Guillaume fut
duc de Normandie
de 1035 à 1087
et premier roi normand d’Angleterre de 1066
à 1087. Il fut un souverain autoritaire, il fit de son
royaume le plus puissant de l’Europe occidentale. Vassal
du roi de France, Guillaume se transforme en conquérant
d’une île, puis en souverain qui réussit le paradoxe de
construire une monarchie à peu près absolue sur le régime féodal.
Fils illégitime de
Robert
I le Magnifique il fut aussi surnommé Guillaume
le Bâtard (sa mère, Arlette
de Falaise, était la fille d’un tanneur),
sa minorité fut marquée par les meurtres successifs de ses
tuteurs et par l’esprit de sédition qui ne tarda pas à se
manifester parmi les seigneurs normands, il dut donc dans
un premier temps combattre les barons pour s’imposer en
Normandie.
Henri I, roi de France, n’était pas étranger
à ces troubles; il en arriva même à la guerre ouverte et fit
ravager l’Hiesmois, au cœur du duché. Le jeune duc faillit
perdre la place de Falaise dont le châtelain s’était révolté.
L’anarchie était totale, et ce fut seulement en 1040 que Guillaume put tenter de la réprimer. Guillaume échappa de justesse à ses ennemis et demanda assistance au
roi de France, son seigneur. Celui-ci l’aida à vaincre les
rebelles au Val-ès-Dunes, près de Caen.
A la mort de son cousin, Édouard le Confesseur, roi
d’Angleterre, il s’imposa à la succession en remportant la
bataille d’Hastings en 1066 sur le roi
Harold
II. La conquête de l’Angleterre par Guillaume est
représenté sur la célèbre tapisserie
de Bayeux ; elle montre
comment des forêts entières ont été abattues pour construire
les 750 navires nécessaires au transport des 15'000
soldats du Conquérant.
Sa politique était très
autoritaire et la hiérarchie féodale qu’il développa fut très
stricte. Il garda une grande partie des terres qu’il avait
conquises sur la noblesse anglo-saxonne, le reste étant
distribué à ses soldats. Il ordonna le Domesday
Book, liste détaillée des terres et des biens. Ce
document montre que les Saxons ont été à peu près complètement
dépossédés; l’enquête menée dans tout le royaume à la
fin du règne montre que, parmi les vassaux directs du roi, la
grande majorité sont des Normands ou des Français: un nombre
infime de grands propriétaires saxons ont pu conserver leurs
terres. Le Domesday Book montre aussi que la
population est désormais composée de deux éléments bien séparés:
les nobles, presque tous normands ou français, et le peuple
saxon qui leur est soumis et qui voit le statut de ses hommes
libres se dégrader de plus en plus jusqu’à une
semi-servitude. C’est lui qui instaura
les shériffs pour exécuter ses ordres dans chaque comtés. Guillaume
pousse le souci de l’organisation féodale jusqu’à obliger
ses sujets à lui prêter serment de fidélité. C’est le sens
du célèbre Serment de Salisbury par lequel, en
1086, les principaux nobles durent
se lier envers lui. Paradoxalement, le roi d’Angleterre
était donc beaucoup plus puissant que ne l’était son
suzerain, le roi de France.
Il
avait épousé en 1053 une princesse flamande, la reine
Mathilde, qui devait mourir en 1083, et ce couple royal de
vie exemplaire se plut à fonder des abbayes comme l’abbaye
aux Hommes et l’abbaye aux Dames de Caen, et
l’abbaye de Battle.
Sur
son lit de mort, il partagea ses États comme un patrimoine,
ainsi qu’aurait pu le faire deux siècles plus tôt un
souverain carolingien: la Normandie, considérée comme son bien
propre, devait devenir l’héritage de son fils aîné, Robert
Courte-Heuse (mort en 1134);
l’Angleterre, traitée en acquêt, revenait au cadet, Guillaume le Roux (mort en
1100); son troisième fils,
Henri
Beauclerc, devenu Henri Ier
(mort en 1135), devait se contenter d’une somme d’argent et
du comté de Mortain. Ce fut pourtant ce dernier qui acheva et
perpétua l’œuvre paternelle. C’est sous le règne d’Henri I
Beauclerc que commença la fusion entre éléments saxons et éléments
normands qui créa la nation anglaise.