SOMMAIRE - Histoire Suisse

Nous vous proposons ici un petit voyage au travers de l'histoire de la Confédération helvétique. Cette rubrique est composée de nombreux dossiers, mini-dossiers et d'un grand nombre de simples pages.  Cette rubrique est particulièrement fournie et regroupe un nombre de textes toujours grandissant, vos travaux sont les bienvenus !!!

 

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Sommaire >>> Divers >>> Histoire Suisse >>> 1648-1815: Vie et mort de l'Ancien Régime

 Le jeu du pouvoir entre les cantons: les deux guerres de Villmergen

 
 

Les treize cantons et leurs alliés n’ont comme constitution que les pactes datant du Moyen age. La Diète fédérale fait figure d’organe central, mais depuis toujours une multitude d’intérêts divergents de différents groupes de cantons se superpose à la structure confédérale telle qu’elle se manifeste à la Diète. Le facteur le plus visible étant la séparation confessionnelle. L’avantage des cantons catholiques dans les bailliages communs ne tient pas compte de l’importance économique et politique croissante des cantons réformés. La crise est donc permanente. 

En 1656, Zurich et Berne décident de faire changer l’avantage de camp (Soleure, Fribourg, Bâle et Saint Gall restant neutres), mais leur défaite près de Villmergen (bailliage commun d’Argovie) conserve pour 50 ans encore la prédominance aux cantons catholiques. En 1712, le conflit reprend. Les mêmes coalitions se retrouvent une nouvelle fois sur le champ de bataille de Villmergen. Cette fois-ci les réformés remportent la victoire, l’équilibre politique est modifié à leur avantage (création d’un tribunal formé à égalité de catholique et de protestants pour débattre des questions religieuses). 

La seconde guerre de Villmergen a pour résultats l’acceptation de la prépondérance des cantons réformés et surtout la reconnaissance du rôle dominant de Zurich et de Berne dans la Confédération. Ils existaient d’autres clivages que les clivages confessionnels : Les systèmes économiques (L’Ouest proche de la France, la Suisse orientale et centrale axées sur Zurich, Bâle vers la Rhénanie et l’Alsace), l’impossibilité à se mettre d’accord sur une monnaie commune, les antagonismes ville-campagnes… Ainsi, la Confédération unissait les cantons et les alliés, à différents niveaux, en groupes différents. Cela empêchait l’union d’être efficace, mais la diversité des conflits et l’interférence des intérêts neutralisaient les affrontements. L’ancienne Confédération subsista grâce à cet état d’équilibre entre les conflits.

Le Défensional de 1647 est renouvelé en 1668 et resta la base de la collaboration militaire entre les cantons (en théorie, la Confédération se donnait, en temps de guerre, un gouvernement central à pleins pouvoirs ; en pratique, les méfiances cantonales étaient trop grandes pour que cela puisse fonctionner). Vers la fin du XVIIIe siècle, la nécessité d’une politique commune n’est guère contestée, mais la situation intérieure, tant économique que politique, n’ayant pas changé, les tensions restent les mêmes, bien que la question confessionnelle s’apaise un peu. Même si l’on a vu le peu de poids « réel » de la Diète, il ne faut cependant pas sous-estimer l’importance du rituel fédéral dans la prise de conscience nationale. Mais bientôt plus rien ne se passe sans que les grandes villes de Berne et Zurich n’en aient pris connaissance, et même débattu.

Autour des 13 cantons se regroupent une série d’alliés. Ont un siège à la Diète : l’Abbaye de St Gall, la ville de St Gall et Bienne. C’est le groupe le plus étroitement lié à la Confédération. Les autres alliés n’ont de traités qu’avec certains cantons, ce sont : Mulhouse, Genève, le prince-évêque de Bâle, la Principauté de Neuchâtel, le Valais, les Grisons (et dans une moindre mesure, en plein centre de la Confédération, la République de Gersau). La Suisse ressemblait à une mosaïque de toutes les possibilités politiques de l’Ancien Régime. Nous y trouvons des démocraties, des aristocraties, des monarchies, des régions assujetties selon tous les degrés de dépendance, le tout maintenu par un système complexe et hétérogène de pactes et d’alliances.

Retour sur les guerres de Villmergen

Lors de la guerre des paysans, les cantons suisses avaient fait cause commune pour lutter contre les insurgés. C’est une réaction qui peut surprendre lorsque l’on sait que dans le reste de l’Europe, catholiques et protestants étaient en guerre les uns contre les autres. Mais derrière cette union contre les paysans couvaient un conflit qui n’allait pas tarder à s’enflammer. Les deux confessions formaient des blocs toujours plus distincts l’un de l’autre, un simple incident pouvait suffire à déclencher un conflit qui verrait la solidarité fédérale éclater en morceaux. Il se produisit durant l’année 1655.

La première confrontation

Nous n’allons pas ici rentrer dans le détail du déroulement de cette première guerre de Villmergen, nous en verrons pourtant les causes et les faits marquants. Les causes de la guerre se rapportent au conflit paysan de 1653 : une communauté protestante de la bourgade schwyzoise d’Arth manifeste sa sympathie pour les paysans lucernois rebelles et entretient des correspondances secrètes avec Zurich. Refusant de se soumettre aux ordonnances de l’église catholique, les « Nicodémites » sont poursuivis en justice par le gouvernement schwyzois. N’attendant pas les sentences, les « rebelles » fuient et se réfugient à Zurich. La justice shwyzoise entreprend alors des poursuites contre les parents des fuyards, quatre d’entre eux seront exécutés. Zurich riposte en exigeant que les biens des fugitifs leurs soient restitués. Schwyz refuse.

La ville de Zurich, sans en avoir préalablement débattu avec les autres cantons protestants, publie le « manifeste du 27 décembre 1655 » (qui date en fait du 6 janvier selon le calendrier grégorien) : la guerre est déclarée à Schwyz et aux quatre autres cantons catholiques. En janvier 1656 s’engagea la bataille de Villmergen, son issue allait décider de celle de la guerre. Les bernois, pourtant sûr de leur victoire et disposant d’un meilleur armement et de troupes plus nombreuses, furent défaits. Sur le champ de bataille on comptait plus de 750 morts, 573 du côté protestant et 189 du côté catholique. Dès la fin du mois de février la paix était signée. Chaque canton se voyait reconnaître une indépendance et une souveraineté absolue pour tout ce qui touchait la religion. Le temps des pactes primitifs selon lesquels tout conflit entre les confédérés devait être soumis et jugé par la Diète était révolu. Le résultat direct fut que nombre de différends ne trouvaient plus aucune autorité pour être tranchés.

La guerre de Villmergen peut sembler bien lointaine des préoccupations des Lumières ; pourtant plusieurs éléments nous y ramènent. D’abord il s’agit d’un conflit dont nous avons vu qu’il est lié aux soulèvements paysans des années qui l’ont précédées. La réaction de « Leurs Excellences » avait provoqué d’amères rancunes du côté des sujets qui devaient livrer bataille à Villmergen, c’est sûrement ce qui peut expliquer le manque de discipline d’une partie des troupes protestantes. Aux erreurs tactiques et à la défaillance du commandement protestant s’ajoute le courage des troupes catholiques qui forcèrent le sort des armes. Le sanglant conflit qui venait de se jouer mettait un terme au rôle d’arbitre de la Diète, l’espoir de cohésion du corps fédéral que nourrissaient encore certains s’évaporaient. En revanche, les échanges entre cantons de même confession s’intensifièrent.

Il fallu le danger des années de 1668 à 1673 pour décider les 13 cantons et leurs trois plus proches alliés à se rapprocher et à conclure une révision du « Défensional de Wil » de 1647. On ne peut pourtant voir dans ce conflit précédent le XVIIIe siècle l’influence directe, intellectuelle et idéologique des Lumières. On y décèle en revanche l’opposition de deux suisses, l’une d’entre elle, la partie protestante, sera plus réceptive aux idées nouvelles qui s’immisceront bientôt en Suisse.

La seconde confrontation

Ce second conflit religieux qui opposa les Confédérés en deux camps distincts se déroula en 1712. C’est la construction d’une route de Wattwil à Uznach qui fit s’opposer les habitants du Toggenbourg à l’abbé de St Gall. Les Toggenbourgeois, soutenus par Berne et Zurich, entament un processus d’autonomisation : ils se donnent un conseil, des tribunaux et une commission gouvernementale. Les différences religieuses entre les deux partis s’en trouvent exacerbées. C’est au mois d’avril 1712 que les cinq cantons catholiques et le Valais prennent parti pour l’abbé.

La paix est finalement signée à Aarau le 11 août 1712. Cette quatrième paix nationale mit fin à la dernière guerre civile de religion que notre pays connu. La paix nationale de 1531 est abrogée et déclarée « sans force ni vigueur » (Selon les chiffres avancées par A.Zesiger dans son article L’organisation militaire aux 17e et 18e siècle et les guerres civiles, in Histoire Militaire de la Suisse, Vol.3, cahiers 5-8). La liberté de croyance est accordée aux réformés comme aux catholiques. Berne et Zurich se voient attribuer un rôle prépondérant dans l’administration des bailliages communs et deviennent les cantons les plus puissants de la Confédération. Sorte de « Constitution fédérale commune », les termes de la paix d’Aarau seront en vigueur jusqu’à la chute de l’ancienne Confédération.

Les guerres religieuses suisses ont ceci de particulier qu’elles recommencèrent après la paix de Westphalie ; c’est une particularité suisse, une particularité qui prouve que la Suisse est alors en quelque sorte en dehors de l’Europe que le XVIIe siècle avait façonnée. La Suisse, en dehors du système monarchique européen, évolue de manière particulière. Après la victoire protestante du 14 juillet 1656 on signa la paix. Mais une paix qui n’était pas une réconciliation des esprits, l’opposition restait ouverte. Dans ces années là, la Suisse n’avait encore que peu de contacts culturels ou intellectuels avec ses voisins. Cet état de fait était encore plus flagrant du côté des cantons centraux. Les idées ne circulaient pas encore, on peut se dire que l’on s’accrochait alors peut-être à celles que l’on avait. Les animosités religieuses ne cessèrent dans un premier temps que devant les nécessités matérielles que la disette de 1657 avait provoqué. On entrait dans le XVIIIe siècle sans avoir trouvé de solution définitive au problème confessionnelle.

Le 25 juillet 1712, le champ de bataille de Villmergen fut le théâtre d’un second conflit dont les cantons protestants ressortaient grands vainqueurs. Quelle était la Suisse au commencement du XVIIIe siècle ? Le traité d’Aarau réglait définitivement les possessions respectives et tout ce qui concernait les bailliages communs ; on pouvait penser que la Suisse était désormais définitivement constituée. Mais la Suisse restait un composite de petit ou de grands Etats jaloux de leur souveraineté ; la variété des mœurs, des langues, des religions, des types de gouvernements et du fonctionnement des institutions continuait de faire de la Suisse un cas unique en Europe. Les idées nouvelles qui commençaient à se faire une place en Europe allaient devoir composer avec cette suisse originale, dont la situation politique semblait si compliquée. Il nous fallait décrire les deux guerres de Villmergen pour se faire une meilleur idée de ce qu’était la Suisse lorsqu’elle entra dans ce fameux « Siècle des Lumière ». Il nous reste à voir quelle était l’organisation politique des cantons suisses au XVIIIe siècle afin de mieux comprendre dans quel contexte culturel et intellectuel les idées des Lumières auront à se développer…

     

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