SOMMAIRE - Histoire Suisse

Nous vous proposons ici un petit voyage au travers de l'histoire de la Confédération helvétique. Cette rubrique est composée de nombreux dossiers, mini-dossiers et d'un grand nombre de simples pages.  Cette rubrique est particulièrement fournie et regroupe un nombre de textes toujours grandissant, vos travaux sont les bienvenus !!!

 

Retour au sommaire

Sommaire >>> Divers >>> Histoire Suisse >>> 1648-1815: Vie et mort de l'Ancien Régime

 Les conséquences de la Restauration, quels acquis dans le Pays de Vaud ?

 
 

Comment le grand mouvement national parti d’Espagne aurait-il épargné une Suisse en proie à des graves difficultés économiques et humiliée par la tutelle de plus en plus pesante de Napoléon ? Le 20 décembre 1813, le généralissime autrichien Schwarzenberg obtenait la capitulation de Bâle et le passage sur le fameux pont. Une page des relations franco-suisses était tournée. La Révolution française avait reconnu sa dette à l’égard de l’idéal de liberté de la Suisse en donnant le nom de Guillaume Tell à l’une des sections de Paris. Elle crut à son tour pouvoir imposer le jacobinisme à travers une République helvétique centralisée. L’Acte de Médiation de 1803 ouvrit, au sortir des luttes civiles et de la guerre, au moins jusqu’en 1813, une période de repos qui permit l’assimilation des idées nouvelles. Ainsi fut assurée la transition vers l’Etat fédéraliste moderne de 1848.

Les grandes réformes du XIXème siècle, de l’Egypte à l’Allemagne, sont filles de Napoléon et la Suisse ne fait pas exception. Aucun pays d’Europe n’échappe pas à l’empreinte napoléonienne ; un autre monde devait sortir de l’épopée impériale. Transaction entre l’Ancien Régime et la Révolution, l’Acte de Médiation de 1803 est un chef d'oeuvre politique qui, sans conteste, prépare l'avènement de la Suisse moderne. Avec cette médiation, Bonaparte réussit son pari : réconcilier les Suisses autour de la solution confédérale en restaurant ainsi l'ordre à l'intérieur du pays, tout en annulant la Suisse au plan politique ; celle-ci devient alors un protectorat sous ses ordres. Stapfer, le fameux ministre des sciences et des arts sous l'Helvétique, en janvier 1803, n'avait-il pas discerné l'intention de Bonaparte, comme il le relevait d'ailleurs à l'intention du gouvernement helvétique: « Le but du Premier Consul est incontestablement d'annuler la Suisse politiquement, mais de procurer aux Suisses le plus grand bonheur domestique possible. » Ainsi, Napoléon Bonaparte a désormais son bastion défensif protégeant le flanc est de la République française. La neutralité de la Confédération, qu'il restaure à son profit, le dispensera dès lors de couvrir l'axe Genève-Bâle, les troupes suisses s'en chargeant désormais. L'Acte de Médiation apportera aux Confédérés dix années de paix et de tranquillité, au cours desquelles anciens et nouveaux Cantons apprendront à vivre ensemble en bonne harmonie. De la sorte, l'Acte de Médiation imposé par Bonaparte, marque à jamais la reconnaissance de la souveraineté des Cantons d'Argovie, de Thurgovie, du Tessin et de Vaud, territoires anciennement sujets, ainsi que l'incorporation définitive dans cette Suisse de 1803, au titre également de Cantons souverains, de deux Alliés d'avant 1798 : Saint-Gall et les Grisons. C'est ainsi qu'en cette année 2003, plusieurs de ces Cantons célèbrent le bicentenaire de l'Acte de Médiation grâce auquel ils ont fait leur entrée dans la Confédération suisse.

En dépit des efforts du clan conservateur mené par Berne pour replacer sous sa tutelle, à la chute de l'Empire napoléonien, les pays sujets de l’Ancien Régime, l'existence même de ces nouveaux Etats au sein de la Confédération, résultat de la médiation de Napoléon Bonaparte, sera maintenue voire garantie par les puissances alliées victorieuses de ce dernier. L'égalité entre Cantons sera encore renforcée par les clauses du Pacte fédéral de 1815. C'est ainsi que l’Acte de Médiation a consacré l'un des principes fondamentaux de la Suisse moderne. Tout a été fait pour renforcer les nouveaux cantons, sans mettre en danger la pérennité de l'ensemble helvétique. Le Tessin est réunifié en 1803. De même, dès cette date, Baden et Argovie ne forment plus qu'une seule entité. Si Appenzell s'émancipe du canton du Sentis, créé en 1798, ce qui en reste est réuni au canton de Linth - lui-même amputé de Glaris qui retrouve son aire traditionnelle d'avant 1798 - pour former le canton de Saint-Gall, plus grand qu'Appenzell et Glaris (685 km2) réunis.

Malgré l'hostilité des cantons lésés par le redécoupage et qui tentèrent immédiatement de le remettre en cause, comme Berne, Uri, Glaris, Zurich ou les Grisons, le médiateur imposa son oeuvre et ne souffrit aucune discussion. En établissant parallèlement la dignité et l'égalité des Etats cantonaux, la Médiation a permis à ceux-ci d'entamer leur intégration à un Etat national, et d'évoluer en partant de leur situation historique et selon des rythmes et des modalités spécifiques en faisant abstraction des structures et tares héritées de la période d'assujettissement des territoires récemment émancipés. Les dix ans de la Médiation permirent de démontrer la viabilité des nouveaux cantons souverains sur le même pied que les anciens. Entrés par la grande porte dans la Confédération suisse en 1803, nul ne parvint malgré ses efforts à leur indiquer la sortie au moment de la Restauration. Quand la Diète réunie à Zurich décida, le 29 décembre 1813, d'abroger l'Acte de Médiation et de le remplacer par une simple convention, les Confédérés reconnurent qu'il n'y avait plus de pays sujets. Le retour des anciennes élites et le rétablissement de l'Ancien Régime ne s'accompagnèrent pas de modifications des frontières internes. La Restauration de 1814-1815 rendra aux cantons une indépendance comparable à celle qui prévalait avant 1798 sans parvenir à annihiler l'oeuvre territoriale réalisée précédemment. Le 21 mars 1814, Berne déclara officiellement à la Diète de Lucerne renoncer au canton de Vaud. On remarquera d'ailleurs que les territoires des 19 cantons n'ont depuis lors pratiquement pas subi de modifications, sous réserve de la question jurassienne et de la partition bâloise. En 1803 s'achève ainsi la période positive, helvétiquement parlant, de Bonaparte. Devenu Napoléon, il annihilera totalement la neutralité suisse et, en exagérant ostensiblement la domination française, obligera les Suisses à prendre ensuite leurs distances avec la France. Ainsi, l'Acte de Médiation marque l'apogée de la présence française en Suisse, dont les Vaudois surent être les grands bénéficiaires.

     

Page précédente

Retour au sommaire

 
 
 

Sources

- Vaud sous l'Acte de Médiation, 1803-1813. Collectif. Bibliothèque historique vaudoise, Lausanne.

- Bonaparte et les Suisses, l'Acte de médiation de 1803, Monnier, V., Bibliothèque publique et universitaire de la ville de Genève, 2003

 

Liens internet

     
 
Votre site ici !!!   Ecrivez-nous pour ajouter votre site à nos pages...
 
 
Copyright © Yannick RUB