Ainsi les
villes suisses ont-elles accordé priorité d’abord aux méthodes
d’expansion pacifique, achats ou hypothèques, préparés
ou doublés par de solennels accords de combourgeoisie.
L’argent
ouvrait plus de portes, ébranlait plus de forteresse que ces
campagnes militaires, vite interrompues par des soldats qui, même
victorieux, avaient toujours hâte de rentrer chez eux, chargés
de butin.
Au sein des
vallées alpestres l’évolution des groupes
sociaux était différente de ce qui se passait en
plaine. Protégés par le relief, les populations sont plus
nombreuses à se disputer les faveurs d’un sol maigre ;
ces hommes paraissent aussi plus robustes et plus entreprenants,
pour eux les
Habsbourg
ne sont pas que des ennemis de la liberté
mais aussi des ennemis de classe :
tout les séparait de ces modestes paysans, alors que les
bourgeois des cités sont toujours tentés de les imiter.
Pourquoi ces
hommes ont-ils débordé de leur vallée, dans lesquelles la
recherche de libertés nouvelles et la soif d’autonomie étaient
satisfaites ? Oui, les Waldstaetten étaient mu par un idéal
démocratique qui les poussait vers ceux qui n’avaient pas
fini de secouer leurs chaînes (ainsi l’intervention de
Schwytz dans le conflit entre la ville de Zoug et ses districts
ruraux). De même, il ne faut pas réduire la part de l’irrationnel
qui entrait dans le comportement de ces sociétés archaïques
à plus d’un titre. La guerre avait une
place d’intégration sociale à ne pas sous-estimer.
Mais il existe aussi une autre vérité :
la perspective d’un beau profit.
Si les villes
ne rechignaient pas à dominer sans vergogne, les communautés
alpestres ne pouvaient s’y résoudre sans paraître
renier un idéal hérité depuis longtemps. Bien souvent
cependant l’influence que ces communautés exercèrent fut
proche de la domination. Faut-il en vouloir aux hommes
d’abriter constamment leurs motifs intéressés derrière le
paravent d’un idéal ?
La pression démographique
joua aussi un rôle dans la volonté expansionniste de ces
cantons. Quelle que fût la part de sympathie désintéressé ou
du calcul ambitieux, les circonstances prévenaient aussi les désirs
des cantons montagnards. Si les villes exploitent à merveille
les difficultés financières des barons, les communautés
alpestres savaient tirer profit de l’esprit de révolte qui
agitait certaines régions agricoles de notre pays dès le XIVe
siècle. Cette véritable crise rurale
s’exprima de 1350 à 1450 environ.