Alcibiade
(450-404 av. J.-C.), lié par sa mère aux Alcméonides, était
donc parent de Périclès.
Son caractère différait cependant entièrement de celui de
son illustre prédécesseur, et, disciple de
Socrate,
il prônait l’individualisme.
Il était devenu le favori du peuple par sa beauté, son
esprit, le faste dont il faisait étalage. Cependant, les Athéniens
comprirent vite que l’on ne pouvait se fier à lui, car il
était incapable de résister à la
fougue d’une ambition sans mesure et sans scrupules.
Malgré ses défauts, il était passionnément attaché à Athènes
et, lorsqu’il en fut exilé, il souffrit profondément. Alcibiade
n’eut de cesse qu’Athènes eût repris les armes. Il négocia
une alliance avec Argos,
Mantinée
et l’Elide, contre
Sparte
qui se vit tout à coup menacée au
coeur du Péloponnèse; ses armées remportèrent une
victoire à Mantinée en -418;
elle rétablit donc sa suprématie dans le Péloponnèse, mais
Athènes resta maîtresse de la mer.
Élu
membre du gouvernement, Alcibiade persuada les Athéniens
d’entreprendre une
expédition
lointaine, que Périclès leur avait toujours déconseillée.
La conquête
de la
Sicile fut alors décidée.
Déjà
sous le gouvernement de Cléon,
la Sicile était convoitée par les masses. Alcibiade profita
de l’enthousiasme que les jeunes Athéniens manifestaient en
faveur de ses vastes projets pour proposer l’envoi d’une
puissante flotte contre cette île. Il avait l’intention
d’en faire une base de ravitaillement à partir de laquelle
la conquête de l’Italie et
celle de Carthage lui
paraissaient possibles. La flotte allait lever l’ancre,
lorsque l’on apprit que, au cours de la nuit précédente,
l’image d’Hermès avait
été mutilée. On accusa Alcibiade d’avoir commis ce
sacrilège. Il voulut se justifier devant les tribunaux; mais
ses ennemis exigèrent qu’il fût exilé. Il se réfugia
alors chez les Spartiates et devint l’ennemi des Athéniens.
Cependant
la flotte athénienne appareilla au milieu de l’année 415;
elle était commandée par
Nicias
et Lamachos; ni l’un ni
l’autre de ces deux généraux n’était à
la hauteur de sa tâche, ils ne surent point profiter de la
situation. Les hésitations de Nicias donnèrent à
Syracuse
le temps de se fortifier. Lamachos ne put empêcher l’armée
du Spartiate Gylippe de rompre le
blocus de Syracuse et de pénétrer dans la ville. A la suite
d’un grand combat sur terre et sur mer, Gylippe s’empara
du Plemyrion, position très
importante qui assurait les communications de Nicias avec la
mer. Lamachos fut tué et Nicias et son
armée se trouvèrent assiégés. Athènes envoya des
renforts sous le commandement de
Démosthène
qui ne put éviter le désastre. Syracusains
et Spartiates harcelèrent les Athéniens et les écrasèrent
complètement sur terre et sur mer. Démosthène et
Nicias furent égorgés et les prisonniers parqués dans des
carrières où la plupart périrent. Les survivants, marqués
au front avec un fer rouge, furent vendus comme esclaves. «Jamais
fait d’armes, dit Thucydide, ne
fut plus glorieux pour les vainqueurs et plus humiliant pour
les vaincus.»
Les
hostilités entre Sparte et Athènes avaient repris entre
temps. Après s’être emparés de la place forte de
Décelie
et avoir écarté d’Athènes presque tous ses alliés, les
Spartiates attaquèrent. Impatient de rétablir sa domination
en Asie-Mineure, le Grand Roi des
Perses soutenait Sparte. Devant tous ces dangers,
les Athéniens firent preuve de courage et de décision. Ils
employèrent leurs dernières ressources à la
construction
d’une flotte qui fut amarrée à Samos
et qui était destinée à jouer un rôle important. Les
paysans de l’Attique qui désapprouvaient l’attitude
belliqueuse de la population urbaine étaient enclins à
favoriser l’élection d’un gouvernement conservateur, même
au risque de perdre leurs privilèges.
Alcibiade
conçut alors la pensée d’obtenir son rappel à Athènes en
faisant miroiter l’espoir d’une alliance avec le satrape Tissapherne.
En
-411,
le Conseil
des Quatre-Cents se substitua à l’ancien
Conseil
des Cinq-Cents et l’Assemblée
des citoyens fut remplacée théoriquement par cinq mille représentants
du peuple, qui, en fait, ne furent jamais élus.
Cependant la flotte refusa de reconnaître ce gouvernement
suspect et les soldats s’unirent pour
résister et sauver la démocratie. Ainsi Athènes se
trouva-t-elle au pouvoir d’un gouvernement oligarchique,
tandis que l’armée et la flotte restaient fidèles aux
principes démocratiques. Mais un nouveau coup d’Etat
renversa les Quatre-Cents au bout de quatre mois. C’est
alors seulement qu’Alcibiade
fut rappelé et nommé général. La
fortune d’Athènes se releva tout d’un coup. Alcibiade
gagna l’opinion publique par la victoire qu’il remporta à
Abydos sur l’amiral
spartiate Mindaros (-411).
Une année plus tard, il infligea une nouvelle défaite aux
Spartiates à Cysique. Les
Athéniens, pensant alors avoir surmonté tous les obstacles,
refusèrent la paix que Sparte leur offrait.
Pourtant
Athènes était proche de sa fin. En effet, désireux de
venger les défaites de
Salamine
et d’Eurymédon, les
Perses ouvrirent un crédit illimité à
Lysandre, amiral spartiate, qui put ainsi
reconstruire sa flotte. De nombreux marins qui, autrefois,
avaient servi la cause athénienne passèrent aux Spartiates.
Alcibiade mesura le danger, mais il ne put le prévenir ayant
été exilé à nouveau, après la défaite d’une partie de
la flotte athénienne. La guerre approchait de son dénouement.
Devenu impopulaire à Sparte, Lysandre fut remplacé par
Callicratidas
qui anéantit un détachement naval athénien près de
Mytilène;
mais il fut tué peu après au cours d’un combat
naval au large des îles Arginuses, tandis que les Spartiates
perdaient de nombreux vaisseaux.
Athènes,
comme prise de démence, refusa de
traiter. Sparte rappela alors Lysandre et lui confia de
nouveau le commandement de la flotte. Les
derniers navires athéniens s’étaient postés dans les
Dardanelles. Lysandre les attaqua par surprise à
AigosPotamos
et les détruisit tous (-405). Cette fois le désastre
d’Athènes était irréparable. Bloquée par terre et par
mer, décimée par la famine, elle fut réduite
à capituler (404 av. J.-C.). L’ennemi
la contraignit à dissoudre la
Confédération dont elle était la tête, à
raser
les Longs Murs et les fortifications du Pirée, et à
livrer sa flotte, à l’exception de douze vaisseaux.
Elle fut obligée d’entrer dans la ligue
du Péloponnèse et de renoncer à sa constitution
démocratique. Cléophon,
chef du parti populaire, fut exécuté, tandis que
Théramène,
un des «Trente Tyrans»,
s’attardait dans le camp ennemi dans l’espoir d’obtenir
de meilleures conditions de paix. La
catastrophe était complète et Athènes avait perdu son
empire pour toujours.
Quant
à Alcibiade, il eut une
fin lamentable. D’abord rappelé par le gouvernement des
«Trente Tyrans», il fut
banni une fois encore, en -404, et, peu de temps après,
mourut assassiné par des tireurs perses.