Les dissensions
qui éclatèrent entre Confédérées après les
guerres
de Bourgogne, et culminèrent lors de la Diète
de Stans (1481), n’ont pas été, comme il
arrive souvent entre alliés, le produit d’une victoire trop
heureuse. Le fameux butin du Téméraire n’a pas été la
cause de tous les maux comme cela est en général présenté.
C’est en effet dès le déclenchement
des hostilités que les rivalités apparurent. Il ne
pouvait en être autrement au vu des intérêts distincts
poursuivis dans la conduite des opérations.
Une véritable scission
éclate chez les Suisses au moment où Berne entame son
offensive en direction du Pays de Vaud. L’idée bernoise n’était
pourtant pas mauvaise : détacher la Savoie de
l’influence bourguignonne. Mais Zurich et les Waldstaetten en
particulier refusèrent catégoriquement de s’associer à des
opérations qu’ils jugeaient du ressort
exclusif des ambitions bernoises. Ce qu’ils redoutaient
avant tout c’était la réalisation des tendances hégémoniques
de Berne. Mais comme nous l’avons souligné, la
conquête du Pays de Vaud s’imposait comme un moment inévitable
de la résistance à l’emprise du Téméraire.
Sous la
conduite de Berne, Fribourg et Soleure tous les points d’appui
tactiques du Pays de Vaud tombèrent dans les mains Confédérées
entre octobre et novembre 1475.
Lorsqu’au
mois de mai 1475 expire la trêve prolongée depuis 1472, Louis
XI attaque les États bourguignons de tous côtés à
la fois ; il attendait que les Suisses fassent de même.
Mais les Suisses se défilèrent. La Diète de Zoug du 4 juillet
1475 refuse à la majorité l’expédition prévue en
Franche-Comté par les Bernois. La défection
des Suisses, à laquelle s’ajouta celle de l’empereur,
contraint Louis XI à signer une nouvelle trêve (de 9
ans cette fois-ci). Désormais, les Suisses sont réduits à
leurs propres forces.
Jusqu’au XVe
siècle, les cantons primitifs, en dépit d’une étroitesse
largement compensée par la situation géographique, avaient
toujours conservé, au sein des Ligues, la prépondérance et
l’initiative des grandes décisions politico-stratégiques.
Mais le rôle toujours plus grand
tenu par Berne témoignait d’une modification d’équilibre
au sein de la Confédération des 8 cantons. De plus les candidats
à l’adhésion, Fribourg
et Soleure, sans renverser
formellement la majorité des voix à la Diète, assureraient définitivement
la prééminence de la Suisse occidentale.
Les villes
conclurent, en mai 1477, une alliance séparée (Zurich, Berne,
Fribourg, Lucerne, Soleure). Mais des deux côtés on se rendait
bien compte qu’une alliance séparée d’une part, la
persistance de l’anarchie et des menées révolutionnaires de
l’autre, étaient incompatibles avec
le maintien des liens fédéraux. Un accord devait
donc pouvoir être trouvé aisément. La question qui demeurait
à résoudre était celle de la mesure des
droits politiques dont jouiraient les deux nouveaux cantons au
sein de la Confédération. C’est au Convenant
de Stans que la solution fut trouvée. Le Convenant
de Stans renforçait la cohésion de l’édifice confédéral,
en garantissant à chaque État membre son intégrité
territoriale et constitutionnelle par l’obligation
impartie à tous les autres du respect et de l’entraide
mutuelle. Les pactes concernant Fribourg et Soleure indiquaient
qu’ils ne pouvaient conclure une alliance sans
l’autorisation des 8 autres cantons ou la majorité de
ceux-ci.
La règle de
l’unanimité qui
s’imposait en des décisions telles que la paix, la guerre,
les alliances contribuait pour beaucoup à limiter
la souveraineté effective de chaque canton. Mais on a
aussi beaucoup dit que l’incapacité de la Diète à mener une
politique fédérale conduite par la règle de la majorité
avait empêché les grandes perspectives (comme la conquête de
la Franche-Comté ou, plus tard, l’annexion de la Lombardie).