SOMMAIRE - Histoire Suisse

Nous vous proposons ici un petit voyage au travers de l'histoire de la Confédération helvétique. Cette rubrique est composée de nombreux dossiers, mini-dossiers et d'un grand nombre de simples pages.  Cette rubrique est particulièrement fournie et regroupe un nombre de textes toujours grandissant, vos travaux sont les bienvenus !!!

 

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Sommaire >>> Divers >>> Histoire Suisse >>> 1648-1815: Vie et mort de l'Ancien Régime

 Complots, insurrections et mouvements populaires

 
 

Le complot du major Davel (1723)

Jean-Abram-Daniel, dit le Major Davel, se croyant appelé par Dieu à libérer ses compatriotes vaudois de la tutelle bernoise, réunit le 31 mars 1723, à Cully, près de 600 hommes. Davel a projeté d’occuper le château de la ville et d’y proclamer l’autonomie du Pays de Vaud. Mais, le 1e avril, leurré par les autorités lausannoises, il est livré aux autorités bernoises

L’autorité bernoise exerçait un pouvoir absolu et refusait toute velléité d’autonomie. Elle excluait par exemple de voir se réunir les « Etats de Vaud », les familles nobles ou bourgeoises étaient mise à l’écart des fonctions d’importances et des postes d’officiers supérieurs dans les régiments bernois. Les baillis étaient exclusivement bernois et l’administration ecclésiastique était l’affaire de Berne. Les divergences religieuses et l’intransigeance dogmatique bernoise contribuèrent, en plus du système politique, à envenimer les relations entre « Leurs Excellences » et leurs sujets romands. La tentative du Major Davel tomba justement à cette époque. C’est d’abord devant les vexations religieuses qu’eurent à subir les pasteurs vaudois et les théologiens de l’Académie de Lausanne que Davel nourri son projet. Pensant que le ralliement populaire serait total, Davel réunit près de 600 hommes sous prétexte de revue et les conduisit, sans les tenir au courant de son projet, devant la cathédrale de Lausanne. Il y remit un manifeste au Conseil de la Ville, dénonçant l’administration bernoise. Le matin suivant Davel était arrêté et les troupes licenciés. Les bernois, avertis par les courriers du Conseil de la Ville, avaient d’abord cru à un enflamment général des sujets, il se rendit vite compte que l’entreprise était le fait d’un seul homme. Davel fut exécuté le 24 avril 1723 et les autorités bernoises reprirent l’administration de leurs territoires romands sans rien y changer.

L’affaire Pierre Péquignat (1740)

L’Ajoie n’est pas à l’abri des troubles paysans que connurent de nombreuses autres régions des cantons suisses. Comme souvent, c’est une ordonnance qui met le feu aux poudres, en l’occurrence celle émise par le prince-évêque en 1726. De 1730 à 1739 on réunit les Etats de la principauté à cinq reprises afin de ramener le calme. Rien n’y fait et les mécontents sont toujours plus nombreux… et plus agités. La révolte est dirigée par des « commis » nommés par les maires d’Ajoie, le chef de fil se nomme Pierre Péquignat. Depuis 1726, des troubles régnaient donc dans l’évêché de Bâle. Une révolte ouverte éclata contre l’autorité du gouvernement épiscopal, l’évêque demanda l’appui de sept cantons catholiques avec lesquels il avait une alliance. Les sujets bâlois étaient de fervents catholiques, les alliés de l’évêque le poussèrent à s’entendre avec ses sujets. Les cantons catholiques ne renouvelèrent d’ailleurs pas leur alliance avec l’évêché lorsqu’elle fut arrivée à son terme en 1735. L’évêque se tourna alors du côté de la France, il y trouva l’appui nécessaire pour être rétabli dans son autorité. Plusieurs chefs, dont Pierre Péquignat, furent condamnés à mort. Le peuple était ramené dans la plus parfaite obéissance.

La conséquence la plus directe de l’attitude des cantons catholiques à l’égard de l’évêché fut que celui-ci se détacha progressivement de la Confédération pour se tourner vers la France, cela lui sera fatal. L'évêché de Bâle figura en effet parmi les premières conquêtes des armées républicaines françaises en 1792. Le prince-évêque sera alors contraint de quitter le château de Porrentruy. Il sera destitué à Boncourt en assemblée populaire alors que sera proclamée l'éphémère République rauracienne. Ainsi s'achève sept siècles et demi de pouvoir épiscopal bâlois. L’affaire Péquignat n’est pas non plus le fait des idées nouvelles véhiculées par les Lumières. Il faut y voir un trouble populaire provoquée par le système politique en vigueur. Ce n’est pas un idéal de liberté et d’égalité au sens de Rousseau qui meut les contestataires, mais bien le respect des droits anciens.

 

La conjuration de Henzi (1749)

Une soixantaine de bourgeois de la République de Berne, opposés à l’attitude des patriciens de la cité, se rallient à quelques patriciens exclus du gouvernement. Samuel Henzi en est. Mais le 2 juillet 1749, la conjuration est dévoilée par Friedrich Ulrich, étudiant en théologie. Le jour suivant, les deux Conseils sont saisis de l’affaire et le 4 environ 25 conjurés sont incarcérés. Henzi, homme cultivé et plein de talents, rédigea la plupart de ses écrits en français ; après un exil forcé à Neuchâtel, il revint à Berne, amnistié, en 1748. Il ne trouva pas auprès de « Leurs Excellences » une oreille attentive et se tourna alors du côté de ceux qui nourrissaient des projets de réformes. C’est donc lui qui prit la direction intellectuelle du complot. Il mentionna les griefs des « conjurés » dans un mémoire et y dénonça les excès des patriciens. Il demandait par exemple le retour aux « antiques constitutions », une participation accrue des bourgeois au pouvoir législatif, un rétablissement de la bonne entente avec le peuple des campagnes qui passait par une suppression du servage, un allègement des charges et une meilleure justice. Comprenant que ses idées ne s’imposeraient pas de manière pacifique, il conspira dès la fin de 1748. Les mécontents étant nombreux, il trouva auprès d’eux l’appui qu’il attendait pour « reconquérir la couronne de la liberté ». Mais les intérêts divers des conjurés les empêchèrent de mener leur prétentions à leur terme. Alors qu’il semblait se désengager de plus en plus du projet révolutionnaire, Henzi fut pris dans la réaction du gouvernement qui prenait connaissance du conflit par la voix de Frédéric Ulrich. Le Grand Conseil condamna les chefs du mouvement pour haute trahison et leur exécution eut lieu le 17 juillet. Toutes les troupes de la ville avaient été mobilisées pour qu’aucun mouvement populaire ne vienne en aide aux condamnés, et il en fut ainsi malgré le sentiment d’injustice, ou du moins de justice bâclée, qui résultait de la mort de l’écrivain. Ce fut une nouvelle fois pour protéger leurs intérêts et conserver leurs privilèges que les patriciens bernois avaient réagit de manière sanglante.  

Peut-on voir dans les idées de Henzi l’influence des Lumières ? Homme cultivé et brillant, Henzi les connaissait. Mais si ses réformes avaient été appliquées, elles auraient d’abord profitées aux bourgeois qui ne participaient pas au gouvernement. Il n’était pas question d’accorder de tels droits au peuple des campagnes. La ville aurait continué à administrer à elle seule le territoire cantonale. Si on peut parler de lui comme d’un personnage éclairé, Henzi est avant tout mû par des intérêts qui n’embrassent pas complètement ceux des Lumières. Les « oligarques » bernois restaient, pour un moment encore, à l’abri des idées nouvelles et des concessions qu’elles obligeraient.

L’insurrection de la Léventine (1755)

Depuis que la paix de Milan du 4 avril 1441 avait été signée, la Léventine était sous domination uranaise, jouissant cependant de ses anciennes franchises. De 1713 à 1755 les actes officiels la considèrent même comme un allié. Mais en 1754 le canton d’Uri exige tous les deux ans la reddition des comptes de la gestion des biens des veuves et des pupilles, y ayant constaté des abus: bien des Léventins se sentent lésés. L’insurrection se profile à l’horizon… Des fonctionnaires uranais furent arrêtés, l’ordonnance abolie et les Léventins prirent les armes. En mai 1755, environ 1000 Uranais et 1300 Unterwaldiens et Lucernois se déployèrent en Léventine. Les insurgés déposèrent les armes. Les Uranais les rassemblèrent sur la place de Faido et leur fit jurer le 2 juin une « éternelle fidélité à leurs seigneurs » et exécutèrent trois des meneurs tandis que huit autres étaient menés à Uri pour subir le même sort. Les Léventins furent ensuite privés de la quasi totalité des libertés qui étaient les leurs et réduits à la simple sujétion. Le cas de la Léventine est celui d’une insurrection populaire en marge complète des idées des Lumières. Ce n’est pas la prise de conscience intellectuelle qui motive les Léventins à s’insurger, c’est une réaction populaire devant l’autorité toute-puissante des uranais.

 

L’affaire Gaudot (1768)

Depuis 1707, Neuchâtel était devenue possession prussienne dans les conditions que l’on sait. En 1748, Frédéric II prend la décision de supprimer la régie des impôts et de la remplacer par une ferme (mise aux enchères de la perception des cens et des dîmes). Lorsque cette ferme dut être renouvelée en 1767, le mécontentement des Neuchâtelois se fit plus vif : personne ne voulut des fermes lors des enchères, le montant de départ étant fixé très haut. Les émissaires dépêchés par Frédéric II finirent par proposer la vente de toutes les terres dîmables au plus offrant, provoquant la révolte des Neuchâtelois qui virent là une violation du principe d'inaliénabilité garanti en 1707 et qui exigèrent le rétablissement de la régie. Le roi, estimant son autorité et ses privilèges menacés, porte ses griefs devant le gouvernement bernois. Les anciens actes de combourgeoisie désigne en effet Berne comme arbitre entre le prince de Neuchâtel et ses sujets.

L’avocat général Claude Gaudot (1713-1768), soutient à Berne les intérêts du prince en se montrant particulièrement intransigeant. Le 23 janvier 1768, le Grand Conseil de Berne rend son jugement, il est défavorable à Neuchâtel. La colère des bourgeois de Neuchâtel fut telle que Frédéric II demanda l'intervention militaire de Berne qui, malgré les appels au calme de Lucerne, Soleure, Fribourg et de l'ambassadeur de France, massa 9000 hommes à l'est de la principauté.

Lorsque Gaudot revient de Berne, le 24 avril, la tension était à son comble. Le nouveau lieutenant-gouverneur fut assailli dans sa maison et mis à mort, sans que les autorités eussent tenté de le protéger.

Berne, Lucerne, Fribourg et Soleure, alliés de Neuchâtel depuis le XVe siècle, envoyèrent une garnison de 600 hommes pour appuyer l’enquête qui suivait l’assassinat. La ville dut donner satisfaction aux exigences du prince et quelques étrangers qui avaient participés à la révolte le payèrent de leur vie. Le nouveau gouverneur, le général Lentulus, s’appliqua à concilier les intérêts des uns et des autres. La Constitution de la Principauté fut précisée : les droits de chacun étaient délimités précisément, tous en étaient satisfaits.

Véritable mouvement populaire sans liens avec les idées nouvelles des Lumières, l’affaire Gaudot est avant tout l’expression de la volonté de défendre les droits acquis par les neuchâtelois en 1707. Ce ne sont pas les idées nouvelles qui provoquent le soulèvement mais les changements voulus par Frédéric II. De plus, il ne s’agit pas d’une révolte menée uniquement par le bas peuple ou la bourgeoisie contre l’aristocratie locale, tous les neuchâtelois s’unissent contre le nouveau système voulu par leur éloigné souverain.

La révolution de Chenaux

De 1780 à 1784, pour des raisons à la fois économiques, politiques et religieuses, le canton de Fribourg connaît une période troublée dont le soulèvement de Chenaux, en 1781, constitue l'épisode le plus spectaculaire. Pierre Nicolas Chenaux (1740-1781), mécontent du gouvernement fribourgeois et désabusé par la perte d’un procès, s’entoure de complices et organise une insurrection. L'avocat Jean-Nicolas-André Castella est vraisemblablement le cerveau du soulèvement, Jean-Pierre Raccaud l'un de ses chefs, mais c'est Pierre-Nicolas Chenaux qui donnera son nom à la révolte.

Chenaux et ses amis reprochent au gouvernement oligarchique de Fribourg d’avoir abolit une trentaine de fêtes religieuses, d’avoir supprimé le couvent de la Valsainte et de projeter la mise en place de nouveaux impôts. Chenaux promet à ses partisans que leurs dettes seront abolies, qu’une loi agraire sera mise en place et que les fermiers pourront avoir la libre propriété des terres qu’ils détiennent par bail.

Le 29 avril 1781, à la tête d'un petit groupe réuni à Bulle à l'auberge de L'Epée couronnée, il imagine un putsch à la faveur duquel une poignée d'hommes, encadrés par des officiers et sous-officiers, prendrait Fribourg par surprise. La date prévue est d'abord la Saint-Jean (24 juin), puis la foire du 3 mai. Informé du projet de Chenaux, le gouvernement ordonne discrètement son arrestation. Celui-ci esquive le coup. A la nouvelle que, le 1er mai, Fribourg a mis sa tête à prix, Chenaux, loin de fuir, prend l'initiative, mobilise la population et, dès le 2 mai, gagne la capitale. Le 3 mai 1781, les rebelles marchent contre la ville. Les portes de la ville étant closes, des tractations s'engagent; les assaillants les mettent à profit pour sonner le rappel des campagnards (on en comptera deux à trois mille), tandis que les assiégés appellent Berne à l'aide. Rapidement secourus par les bernois, le gouvernement fribourgeois était prêt à recevoir les paysans mal armés et insuffisamment organisés. Le 4 mai, le Vaudois Benjamin Louis Monod de Froideville, ancien officier au service de Prusse, obtient sans coup férir la reddition de quelques centaines d'hommes.

Dans la nuit du 4 au 5 mai, Chenaux est tué dans un duel par l’un des insurgés, appâté par la forte récompense promise à qui le livrerait. La mort de Chenaux ne fit pas renoncer les aristocrates fribourgeois à décapiter et écarteler son cadavre. La révolte fut sévèrement réprimée : les peines de prison, les condamnations aux galères, les bannissements et les amendes furent le lot d’un grand nombre des insurgés. Les sujets se virent cependant accorder un délai de trois jours pour formuler leurs griefs ; si quelques diminutions de corvées et d’impôts furent décidées, la majorité des récriminations ne furent pas entendues par les patriciens fribourgeois.

Une année après la tentative de Chenaux, ce fut au tour de la bourgeoisie urbaine de marquer son mécontentement.

On peut parler de véritable culte pour le meneur de la révolte, le peuple fribourgeois, malgré les anathèmes de l’évêque, se rendait en un véritable pèlerinage sur le tombeau de son martyr de la liberté pour y invoquer "saint Nicolas Chenaux, martyr de la liberté". Sur le plan politique, les autorités fribourgeoises, sur conseil de Berne, Lucerne et Soleure, optent pour l'apaisement. Les "paroisses et communautés" sont invitées à exprimer par écrit leurs "respectueuses représentations". De celles qui émanent de la campagne, aucune ne conteste l'institution même du patriciat, mais plusieurs sollicitent des allègements fiscaux ainsi que le rétablissement des fêtes religieuses et processions récemment supprimées. En revanche, la bourgeoisie commune de la capitale, par d'habiles et insistantes démarches, fait savoir qu'elle aspire à une meilleure répartition du pouvoir avec la bourgeoisie privilégiée. Le conflit s'exacerbe; il s'achève en 1783 par l'exil forcé de ses principaux représentants.

Les insurgés bannis et ceux qui avaient fuis continuèrent de nourrir des ambitions de changements. Réunis en France sous la direction de l’avocat André-Nicolas Castella, ils rédigèrent de nombreux pamphlets. La Révolution française allait leur permettre de revenir à Fribourg.

Peut-on voir dans la Révolution Chenaux une filiation avec les idées nouvelles des Lumières ? Chenaux, dans la Gruyère opulente de l'époque, se voue aux affaires (immobilier, tannerie, fromage, grains, mines, élevage muletier), mais sans succès. Déçu également dans ses ambitions militaires (on lui préfère un patricien pour le grade de major), il réussit mieux en politique. Son franc-parler et ses virulentes critiques envers le régime patricien lui aliènent certes des sympathies, mais lui assurent une indéniable popularité, qu'accentue sa belle prestance. Acculé à la faillite en 1780, il choisit la fuite en avant en tentant de renverser le gouvernement. Les motivations de Chenaux n’ont pas grand-chose à voir avec les idées nouvelles véhiculées par les Lumières européennes. Ce sont avant tout ses intérêts personnels que Chenaux défend. Peut-être n’était-ce pas le cas de tout ses compagnons de révolte ; on peut en tous les cas se demander si les belles promesses qu’il avait tenu au peuple fribourgeois auraient été appliqué ou si elles seraient venues après les intérêts des bourgeois déçus du pouvoir en place d’une part, et les intérêts tout personnels de Chenaux d’autre part.

Victime de la procédure infamante de damnatio memoriae prévue par la Caroline, Chenaux est oublié jusqu'en 1848, date où le régime radical le réhabilite officiellement. En 1933, une statue monumentale est érigée à Bulle en l'honneur du "défenseur des libertés du peuple".

     

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