle. Le mouvement démographique suit de près
la conjoncture économique. Or, une grande famine avait éclaté
en 1817, qui fit de nombreuses victimes en Suisse orientale. La
Suisse est un pays d'émigration. Si le service étranger, en
nette régression, ne draine plus autant de jeunes Suisses à l'étranger,
les terres vierges d'Amérique, du Nord comme du Sud, offrent un
nouvel attrait. Il y a ainsi des colonies tessinoises en
Californie, ou fribourgeoises au Brésil. En 1850, 6,4% de la
population vit dans des villes de plus de 10'000 habitants.