Le soulèvement
du peuple d’Appenzell ne fut pas heureux en ses débuts, malgré
quelques succès locaux. En effet, d’une part l’abbé de St
Gall venait de reconduire une paix pour vingt ans avec l’Autriche
(1402), d’autre part les villes souabes proposèrent une médiation
plutôt que de se joindre aux paysans : la sécurité du
trafic et des avantages commerciaux exigeait impérieusement le maintien
de la paix.
Mais les
Appenzellois trouvant l’appui des Schwytzois
(les autres cantons se dérobèrent), ils décidèrent de
continuer la protestation. Un traité de combourgeoisie fut passé
avec Schwytz en 1403.
L’armée hâtivement
rassemblée du couvent et de la ville de St Gall ne fit pas le
poids face aux vaillants montagnards (Vögelinsegg,
mai 1403). La paix fut accordée par les révolutionnaires en
avril 1403 aux villes souabes et à St Gall en particulier.
Cependant la suite allait se compliquer.
Frédéric
IV se sentit, en tant qu’allié de l’abbé, obligé
d’intervenir (c’est surtout le caractère
social de l’affrontement qui le motiva). L’armée
autrichienne subit l’écrasante défaite du Stoss
en juin 1405. Bientôt, enivrés
par leurs succès, les rebelles créèrent une ligue dite
« au-dessus du lac ». Environ 67 forteresses furent
prises ou rasées ; la Thurgovie entière fut conquise
d’un seul revers.
Frédéric IV,
à bout de souffle, fut contraint de signer le 6 juillet 1406,
un armistice. Mais bientôt, à l’initiative de la ville de
Constance, toute la noblesse, de la Souabe à la Haute-Bavière,
regroupa ses forces en un sursaut de l’esprit de classe. En 1408
les Appenzellois et les Schwytzois furent défaits. Le
torrent de la rébellion retrouva son lit aussi vite qu’il en
était sorti.
La Thurgovie
fut à nouveau placée sous la domination autrichienne. Les
Appenzellois, inexpugnables dans leur réduit, n’en
maintenaient pas moins une autonomie de
fait. En 1411 une combourgeoisie fut signée avec 7
cantons suisses (Berne reste à l’écart), les Appenzellois se
retrouvaient sous la tutelle stricte des Confédérés en matière
de politique extérieure. Les montagnards étaient arrachés à
l’influence exclusive de Schwytz (ce qui arrangeait bien
Zurich qui craignait pour ses voies de communication).
La paix
de Constance de 1429 mit fin
aux hostilités entre les montagnards et l’abbé de St Gall.
Les péripéties du soulèvement appenzellois, durant trente
ans, ont tenu en haleine Confédérés, Habsbourg et
Toggenbourg. Malgré son extension initiale, seul Appenzell et
la ville de St Gall se trouvèrent inclus dans l’alliance fédérale
(1411-1412).