Avec
la
guerre de Trente Ans s’est
imposé aux cantons suisses la nécessité de
protéger leurs frontières et
donc d’opter pour une organisation
militaire collective. C’est dans cette optique
qu’ils forment, dès 1647, un conseil de guerre des treize
cantons.
En février
1668,
les français envahissent la
Franche-Comté, placée depuis 1511
sous la protection des Confédérés en
vertu de l’entente perpétuelle avec
l’Autriche. Les frontières de la
Confédération étaient à nouveau
menacées, cette fois par la plus
ancienne alliée des suisses, la
France du jeune
Louis XIV.
Une révision du Defensional
s’imposait. En mars
1668
les nouvelles dispositions du pacte
furent adoptés, elles devaient
assurer la sauvegarde de la Suisse.
En 1670, il fut confirmé par les
treize cantons, quelques nouveaux
articles y furent ajoutés en 1673.
La Conférence qui se
tint à Baden pour réviser le
Defensional de Wil réunit les treize
cantons suisses, sans Bâle, et trois
alliés : L’abbé et la ville de St
Gall, Bienne. Devant la menace
extérieure les suisses ont su
réagir, faire fi de leurs
antagonismes, qui avaient menés
jusqu’à la
bataille de
Villmergen, et mettre en
avant la solidarité que les anciens
pactes défendaient. L’armée
confédérée devait alors compter près
de 40'000
hommes et une soixantaine de
canons. L’institution d’un
Conseil de
guerre fédéral, organe
central, stable et autorité
militaire suprême aux pouvoirs
politiques étendus (notamment pour
ce qui concernaient les négociations
avec l’étranger), assurait la
cohésion et le respect du pacte. La
différence capitale entre le
Defensional de 1647 et sa version
révisée de 1668 étant que la
première ne s’appliquait qu’en temps
de guerre ; la seconde convention
devait être proclamée à nouveau
chaque année. L’armée ainsi
constituée devait, presque sans
changements, demeurer telle jusqu’en
1848.
Avec le Défensional
de 1668 il semblait bien qu’une ère
nouvelle s’annonçait. Mais les
pouvoirs du Conseil de guerre et
l’usage actif qu’il en faisait ne
plaisaient guère aux petits cantons,
qui y voyaient un
danger pour
leur souveraineté. Dès
octobre
1676 la Landsgemeinde de
Schwyz dénonce
le Defensional. Uri, Obwald,
Zoug, Nidwald et les deux Appenzell
firent de même dans les années qui
suivirent. Glaris avait refusé dès
le début de fournir plus de
contingent que ce que prévoyait les
anciens pactes. Le Valais et les
Grisons ne se joignirent pas aux
signataires du Defensional. En 1703,
le Defensional ne groupait plus que
Zurich, Berne, Lucerne, Bâle,
Fribourg, Soleure, Schaffhouse, la
partie protestante de Glaris et les
trois alliés : Bienne, la ville et
l’Abbé de St Gall. Le Defensional a
pourtant survécu, du moins en tant
que constitution militaire des
grands cantons, unissant des
Confédérés des deux confessions. Son
efficacité fut mis à l’épreuve à
plusieurs reprises, on peut en
compter sept : deux intrusions
durant la guerre de Hollande (en
1674 par les Autrichiens et en 1678
par les Français), plusieurs durant
la
guerre de
succession d’Espagne
(1702, 1709 et 1710), une durant la
guerre pour la succession de la
Pologne. Les troupes fédérales
arrivèrent généralement bien après
le passage des troupes étrangères et
ne restèrent généralement que peu de
temps en place, de sorte que les
violations de frontières se
répétèrent, démontrant à chaque fois
l’efficacité limitée des armées
suisses. Les états signataires du
Defensional eurent à eux seuls à
défendre les frontières. La
situation fut sensiblement
différente lors de la
Révolution
française. La Diète fit
une déclaration de
neutralité
le 14 mai
1792 et envoya des
renforts à Bâle, Genève et au
Tessin. Tous les cantons de la
Confédération (seul Glaris
catholique refusa de fournir un
contingent) participèrent cette fois
à la défense commune. Cela
n’empêchera cependant pas
Napoléon
d’imposer ses vues en Suisse.
Il est à remarquer
que ce sont les cantons qui furent à
l’origine de la Confédération, à
l’origine de la liberté helvétique,
qui refusèrent de se joindre d’abord
à la nouvelle politique de défense.
Sans eux, l’organisation militaire
fédérale perdait son sens même, la
centralisation des pouvoirs
militaires en une autorité unique,
soit le
Conseil de guerre,
se heurtait
aux pactes et droits anciens que
défendaient âprement ces cantons.
L’évolution vers une forme moderne
de défense du territoire semblait
devoir rester pure hypothèse. Une
fois de plus on constate que deux
mondes se heurtent en Suisse :
celui des
défenseurs farouches des pactes
anciens et celui des Etats
aristocratiques en quête de revenus
financiers pour accroître leur
autorité. Les différences
religieuses contribuant toujours à
empêcher une union plus étroite des
cantons suisses. Pire que cela,
elles s’exaltèrent dans ce XVIIIe
siècle naissant, provoquant
le
second
affrontement
de Villmergen.