Notre passé
national n’est pas qu’un combat obstiné
pour la liberté, mené contre les prétentions
Habsbourg de souveraineté. L’image idéal que les
manuels scolaires ont donnée pendant longtemps est à
bannir.
En fait, les
intérêts des uns et des autres se sont vite démarqués, en général
selon les clivages socio-économiques. Certes, l’histoire de
la Confédération Suisse ne se limite pas à une « lutte
des classes », cependant il serait également naïf
de croire que les groupes si différents qui coexistaient ne
luttèrent pas entre eux pour la prédominance.
Les vrais
forces en présence, plus que les termes d’autrichiens, de
confédérés, ce sont une paysannerie
remuante, une bourgeoisie en plein
essor, une noblesse sur la défensive.
Le jeu politique entre l’Autriche et les Confédérés n’est
pas seulement sous-tendu par la volonté de domination
d’une part, et d’indépendance
de l’autre, la constellation des forces
en présence ne manqua pas d’influencer le cours des événements.
En Suisse,
comme en Italie ou en Allemagne, les villes ont réussi à conquérir
dès le XIIe et XIIIe siècle un réel statut d’autonomie.
La cité devient un état souverain. Un Conseil municipal réunit
entre ses mains presque tout le pouvoir. Les villes se
constituent de véritables états aux détriments des campagnes
avoisinantes. Elles exercent aussi une emprise économique et
politique souvent lourde à supporter. Les hommes des régions
convoités par les villes se sentiront plus proches des
Waldstaetten et constitueront un véritable noyau
démocratique urbain en opposition à la ville qui représente
le pouvoir. D’inévitables tensions en résulteront.