Nous
ne verrons pas en détails les divers traités que les Confédérés
conclurent avec leurs voisins ou les puissances européennes ;
Sachons simplement que ces traités se neutralisaient
réciproquement, si bien que les cantons concernés
parvinrent, moyennant quelques prudences, à se tenir à l’écart
de la grande guerre européenne.
Les
Trois Ligues grisonnes ne
seront cependant pas épargnées. Le pays grison était en
pleine anarchie, les catholiques et les réformés
s’affrontaient dans des opérations punitives réciproques.
Les Espagnols, ayant un intérêt évident à s’emparer de la
Valteline, occupèrent la vallée. Berne et Zurich envoyèrent
des secours, mais après un engagement malheureux ceux-ci, se
replient.
C’est
le point de départ d’une guerre qui va durer 20 ans et livrer
une partie du territoire grison à l’occupation par les
Espagnols et les Autrichiens. La France, revitalisée par
l’arrivée au pouvoir de Richelieu,
décide d’intervenir également. La campagne menée de 1624 à
1626 (avec l’appui de la Savoie, de Venise, de Berne, de
Zurich et du Valais) se solde par un demi-échec.
Après
la défaite suédoise de Nördlingen
en 1634, la France est contrainte
à entrer officiellement dans la
guerre de Trente Ans. Les Français parviennent à chasser les
occupants des Grisons. Après d’âpres négociations, les
troupes françaises se retirent. L’Espagne se retrouve en
position de force et s’impose comme véritable « tutrice »
des Trois Ligues.
La
neutralité confédérale est apparue de plus en plus comme la
condition même de l’existence de la Confédération.
Néanmoins quelques crises intérieures se produisent, mais mis
à part ces quelques incidents, les Confédérés parviennent à
garder leur sang-froid jusqu’à la fin de la guerre. Le danger
qui croît et les violations de frontières qui se multiplient
(l’évêché de Bâle est ravagé par les impériaux et leurs
adversaires) font souhaiter la conclusion d’un
pacte
fédéral défensif. C’est avec la poussée suédoise
contre Constance en 1646-1647, que les Confédérés signent, à
Wil, un
Défensional
fédéral.
A
la fin de la guerre, les Confédérés cherchèrent à défendre
leurs intérêts en se faisant inclure dans les traités européens.
Au départ, l’ambassadeur de France et l’homme de confiance
de l’empereur auprès de la Confédération étaient
d’accord pour empêcher la participation suisse aux négociations.
Mais leur attitude va changer, c’est alors le bourgmestre de Bâle,
Jean-Rodolphe Wettstein, qui
se rend à Münster. Avec
la paix de Westphalie l'Etat ancien hérité des structures
féodales s'effaçait au profit d'un Etat dont la souveraineté
était bien mieux précisé. Avec l'échec de la restauration d'une
autorité impériale en Allemagne, le dessin d'une Europe nouvelle
se fit. La Confédération fut présente au Congrès qui allait
tirer les traits de cette nouvelles Europe, mais l'importance de
cette présence échappa aux cantons, à l'exception de Bâle. En
1645, Bâle proposa qu'une délégation helvétique fut envoyée en
Westphalie, l'ambassadeur de France, Caumartin, s'y opposa
fermement comme nous l'avons dit. La France avait en effet des
visées sur l'Alsace, le Fricktal et le Brisgau, autant de pays
qui intéressaient les confédérés. L'opposition de Caumartin fut
neutralisée par le soutien d'Henri II à l'habile bourgmestre
bâlois Jean-Rodolphe Wettstein. C'est ce dernier qui se rendit
au Congrès, il y représentait les cantons protestants, mais il
eut l'intuition de défendre les intérêts de l'ensemble des
confédérés. S'il ne put empêcher l'établissement de la France
sur le Rhin, Wettstein obtint un succès d'envergure: la
reconnaissance européenne de l'indépendance et de la
souveraineté de la Confédération helvétique. Ainsi,
en 1648, la
souveraineté de la Confédération, acquise de fait depuis fort
longtemps, est enfin garantie à la fois en droit d’Empire et
en droit international.