La
Suisse de la première moitié du XIXe siècle vit une époque
troublée ; en deux générations elle connaît plus de
changements constitutionnels qu’en deux siècles. Le
changement n’est pas seulement politique, il est aussi
technique et économique, social et culturel.
L’Empire
Napoléonien, en Suisse la
Médiation
(datant du 19 février 1803), s’écroule
en deux temps : d’abord le 18
octobre 1813 à la bataille
de Leipzig, ensuite le 18 juin 1815
à la bataille
de Waterloo. Cette dernière met fin à l’aventure
des Cent-Jours (du 1er
mars au 18 juin 1815) précédée par la première ou
petite Restauration (fin 1813 à février 1815), la grande
débutant en juin 1815 pour
s’achever en juillet 1830.
S’ouvre
alors une ère de libéralisation plus ou moins marquée :
la Monarchie de Juillet. En
Suisse, la Régénération fait son chemin, désormais une
majorité de canton sont au bénéfice d’une démocratie représentative.
Les
révolutions
de 1848 accentuent ce mouvement quasi irréversible.
La guerre civile du Sonderbund,
en 1847, oppose partisans et
adversaires de l’Etat libéral à pouvoir central renforcé,
s’achève par la victoire peu sanglante des premiers. La Constitution
du 12 septembre 1848 est
alors promulguée, elle sera modifiée en 1874.
Vue
sous l’angle des relations extérieures, la période allant de
1798 à 1814 marque l’apogée de l’influence française dans
notre pays. Un traité d’alliance défensive
est passé le 27 septembre 1803, il se réfère
directement à la Paix perpétuelle de
1516.
La
Suisse n’est pas mécontente de se débarrasser d’un Médiateur
devenu aussi inutile qu’encombrant. C’est ainsi que les
troupes suisses se joignent aux Alliés, durant les Cent-Jours,
pour écraser définitivement l’Usurpateur (c’est l’expédition
de Franche-Comté, de piteuse mémoire). Ce sera la dernière
fois que l’armée suisse s’aventura en territoire étranger,
et qu’une armée étrangère foulera le sol helvétique.
La
Restauration souhaitée par les alliés est réactionnaire, elle
est même contre-révolutionnaire. A l’issu du Congrès
de Vienne (1814-1815),
le Traité de Paris du 20
novembre 1815 déclare que « l’inviolabilité de
la Suisse et son indépendance de toute influence étrangère
sont dans les vrais intérêts de la politique de l’Europe
entière », c’est la reconnaissance également de la
« neutralité perpétuelle ».
Malgré cette déclaration, la Sainte-Alliance
(Russie, Prusse, Autriche) formée en 1815 ne se privera pas
d’intervenir en Suisse comme ailleurs.
La
Suisse adopte le titre officiel de « Confédération
suisse » compte désormais 22 membres. Les
aspirations libérales se faisaient toujours entendre, et de
1830 à 1833 une dizaine de canton révisent leur constitution
dans ce sens. Le fossé qui sépare dès lors la Suisse restaurée
de la Suisse régénérée se creuse de plus en plus, prélude
au Sonderbund ou Alliance séparée de 1847, dont on sait déjà
l’issu mais sur lequel nous reviendrons en détails.